04/09/2014

Les villages dits "MORTS POUR LA FRANCE"

EN FRANCE : LES VILLAGES PERDUS.

 

Dits « MORTS POUR LA FRANCE »

 

Nous avons vu, pour la BELGIQUE, les villes et villages martyrs. Nous avons vu que certains villages avaient été presque complètement détruits. Ainsi, à FRASNES-lez-COUVIN, il ne restait, après les méfaits de l'armée allemande, que deux maison debout.

Chez nous, tous les villages ont été reconstruits. Il n'en va pas de même en FRANCE où on a de nombreux villages abandonnés à la suite de la guerre 14-18. On ne prendra en compte que les villages dits « perdus ».

La guerre de 14-18 a laissé dans les départements français du nord et de l'est de lourdes séquelles. Ainsi, un certain nombre de villages furent totalement détruits par les combats. Ces villages l'ont été pour diverses raisons: par souci de mémoire; en raison de la présence trop importante de munitions non explosées ; à cause du bouleversement des sols et de la pollution. En France, la destruction était quasi totale sur 7 % du territoire métropolitain. Les zones officiellement reconnues concernées par les dégâts de guerre couvraient 11 départements et plusieurs centaines de milliers d'hectares.

Les communes non reconstruites sont qualifiées de communes «  mortes pour la FRANCE ». En plus de ces villages désertifiés, il faut ajouter d'autres villages qui ont été reconstruits mais à un autre emplacement que l'emplacement originel.

En 1919, le « ministère des régions libérées », en liaison avec le ministère des armées, a produit une cartographie en trois niveaux de séquelles, représentés par trois couleurs.

 

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Zones vertes: zones de dégâts moyens. Ce sont les zones de passage ou de stationnement des armées, avec d’éventuels restes de dépôts de munitions, de matériels, casemates ou déchets divers.

Zones jaunes: zones brièvement ou ponctuellement touchées par les combats. Généralement situées derrière les lignes de front ou éloignées, où les infrastructures routières étaient, à peu près fonctionnelles après l’armistice.

Zones rouges: zones correspondant aux lignes de front des armées. Ce sont des zones où sont concentrées les dommages majeurs. Les sols y sont bouleversés, et les infrastructures routières, ferroviaires, industrielles, ainsi que ponts, ports et canaux y sont généralement totalement détruits. La zone rouge  correspond à environ 120 000 hectares des anciens champs de bataille. A cause des dégâts physiques majeurs sur l'environnement et en raison de la présence de milliers de cadavres et de millions de munitions non explosées, certaines activités ont été provisoirement ou définitivement interdites par la loi.

 Pour traiter la zone rouge, il a fallu:

  • purger le sols des milliers de cadavres et de restes humains. Ceux-ci, quand leur état le permettait, furent transportés dans les cimetières, nécropoles ou ossuaires;

  • traiter les cadavres d’animaux qui contaminaient les eaux de nappes souterraines et de surface;

  • utiliser des procédés nouveaux pour l'époque, telle la chloration de l’eau par chlore gazeux, appelée opportunément « verdunisation ».

  • mettre en oeuvre les premières techniques de dépollution et restauration de sols à grande échelle;

  • pratiquer le déminage et le désobusage.

Avec le temps, la surface de la zone rouge a été réduite, mais elle n'a pas disparu.

Revenons à nos villages « perdus ». ce serait fastidieux de les énumérer tous. On va se concentrer sur les trois départements les plus touchés.

Département de l'AISNES:

 

AILLES: en dehors d'une cave perdue dans une pâture et d'un monument commémoratif, il ne reste plus rien de ce village de 138 habitants en 1909.

 

BEAULNES et CHIVY: il n'existe actuellement qu'une ferme reconstruite et une chapelle commémorative. La commune comptait 164 habitants en 1909. 

 

COURTECON: de ce village de 95 habitants en 1905, il ne reste aujourd'hui qu'une chapelle commémorative.

 

VAUCLERC-et-la-VALLEE-FOULON : de ce village de 62 habitants en 1909, il ne subsiste aujourd'hui que les ruines de l'abbaye, qui se visitent.

 

Département de la MEUSE:

 

BEAUMONT-en-VERDUNOIS: en 1911,186 habitants, inhabité après l'armistice.

 

BEZONVAUX: en 1911 149 habitants, inhabité depuis l'armistice.

 

CUMIERES-le-MORT-HOMME: en 1911 205 habitants, en 1921 3, 0 maintenant.

 

Département de la MARNE:

 

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HURLUS: Le village comptait 88 habitants en 1911.

 

hurlus_eglise_ Pastel de Charles Pichon.jpg

Chapelle  de HURLUS, pastel de Charles PICHON

LE MESNIL lez HURLUS

 

PERTHES lez HURLUS: Le village comptait 156 habitants en 1914. Le passage de l'armée allemande a contraint les habitants à fuir leurs maisons dès le début septembre 1914. Le village fut anéanti, et ne s'est plus jamais relevé.

 

En 1964, 50 ans après la destruction, l'ancien curé de ce village a écrit une lettre à ses anciens paroissiens, paroissiens qui s'étaient réinstallés aileeurs. Voici un extrait de cette lettre:

 

« Après la guerre de 1914-1918, devant l'impossibilité de réintégrer votre village, vous, et vos parents, vous vous êtes installés là où vous avez cru pouvoir continuer votre vie.
Presque tous ceux qui, aujourd'hui, ont dépassé la cinquantaine, se sont mariés et établis au gré des circonstances.
Des enfants vous sont nés, qui se sont mariés à leur tour.
Pour eux, Perthes n'est pas même un souvenir, puisqu'ils ne l'ont pas connu.
Mais pour nous, il reste la terre de Chanaan, que nous avons quittée devant l'avance d'une armée qui s'avérait, pour lors, particulièrement cruelle, sans espoir de l'habiter à nouveau. »

 

RIPONT: Le village de comptait 84 habitants en 1911.

 

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TAHURE: Le village s'étendait sur 2 200 hectares de terres labourables et 112 hectares de bois. Il comptait 185 habitants au recensement de 1911.

Le souvenir de Tahure est conservé dans le poème "Le poète" de Guillaume Apollinaire :
(.../...)
Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit
Dans les éboulements et la boue et le froid
Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture
Anxieux nous gardons la route de Tahure

 

Tahure+.jpg

 

 

Plusieurs voies de villes françaises portent le nom de Tahure: à SOMMEPY-TAHURE, à REIMS, au HAVRE et même à MARSEILLE. Les communes françaises ont souvent voulu commémorer le nom de ces villages « perdus »

 

MORONVILLIERS: 86 habitants en 1911. La commune a été supprimée en 1950. Symboliquement, son nom a été joint à celui de la commune voisine pour former « PONTFAVERGER-MORONVILLIERS »

 

NAUROY: L'ancienne commune de BEINE a ajouté à son nom, le nom du village détruit voisin de NAUROY pour devenir BEINE-NAUROY. La fusion a eu lieu en 1950.

 

Remarque: On découvre ici une particularité surprenante pour les belges : à savoir l'existence officielle de commune sans habitants !

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