02/08/2014

Poème adressé aux " Poètes de la Guerre "

 

  • De Suzanne Bloch-Roukhomovsky

    Aux poètes de la guerre

    Poète en vérité, ne touche pas aux morts. 
    Ceux qu’étouffe à jamais le grand sommeil sans songes, 
    Dont la terre ou le flot presse ou berce le corps, 
    N’ont pas besoin de tes mensonges !

    Pour ces enfants brisés par une dure loi 
    N’évoque pas, ami, les lauriers, les colombes, 
    Les palmes, les drapeaux, la victoire... Crois-moi, 
    Reste muet devant ces tombes.

    Ne clame pas qu’ils sont enviés des vivants, 
    Que des fleurs jailliront de leurs coprs éphémères, 
    Que la Gloire les serre en ses bras triomphants... 
    Crains de te faire haïr des mères.

    Tais-toi donc. Il n’est pas de mot assez pieux, 
    Assez plaintif, assez tendrement pitoyable, 
    Pour honorer les morts dont le sang précieux 
    A rougi les blés ou le sable. 
    ............................. 
    Publié dans les "Cahiers Mensuels Illustrés", 1928, tome 6.

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    ​En dépit du fait que de nombreux poètes de grande renommée ont servi sous le drapeau français durant la Grande Guerre (que l’on pense à Apollinaire, Cendrars et Péguy), ils n’ont pas été encensés dans l’histoire de la littérature française comme l’ont été chez eux leurs alter ego britanniques. Lorsque des écrivains de la Première Guerre mondiale sont mentionnés ou font l’objet d’une commémoration, c’est au sein d’une catégorie plus générale, celle des « écrivains combattants », qui inclut des types variés d’hommes de lettres.

    L'attitude des poètes face à la guerre fut très diverse: Apollinaire faussement frivole, PEGUY militariste, CENDRARS déçu, Lucien JACQUES révolté...

     

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