12/06/2014

MARCEL THIRY: VOLONTAIRE DE 14-18, ECRIVAIN DE GUERRE, ANTI-REXISTE ET RESISTANT, HOMME POLITIQUE.

 

 MARCEL THIRY.

 

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Né à Charleroi le 13 mars 1897

 

 

Décédé à Vaux-sous-Chèvremont le 05 septembre 1977

Poète, romancier, essayiste combattant-volontaire de 14-18, résistant de 40-45, militant wallon, homme politique belge.

 

 

Docteur en Droit de l'ULG, avocat en 1923. Abandonne le barreau en 1928.

Il eut, dans les années 30, une vision prophétique sur les événements qui se préparaient.

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Marcel THIRY est né à CHARLEROI le 13 mars 1897. Un an plus tard, la famille déménage à LIEGE où son père fait commerce de bois de mine. Il étudie à l'Athénée Royal de LIEGE où il rencontre Robert VIVIER. On ne sait pas grand chose sur ses années d'adolescence si ce n'est qu'il publie ses premiers vers dans Belgique-Athénée.

 

En mars 1915, le jour de ses dix-huit ans, sans avoir fini ses humanités, il passe la frontière des Pays-Bas pour rejoindre la Grande-Bretagne et s'engager dans l'armée belge. Il se porte volontaire pour le front russe à l'instar de son frère aîné. Il est affecté dans un groupe d'auto-canons. Cette unité aurait dû servir sur le front belge mais sera affectée au service de la Russie. En septembre 1915, 10 autos-canons et 300 hommes quittent Brest pour Arkhangelsk. Un autre liégeois célèbre a servi dans la même unité: Julien LAHAUT. Il s'enthousiasma pour la révolution russe de février 1917 mais sera beaucoup plus réservé pour celle d'octobre, contrairement à LAHAUT.

 

Ils vécurent une véritable odyssée, d'abord de la Russie vers la Galicie. Ils participent, en 1916, aux offensives menées par les Russes. Son frère est blessé à la tête et doit être trépané. Après la révolution, l'armée russe bat en retraite. Cette unité est rappelée. Le retour doit se faire par la Sibérie, la Mandchourie, le Pacifique, l'Amérique, l'Atlantique. Ils rentrent à Bordeaux en juin 1918. Un véritable tour du monde qu'il contera, en 1919, avec son frère Oscar, dans « Soldats belges à l'armée russe ». Il le réécrira en 1965, sous le titre « Le tour du monde en guerre des auto-canons belges ». Il fut démobilisé après la signature du Traité de Versailles en juin 1919.



Il décrit « sa » guerre d'une manière légère, sans glorification ou exaltation martiale, sans fascination pour la mort ou le sacrifice. Ce récit n'est pas dans la ligne des romans « anti-guerre » publiés après la 1° guerre tels ceux de BARBUSSE ou de DORGELES. Il met en évidence un certain « consentement » à la guerre, (il était d'ailleurs volontaire ). Il rappelle qu'à cette époque le patriotisme n'était pas un vain mot. Dans ses lettres à ses parents, il dit combien la guerre l'a rendu différent du jeune dandy liégeois d'avant-guerre. Ces lettres montrent aussi combien lui manquent ses parents et sa bonne ville de LIEGE.

La paix revenue, il s'inscrit à l’ULG, à la Faculté de Droit. Il publie son premier livre en 1919, un recueil de poésie, « Le Cœur et les sens », fortement influencé par le symbolisme. En 1923, il s'inscrit au barreau. Il a épousé entre-temps Marguerite KEMMA. Ils auront deux filles, Lise, future sénatrice, et Perrine. En 1928, son père meurt, il quitte le barreau pour reprendre ses affaires.

En 1924, il fait une entrée remarquée en poésie avec « Toi qui pâlis au nom de Vancouver », vers devenu célèbre au point de servir de titre, en 1975, à ses œuvres complètes. On lui doit aussi en 1925 « Plongeantes Proues », en 1927 « L'Enfant prodigue ». Il publie d'autres recueils, en 1936 « Marchands » où alternent poèmes et récits, et, en 1938, « La Mer de la Tranquillité ».

Après la seconde guerre, il poursuit son oeuvre littéraire dans des romans, récits, chroniques, nouvelles, tels « Échec au temps » (1945), «Âges » (1950), « Juste ou la Quête d'Hélène » (1953), « Usine à penser des choses tristes » (1957), « Comme si » (1959), « Les Nouvelles du Grand Possible », parmi lesquelles « Concerto pour Anne Queur » (1960), « Simul et autres cas » (1963), « Nondum jan non » (1966), « Vie-Poésie » (1961), Le Festin d'attente (1963), Le jardin fixe (1969), Saison cinq et quatre proses (1969), L'Ego des neiges (1972), Songes et spélonques (1973), « L'Encore » (1975). Dans ses nouvelles, il nous invite à revendiquer avec lui cette liberté fondamentale qu’est le droit à l’imaginaire.

Son oeuvre originale et prolifique lui vaut diverses reconnaissances, le Prix triennal de poésie en 1935 et l'élection à l'Académie, le 10 juin 1939. En raison de la guerre, il n'y entrera qu'en 1946. En 1964, il reçut le Prix quinquennal de littérature pour l'ensemble de sa carrière. En 1995, il a été choisi parmi les « Cent Wallons du siècle » par l'Institut Jules DESTREE.

Mais, c'est sur le plan politique qu'il se distingua par son militantisme wallon, né dans les années 30, notamment en réaction à la politique de neutralité soutenue par LEOPOLD III. Il collabore à « La Défense wallonne » et à « L'Action wallonne ». Dans « L’Action wallonne », il est dans les premiers à dénoncer les arrière-pensées de l’Allemagne hitlérienne et du nazisme. Il s’attaque au rexisme, à la politique de neutralité et prône une alliance avec la France.

Le 15 mai 1937, dans « L'Action wallonne », il répétait ses mises en garde:
"Rexistes larvés sur tous les bancs de la majorité, rexistes, plus ou moins larvés, dans tous les ministères, rexistes honteux à la tête de l'armée, où la thèse de la défense à la frontière n'est plus défendue que par une opposition dédaignée.., Le rexisme, en tant que maladie politique, triomphe. Car le rexisme, c'est essentiellement cet abandon des droits du Parlement à l'intérieur, des alliances française et anglaise à l'extérieur, Que cette politique-là marquée par le discours royal du mois d'octobre, par le voyage royal à Londres du mois d'avril, que cette politique-là soit menée par Rex ou par le roi, il ne faut pas être grand latiniste pour voir que c'est la même chose".

Auteur du pamphlet « Hitler n’est pas ‘jeune’ » (1940), il subit la vindicte des rexistes et de l'occupant. Il est contraint à passer la durée de la Seconde Guerre mondiale dans la clandestinité, où il tente de préparer un autre monde pour les jours d'après la Libération, notamment au sein du Congrès national wallon. Il participe à la Résistance et donne, sous le pseudonyme d'Alain de Meuse, des poèmes aux Lettres françaises et à Europe.

Il écrit ceci, après coup, sur cette période:

« En 1914, la jeunesse belge avait son devoir tracé. Le devoir de 1940 n'est pas essentiellement différent. La situation politique et militaire exempte aujourd'hui les jeunes Belges de participer par les armes à la victoire sur l'Allemagne. Cette victoire, cependant, ils la favoriseront de toute leur action morale, de toute leur ardente volonté, — quand ce ne serait que pour qu'au jour où elle triomphera comme un printemps dans le ciel de la France, ils ne se sentent pas à jamais exilés de cette victoire qui les aura sauvés, exilés de ce ciel qui est le nôtre, exilés d'eux-mêmes, exilés comme nous le sommes dans le long hiver de notre neutralité. »

Marcel THIRY a appliqué tout au long de sa vie le message qu’il adressait en 1960 aux jeunes Wallons : « En politique, il n’y a jamais de fait accompli contre lequel on ne puisse réagir. Ce qui compte, ce n’est pas le fait passé, c’est la réalité et c’est le possible. »

En 1968, il est élu sénateur du Rassemblement wallon et mène une action internationale en faveur de la francophonie. Ses engagements wallons et démocrates ne le quitteront plus jusqu'à son décès en 1977. Il fut membre des commissions sénatoriales des Affaires étrangères et de la Culture. Il fut aussi délégué parlementaire lors de trois sessions de l'ONU.

 

La Ville de Liège a lancé en 2000 un prix littéraire pour honorer sa mémoire, prix annuel récompensant alternativement une oeuvre poétique et une oeuvre romanesque.

 

 

 

 

 

 

 

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