13/09/2014

CELEBRER ou COMMEMORER: Au delà d'une querelle de vocabulaire.

COMMEMORER OU CELEBRER ?

 

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Faut-il dire «  Commémorer «  ou « célébrer » ? Ce n'est pas une simple question de vocabulaire. Car, au-delà du vocabulaire, au-delà de la signification sémantique, les deux mots, bien que décrivant un même comportement ne sont pas des synonymes.

 

Il faut bien distinguer « commémoration » et « célébration » . « Célébration » renferme une notion de fête. On célèbre un évènement dont on doit se réjouir. On célèbrera l'anniversaire de l'Armistice le 11 novembre. On commémorera, le 4 aôut, l'anniversaire de la déclaration de la guerre.

 

La Guerre de 14-18, que l'on a cyniquement, après 1918, dénommé « Grande Guerre » apparaît à tous, de nos jours, et plus spécialement aux jeunes qui seront amenés à visiter des expositions, qui seront amenés à rendre hommage devant des Monuments aux Morts, qui étudieront des textes dans les écoles, comme une absurdité et comme la démonstration d'une brutalité sans précédent.

 

Il n'est pas question de « célébrer », donc de « fêter » l'anniversaire du déclenchement d'une des plus grandes catastrophes de l'histoire des temps modernes. On se contentera de le «  commémorer ».

 

Pourquoi commémorer ?

 

Essentiellement pour six raisons.

 

Pour maintenir le souvenir ou le faire ressurgir:

 

Au sens étymologique du terme, « commémorer » c'est « mémorer avec (com) ». « Commémorer », c’est donc se remémorer ensemble un événement, une histoire. C'est faire du « devoir de mémoire » un devoir de rendre justice par le souvenir à des générations passées. Ainsi est affirmée l’idée de dette et de reconnaissance envers les générations passées et les morts.

 

Cette volonté de se souvenir, les combattants de la Première Guerre mondiale l'ont manifestée très tôt. D'autant plus que les armées étaient formées de citoyens, de civils, rassemblés pour un m^me devoir. C'est ce qui explique la floraison des Monuments aux Morts, souvent exigés par les Anciens Combattants. C'est, par exemple, ce qui explique que jusqu'il y a une quarantaine d'années , et parfois moins, les Anciens Combattants entretenaient eux-mêmes les Monuments, arboraient eux-mêmes le drapeau...

 

Pour assurer la continuité historique du groupe:

 

Lors des commémoration, l'injonction « souviens-toi » peut aussi signifier « rappelle-toi qui tu es, rappelle-toi d'où tu viens, rappelle-toi quel peut être un jour ton devoir.». La commémoration prend la forme d’un travail de mémoire sur soi, en tant qu’individu ou communauté. C’est à partir des valeurs et des idéaux qui ont animé la vie de ses ancêtres qu’un groupe élabore son unité et assure sa continuité.

 

Pour constituer un ensemble de modèles de vie:

 

Le « devoir de mémoire » dont on parle aujourd’hui s’explique en partie par la volonté de ne pas voir les horreurs du XXe siècle se répéter. Dans cet esprit, tourner la commémoration de la Guerre de 14-18 vers la glorification des soldats morts pour la patrie, si elle est honorable et s'ils le méritent bien, serait un comportement erroné s'il n'intégrait pas la notion de révolte contre les morts absurdes. C'est d'ailleurs dans cet esprit que les fameux « Monuments aux Morts maudits » sont enfin reconnus et intégrés dans le patrimoine national. Ces Monuments dont on a parlé sur ce site et qui ne faisaient que propager ce cri « Guerre à la guerre ! »

 

Pour forger l'identité, l'unité nationale:

 

Commémorer, c’est construire ou ressusciter une identité nationale collective. Les cérémonies commémoratives sont destinées à réunir la population, à inculquer des valeurs comme la morale du devoir ou la glorification de la liberté à travers des figures symboliques ( Gabrielle PETIT, Walter DEWE...). Attention, se borner à ces figures présente un danger: ce sont des figures tellement élevées qu'elle paraissent éloignées du commun des mortels.

 

Il est plus judicieux de faire ce que certaines communes, comme la commune D'AWANS, ont fait: Rappeler la mémoire des gens communs de la localité. Rappeler, ou apprendre à la majorité qui l'ignore, qui était le simple soldat dont on a donné le nom à une rue de la localité.

 

Pour créer les conditions d'un accord général sur le sujet à commémorer:

 

Ainsi, la plupart des nations ( sauf la Russie et les pays vaincus ) ont établi un deuil collectif avec un jour de commémoration officielle, souvent le 11 novembre. On a créé des lieux de mémoire pour rappeler le martyre des combattants tués: les monuments aux morts, les cimetières militaires et les ossuaires avec leurs milliers de corps anonymes. Au début des années 20, l'apparition d'un culte national organisé autour de la figure du « Soldat inconnu » (sauf en Allemagne). « Soldat inconnu » honoré obligatoirement par les chefs d'états étrangers en visite officielle.

 

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Pour enfin se souvenir de toutes les victimes de la guerre.

 

Un véritable rituel civil, sorte de religion laïque, s'est progressivement mise en place pour exalter le sacrifice des soldats tombés. Avec le risque, bien réel, de l'oubli des autres victimes: les civils ( occupés, déportés, rançonnés, martyrisés, réfugiés ); les prisonniers de guerre; les soldats blessés, malades ou handicapés; les troupes coloniales; les victimes de la grippe espagnole; les combattants qui ont vu leur mariage détruit lors de leur retour et qui ont dû divorcer.

 

Nous avons vu, lors des commémorations récentes, que le sort de ces victimes était enfin reconnu. Voir notamment, à LIEGE, l'exposition au musée de la Vie Wallonne « LIEGE dans la tourmente »

 

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