20/07/2014

JUILLET 1914.

L'assassinat de l'archiduc héritier François-Ferdinand, détermine – et c'est bien compréhensible – l'ouverture d'une enquête. celle-ci aboutit à démontrer le rôle de la Serbie dans l'attentat sans toutefois être en mesure de le prouver effectivement, Les responsables autrichiens orientent leurs réflexions vers une implication des responsables serbes dans l'organisation de l'attentat.

Le gouvernement bicéphale austro-hongrois, tiraillé entre la partie autrichienne et la partie hongroise, veut punir la Serbie pour son implication dans l'assassinat mais il souhaite obtenir au préalable l'aval de son allié allemand.

En Serbie, les diplomates autrichiens sont frappés par le décalage existant entre les condoléances officielles de l'état et les réactions enthousiastes de la population à la nouvelle de l'assassinat.

Entre le 20 et le 23 juillet le Président français POINCARE et le Président du Conseil René VIVIANI sont en déplacement officiel à Saint-Pétersbourg . On ne connaît pas grand chose du contenu de leurs entretiens avec le gouvernement russe.

Ils semblent ne pas être parvenus à convaincre le tsar et son gouvernement – on devrait plutôt parler d'un entourage, la Russie étant sous régime autocratique - de montrer de la retenue dans le conflit naissant entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie. Le communiqué rédigé après cette réunion proclame que la Russie jure fidélité à la France. Ce qui ne veut pas dire grand chose. Pour gouverne, la Russie estimait être le défenseur naturel des populations slaves dont une bonne partie faisait partie de l'empire austro-hongrois.

Par la suite, les Russes montrent qu'ils sont certains que le gouvernement français est déterminé à agir en commun avec eux.

 

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Nicolas II

A ce moment, le 25 juillet, POINCARE et VIVIANI rentre en France par voie maritime. Il est très difficile de les contacter car le code diplomatique français est connu des services allemands. L'ambassadeur de France doit donc passer par l'ambassade française en Suède. Ce qui rallonge considérablement les délais de communication entre eux et Saint-Pétersbourg. POINCARE et VIVIANI se trouvent dans l'incapacité de pouvoir encore influencer le Tsar.

 

 

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Raymond POINCARE

Le rôle de POINCARE dans le déclenchement de la guerre est controversé. On dit qu' il aurait poussé la Russie à la fermeté lors de son voyage officiel afin de renforcer l'alliance deux semaines après l'attentat de Sarajevo. 

Le rôle de VIVIANI est plus ambigu encore. De tempérament pacifique et partisan de l'arbitrage, il tente de sauver la paix. Mais, en même temps, il prépare la mobilisation et, recevant JAURES, avec qui il avait fondé L'HUMANITE, à la veille de son assassinat, il lui laisse peu d'espoir.

 

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René VIVIANI

Avant leur retour, dès le 27 juillet, les syndicats français organisent des manifestations contre la guerre qui s'annonce.

Dès son retour à Paris, VIVIANI ordonne à l’armée française de se tenir à 10 km de la frontière pour éviter tout incident. POINCARE, de son côté, écrit au Roi d'Angleterre,  George V pour lui demander le soutien britannique. Le gouvernement britannique est en fait très divisé sur la question: LLOYD GEORGE , chancelier de l'Échiquier, était opposé à la guerre, même si la la neutralité de la Belgique venait à être violée; CHURCHILL, Premier Lord de l'Amirauté, ainsi que Sir Edward GREY, secrétaire au Foreign Office , étaient d'un avis opposé. GEORGE V adressa, le 1° août une réponse « diplomatique », une grande démonstration d'amitié qui était, en réalité, une fin de non recevoir.

Alors que les dirigeants français se trouvait en Russie en Russie et dans les pays scandinaves, le 23 juillet 1914, le gouvernement austro-hongrois transmis à la Serbie, un ultimatumexpirant sous 48 heures. La Serbie devait poursuivre et punir de la sévèrement les auteurs de l'attentat et leurs commanditaires supposés. L'Autriche-Hongrie exigeait aussi que la Serbie combatte les séparatistes agissant contre l'empire. Il fallait aussi intégrer des forces policières et militaires autrichiennes dans les services serbes chargés de mener l' enquête. Ce texte est formulé de telle façon qu'il fut perçu comme une ingérence étrangère dans les affaires intérieures serbes et donc comme une insulte.

Malgré tout, le 25 juillet, le gouvernement serbe accepta huit des exigences mais formula des réserves pour la dernière, la participation de fonctionnaires autrichiens à l'enquête sur l'attentat de Sarajevo en territoire serbe. En contrepartie, la Serbie proposait de solliciter l'avis de la Cour Internationale de Justice. Le gouvernement ajoutait que les exigences pouvaient être satisfaites si la souveraineté serbe était bien garantie. Contrairement à ce qui est souvent dit, il ne s'agit donc pas d'un rejet par la Serbie mais d'une attitude très diplomatique avec, comme but, de gagner du temps.

Le 29 juillet, Jean JAURES prononce son dernier discours, à Bruxelles. Ce discours n’a pas été sténographié, mais plusieurs comptes-rendus en ont été donnés. Contrairement à ce qui a parfois été dit, il n’y eut pas de débordements ce soir-là et tout se déroula dans le calme.

Au départ de cette affaire, le Kaiser, GUILLAUME II, part en croisière pour trois semaines, le long des côtes norvégiennes. Il montre ainsi qu'il prend ses distances. Il veut montrer que le conflit ne doit pas déborder du cadre local austro-serbe, il part pour une croisière de trois semaines le long des côtes norvégiennes. À son retour, le 28 juillet, il se dit satisfait de ce qu'il appelle un « succès diplomatique ». Il écrit dans son journal : " C'est un brillant résultat, un grand succès pour Vienne, il fait disparaître toute raison de guerre ".

Cependant, le 30 juillet, le Chancelier se rend compte du danger, devant l'insistance de la Grande-Bretagne à intervenir pour trouver un compromis au cours d'une conférence internationale. Il s'efforce de pousser le gouvernement autrichien à accepter la réponse serbe. Mais en Allemagne aussi, il y a une tendance guerrière : le Chef du Grand État-major, le général VON MOLTKE intervient, avec succès, auprès du Kaiser dans le sens de repousser la réponse serbe.

Dès lors, fort du soutien de l'empire allemand, le gouvernement autrichien juge cette réponse serbe insuffisante. L'engrenage infernal est lancé !

La 4 août, un message de POINCARE est communiqué aux Chambres par VIVIANI: « La France sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée ».

En fait, on assiste un véritable ballet d'arrière-pensées qui devait mal se terminer. L'autriche-Hongrie est tiraillée entre ses deux grandes composantes et gère à grand peine la quinzaine de nationalités qui la compose. C'est un empire en fin de course qui cherche à se maintenir par tous les moyens. La Russie tsariste était désireuse de s'étendre vers les peuples slaves, éternel désir russe quel que soit son mode de gouvernement ! La France souhaitait regagner l'Alsace-Lorraine, surtout sous la présidence du lorrain POINCARE. L'Allemagne voulait profiter de sa supériorité militaire pour casser la triple-entente franco-anglo-russe. Le Royaune-Uni aurait pu, en rappelant dès le début, son intention de s'engager à soutenir la Russie et la France, inciter l'Allemagne à freiner les ardeurs autrichiennes. Au lieu de cela, les britanniques ne se sont déclarés qu'au dernier moment, trop tard, laissant l'Allemagne penser que face à la France et la Russie seules, une carte pouvait être jouée.

 

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A quoi pouvait bien penser ce paisible lecteur du journal en juillet 1914 ?

centenaire 14-18; 1914; combattants

 

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" AWANS, commémoration 14-18"

 

 

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