19/08/2014

HISTOIRE TUMULTUEUSE DE CERTAINS MONUMENTS AUX MORTS ( LEFFE et GENTIOUX )

HISTOIRE MOUVEMENTEE DE MONUMENTS AUX MORTS.

 

Les monuments aux morts n'ont, parfois, pas pu échapper aux luttes menées entre différents courants de pensée après la guerre. Nous avons déjà eu l'occasion d'en parler. Dans une localité, le Monument aux Morts exprime la façon dont la population – ou du moins les instigateurs – ont vécu les événements ou la façon dont ils veulent les interpréter ou les messages qu'ils veulent transmettre.

Nous avons vu aussi que, quelquefois, on semble s'être livré, entre communes voisines, à une sorte de compétition. Là, le Monument aux Morts exprime surtout la prospérité dont jouit à nouveau la commune. Est-ce condamnable moralement ? Pas nécessairement, le Monument peut alors exprimer que la localité a non seulement survécu mais qu'elle a triomphé des plaies laissées par la guerre.

Nous allons aujourd'hui nous pencher sur deux cas - un belge et un français – où l'on aassisté à une véritable lutte idéologique entre courants de pensée.

 

Le cas belge : l'histoire mouvementée du Monument aux morts de LEFFE

( DINANT )

 

Il n'est pas vain de rappeler que, entre le 22 et le 24 août 1914, 674 civils ont été exécutés, et 950 maisons incendiées par les Allemands. Après guerre, la cité mosane, comme d'autres villes martyres, a été dotée de nombreux monuments en souvenir de ces morts de 14-18.

Dans le cas, en particulier de LEFFE, petite localité périphérique de DINANT qui a compté 243 fusillés, on a assisté à une véritable bataille idéologique.

Sur la petite place, face à l’abbaye des Prémontrés, au lieu-dit " A la cliche de Bois ", la société de libres penseurs " L’Étoile " a érigé vers 1920 un édicule orné d'une colonne brisée. Ce dernier a été remplacé en 1930 par le mémorial du " Sacré-Cœur ". Peut-être, après coup, peut-on penser que l'emplacement d'un Monument de la Libre-Pensée en face de l'abbaye n'était peut-être pas très heureux !

commémoration 14-18, monuments aux morts, combattants

La colonne brisée des libres penseurs, privée de sa palme dorée lors de son déplacement, reste visible à quelques pas de là, dans le vallon des Fonds de LEFFE, au lieu-dit " Papeterie ". Sa base est ornée d' un élément décoratif (don de l’hôtelier Adelin HENROREAU ) sculpté de volutes, de fleurs et d’une feuille d’acanthe. La fleur d'acanthe est une manière d'afficher les convictions de ceux qui rejetaient alors la présence sur les Monuments aux Morts de tout signe philosophique ou religieux.

Ce dernier a été remplacé en 1930 par le mémorial du " Sacré-Cœur ". Ce projet défendu a aussi suscité la polémique. Le collège échevinal ne voulait pas accepter la stèle de la Libre-Pensée comme monument officiel. Après avoir avait refusé un projet représentant une pleureuse, il opta pour l'image pieuse du sacré-cœur de JESUS. Bien que sur plusieurs monuments figurent une croix ou d'autres mentions religieuses ( RIP, par exemple ), c'est quasiment un des seuls cas où le Monument aux Morts est résolument catholique. A côté du groupe sculpté représentant un jeune garçon accroché à la jupe de sa mère, l’épigraphe ne comporte que la mention de la date fatidique du 23 août 1914 et la dédicace "A nos martyrs". Certaines familles irritées par la récupération idéologique de l’événement s'étaient opposées à ce que les noms des victimes soient gravés sur les parois du monument.

 

commémoration 14-18, monuments aux morts, combattants

 

C'est ainsi que la stèle des Libre-penseurs fut déplacée et qu'elle perdit, mystérieusement, sa palme.

 Le cas français: Le Monument aux Morts de GENTIOUX, jamais inauguré officiellement.

Ce monument est construit avec trois marches et tout en bas un écriteau : "Maudite soit la guerre".

A côté, un orphelin en bronze revêtu de la blouse de l'écolier, le visage triste, lève le bras et montre les 58 noms des morts de la commune gravés sur la stèle.

 

 

commémoration 14-18, monuments aux morts, combattants

 

Ce Monument ne sera jamais officiellement inauguré. Il fut longtemps ignoré des autorités de la république. dans ce département de la CREUSE, existait un fort sentiment pacifiste après 1918. la population estimait qu'elle avait payé un trop lours tribut pendant la guerre de 14-18; environ la moitié des appelés n'étaient pas revenus.

Dés 1922 on va commencer à parler de ce monument érigé à l’initiative du maire du village, Jules COUTAUD. Il a été maire de GENTIOUX pendant 45 ans de 1920 à 1965. Il est maréchal ferrant. C'est un homme simple qui a été gazé pendant la guerre et qui a fait toute la guerre. Il veut que le monument de la commune ait une signification forte, que ce soit un monument sobre avec une stèle sur laquelle graver les noms des 58 jeunes morts pendant la guerre.

L'histoire de sa conception et de sa réalisation est aussi extraordinaire. Ici, pas de sculpteur renommé ! Trois projets furent soumis présentés au conseil municipal. Celui qui fut retenu est l'oeuvre d'un conseiller municipal, Monsieur DUBURGT, ébéniste. Il explique ainsi son choix :

« Plutôt qu'un poilu, j'ai voulu traduire un cri du cœur. J'ai donc dessiné un orphelin, en tenue d'écolier, montrant du doigt cette inscription gravée dans la pierre et qui était alors sur toutes les lèvres : « Maudite soit la guerre ! ». Il réalisa un modèle en bois. Ce sont ensuite des artisans locaux qui réaliseront le monument. La sculpture métallique fut néanmoins réalisée par des professionnels.

 

commémoration 14-18, monuments aux morts, combattants

En 1922, le monument fut inauguré exclusivement par les élus locaux et par la population. Le Préfet considérant le Monument comme maudit refusa d'être présent et d'être représenté. Ainsi ce Monument ne fut jamais officiellement inauguré. 

Lorsque des troupes passaient devant le monument, ordre était donné aux soldats de détourner la tête. L'inauguration officielle s'effectua, par hasard en 1985. Quelques jours après l'inauguration d'une nouvelle gendarmerie, des officiers assistèrent au dépôt d'une gerbe devant ce « monument maudit ». Ce n'est pas vraiment une « inauguration officielle ».

Depuis 1989, le monument de GENTIOUX est inscrit sur l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques au titre de "lieu de mémoire" et il est stipulé que l’inscription "Maudite soit la guerre" ne peut pas être modifiée ni éliminée.

Il aura donc fallu attendre 63 ans pour que le Maire et ses conseillers municipaux soient « pardonnés ». 

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