03/09/2014

Lucien JACQUES ou comment un écrivain pacifiste accepte de remplir son devoir.

Lucien JACQUES

Né le 2 octobre 1891 à VARENNES -EN-ARGONNE ( département de la MEUSE )

Décédé à NICE le 11 avril 1961.

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Poète, mais aussi aquarelliste, féru de musique, de littérature et de peinture. L'art sous toutes ses formes fut sa passion perpétuelle.

En 1914, malgré ses tendances libertaires, il choisit de répondre à l'appel, malgré des hésitations.

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Lucien JACQUES est né le 2 octobre 1891 à VARENNES-SUR-ARGONNE, dans la MEUSE. Il est issu d'une famille ouvrière: son père est cordonnier et sa mère, vendeuse de tabac.

Ses parents s'installent à PARIS en 1896. Ils accompagnaient son frère aîné qui y suivait une formation de joaillier. Il ne fit pas d'études extraordinaires. Il entre à l’école primaire et passe, sans succès, son Certificat d'Études. Après cela, il suivit les traces de son frère. il fut pris comme apprenti chez un joaillier sertisseur. Il accompagnait souvent son frère à des concerts de musique.

Son père doutant de son avenir artistique, Lucien JACQUES doit prendre son indépendance et occuper divers petits boulots: commissionnaire, employé chez un marchand de métaux et aussi chez des créateurs de bijoux et de sculpture sur ivoire.

Attiré par tout ce qui est artistique, il fréquente assidûment le Musée du Louvre. Il se passionne pour Auguste RENOIR. Au début des années 1910, il rencontre la danseuse américaine Isadora DUNCAN. Il en fera son modèle, et deviendra son secrétaire particulier. Séduit par sa personnalité, il en parlera souvent dans ses écrits tout au long de sa vie. Il rencontre  son frère, Raymond DUNCAN, et s’inscrit à son école ( l'Akadémia ). Cette école, gratuite, était basée sur l'idée d'académie platonicienne: un lieu ouvert à toutes les innovations en théâtre, littérature, musique et arts plastiques. Là, il apprend la danse, la gymnastique et le tissage. Il y rencontre de nombreux intellectuels et artistes que réunit entre eux la passion de la Grèce et de l’hellénisme.

En août 1914, il va connaître les horreurs de la première guerre. Il reçoit son ordre de rejoindre. Il n'y répond pas avec enthousiasme. Antimilitariste, il est partagé entre deux pensées: se réfugier à l'étranger ou répondre à l'appel. C'est cette seconde solution qu'il choisit. Il souhaite néanmoins rester acteur passif de la tragédie qu'il pressent.

«  Mais finalement,... je pris la décision d’y répondre, me jurant de ne me laisser entamer en rien, de ne pas participer, de faire ce qu’il m’était arrivé de faire dans certains ateliers dont la tournure d’esprit des autres m’était étrangère mais que j’avais supportés sans souffrir, me cuirassant d’indifférence.

J’avais mes principes de vie que je m’étais forgé, de morale, et pourquoi ne pas le dire de mystique. Qui n’a les siens? Principes et autodéfense naïfs, oui, mais que je pratique encore.

La machine militaire était trop forte; ne pas la heurter de front, ne jamais dire non et n’en faire autant qu’il se pourrait, qu’à ma tête. »

Il parvient à se faire verser dans la section musicale de son régiment. Cela ne dure guère, l'armée a besoin de tous ses soldats. Il devient brancardier au 151e Régiment d'Infanterie. Ce n'est pas une sinécure: il faut aller chercher les blessés jusque dans les premières lignes et y découvrir toutes les horreurs. Cependant, il peut rester fidèle à ses convictions et ne pas porter les armes. Là, il découvre les valeurs humaines de ses camarades, leur grandeur, leurs défauts. Comme dérivatif, il peut leur parler de culture, de musique, d'art. Blessé à plusieurs reprises, la dernière fois très gravement, il est contraint à de longues convalescences dont une en Bretagne et une dans le sud de la France. En Bretagne, il rencontre Louis GUILLOUX. Dans le midi, il découvre la beauté des paysages provençaux, contraste avec sa région natale, dévastée par la guerre. Ces années conforteront son pacifisme. Il écrit son journal Carnets de Moleskine.

Il en dira:

« Afin de ne point perdre pied

sur les épluchures de gloire

et, de leur fait, glisser et choir

au beau mitan du bourbier,

là où barbote et fait la belle

madame l'opinion courante,

cruelle sotte !

 Sur un cahier de moleskine

j'ai consigné jour après jour

la terne, simple et triste histoire

des temps où je fus brancardier... »

Démobilisé, il regagne PARIS. Il y ouvre une boutique de produits divers qu'il fabrique. Il écrit des textes, édite et expose. Il publie, dès 1918, des poèmes qui lui ont été inspirés par la guerre dans plusieurs cahiers tirés à 500 ex, (« La syrinx »).. Il expose des bois gravés avec des amis graveurs.

Il crée ensuite  une revue artistique Les Cahiers de l'Artisan , dont chacun de ses numéros est consacré aux productions d'un artiste. Au cours de sa vie, à plusieurs reprises, il redonnera vie à cette publication. Ce sera le cas en 1922, puis en 1924. En 1953, il la relance à nouveau. 

En 1922, des raisons de santé l'amène à s'installer à la Côte d'Azur, à GRASSE où il fait deux rencontres: son voisin H.G.Wells et, surtout, son ami d'une vie: le poète Charles VILDRAC.

Il aidera Jean GIONO à se lancer dans une carrière d'écrivain. Il fait sa connaissance grâce à la revue marseillaise La Criée. Il découvre là un talent et publie dans Les Cahiers de l'Artisan une série de ses poèmes. Il envoie à GRASSET un texte de GIONO (Naissance de l'Odyssée). GRASSET n'a pas le nez fin et le refuse. Lucien JACQUES persiste. Il lui soumet un roman, Colline. C'est gagné et GIONO fait son entrée dans le monde littéraire.

Les années 1925-1935 sont pour Lucien JACQUES une période faste, dans tous les domaines: poésie, peinture, sculpture... Il collabore à diverses revues Nouvel Âge et À contre-courant, Les Humbles, et Clarté dirigée parBARBUSSE... Il présente ses oeuvres à l'étranger au cours de nombreux voyages au cours desquels il crée aussi.

Fin des années 30, il s'installe à Saint-Paul. Dès 1936, avec GIONO, il sera le pivot d'un grand rendez-vous d'intellectuels, de pacifistes. Ce sont «  Les rencontres du Contadour ». Il créera à cette occasion les Cahiers du Contadour, sorte de compte-rendu littéraire de chaque séjour: textes inédits, poèmes, réflexions, traductions...

La seconde guerre le voit s'isoler sur la montagne de LURE menant avec des bergers une vie simple, tout en n'oubliant pas d'utiliser sa plume et ses pinceaux. Il continue à recevoir ses amis « contadouriens » qui veulent prolonger les "rencontres". Cette période noire passée, il s'installe près de Manosque, qu'il veut transformer en village d'artistes. Ses amis peintres, écrivains et poètes y passent souvent. C'est pour lui une époque faste. Il voyage, expose, crée et édite beaucoup.

En 1956, il écrit La Marche Militaire, inspirée de son service,   qui commence par: “J’ai dû naître antimilitariste”. Mais il y décrit aussi les relations enrichissante qu'il eut avec des officiers férus d'art.

Il passe les six dernières années de sa vie à GREOUX-les- BAINS. Malgré son état de santé, il continue de créer et d'exposer. En 1960, il participe au tournage de Crésus , film de  son ami GIONO comme décorateur et accessoiriste de film. Le cancer l'emportera à l'hôpital de NICE le 11 avril 1961.

 



 

 

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