21/05/2014

Lucien CHRISTOPHE: ECRIVAIN-COMBATTANT.

 

 

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LUCIEN CHRISTOPHE

Né à VERVIERS, le 1° mars 1891

Décédé à BOITSfort le

Né le 1er mars 1891 à VERVIERS dans une famille catholique de la bourgeoisie moyenne, son père est commissionnaire en draperie. Il étudie donc, naturellement, au collège des Jésuites.

VERVIERS est, à l’époque, une ville consacrée à la laine et au textile. Son père, y étant bien introduit, n'a qu'un objectif, que ses fils entrent dans cette carrière. Après un passage chez les Jésuites, il est envoyé en Allemagne avec son frère pour apprendre la langue du pays et aussi, pour les mêmes raisons, en Angleterre. Il se perfectionna certes dans les langues mais pas dans le commerce. Il se perfectionna surtout dans la littérature étrangère mais guère dans les affaires. Il rentra sans aucun goût pour celles-ci.

En revanche, il y prit goût à la littérature. Dès 1907, on le retrouve dans diverses revues régionales, « Le Réveil wallon », « Verviers-Chronique », et même françaises (« La Phalange »). Il écrit aussi dans « Le Farfadet », « Le Masque » et « Le Thyrse ». En 1912, il fonde une revue, « Flamberge », à laquelle collaboreront Tristan DERÊME, Guillaume APOLLINAIRE et Georges DUHAMEL. Ces noms situent le niveau de reconnaissance dont il bénéficiait déjà, si jeune. En 1913, il publie son premier recueil de vers, « Les Jeux et la flamme ». Le jeune écrivain y déploie une verve naturiste empreinte d'un grand amour de la vie.

A la déclaration de guerre,Lucien CHRISTOPHE et son frère aîné, Léon, rejoignent les PAYS-BAS à pieds, puis, via la côte, s’enrôlent comme volontaires dans l’armée belge qui se trouve à ce moment derrière la LYS. A ce moment, c'est encore assez facile mais, en 1915, les Allemands établirent une clôture électrifiée tout le long de la frontière hollandaise. Un véritable rideau de fer avant la lettre.

Il connaîtra les tranchées de l'YSER et finira sous-lieutenant au 3e Chasseurs à Pied. On lui décernera l’ordre de Léopold sur le champ de bataille.

Sur le front, il continue d'écrire des poèmes. En 1917,« La Rose à la lance nouée », une méditation sur l'amour déçu, est un un recueil intimiste où apparaît la maturité de l'homme plongé dans les souffrances des combats. En juin 1918, avec Marcel PAQUOT, Georges ANTOINE et Louis BOUMAL, il fonde « Les Cahiers du front ».

Un premier coup dur l’attend: son frère, Léon, meurt en septembre 1918 lors des combats de la forêt d’HOUTHULST. Un peu plus tard, ce sera la mort, frappé par la grippe espagnole, de Louis BOUMAL. Il consacra beaucoup d'efforts à la défense de la mémoire de ce poète. Il contribuera à l'édition, posthume, de ses oeuvres, une heureuse opposition à la tentative de récupération menée par Léon DEGRELLE.

Sur le plan humain et littéraire, la 1° Guerre le marque profondément, au point d’inspirer à Maurice GAUCHEZ cet éloge dithyrambique: « M. Lucien Christophe est notre Héros, notre Saint, notre Apôtre. ».

Marcel THIRY sera plus prosaïque, plus humain mais peut-être plus proche de la vérité: « La guerre a fait son œuvre ; elle a tué le poète tendre ; ... ».

Au sortir de la guerre, on le retrouve, brièvement, comme journaliste. Il collabore à deux journaux, aujourd'hui disparus, «  La Gazette » et « L'Indépendance belge ». Ce journal, créé en 1843 parut jusqu'au 13 mai 1940. Durant la 1° Guerre, il continua à paraître en France puis en Grande-Bretagne. Il fit l’objet de tentatives de rénovation dans les années 1920 et 1930. Mais, à la longue, elles furent inopérantes.

Ecrivain-combattant,il voulut laisser son témoignage. « Aux Lueurs du brasier. » parut en 1921. Il fut réédité en 1930 et en 1965. Il reçut pour lui le Grand Prix de la province du Brabant en 1921 et le Prix décennal Carton de Wiart en 1926. C'est un essai autobiographique contant les aventures d'un jeune soldat, que l'auteur écrit dans une intention patriotique pour rendre hommage à la Belgique combattante. C'est un témoignage important sur la vie quotidienne pendant la 1° Guerre.

Dans les vingt années suivantes, il ne fait paraître qu'un seul livre, en 1934, « Le Pilier d'airain. » : un ensemble de poèmes qui se veut une réminiscence des compagnons morts sous le feu de l'ennemi tout autant qu'une réflexion philosophique, curieusement prémonitoire. La montée des fascismes et du nazisme en Europe à ce moment a sans doute inspiré à l'auteur ces vers amers, classiques de forme, à la portée volontairement spirituelle.

Impressionné par le discours dédié à la mémoire d’Albert GIRAUD, en 1920 Jules DESTREE le repère et l’intègre à son Ministère des Sciences et des Arts. Il entame ainsi une nouvelle carrière, aux Beaux-Arts et Lettres, dont il deviendra Directeur Général après la seconde guerre mondiale.

Il occupera d'autres fonctions importantes: délégué de l'État dans les commissions de plusieurs musées, dont celui de MARIEMONT ; dispensateur de bourses littéraires, expert dans de nombreux jury, membre de l’Académie Picard (1920) et de l’Académie de Langue et de Littérature françaises (1945), cofondateur des Archives et Musée de la Littérature (1958 ). Il prend une retraite active comme conservateur du musée Constantin MEUNIER.

 

Lucien CHRISTOPHE consacre, à Charles PEGUY, dès 1942 un ouvrage où se mêlent vers et prose. On y retrouve le message moral qui sous-tendait « Le Pilier d'airain » : la réaction contre la médiocrité grandissante de la société. L'Ode à Péguy et L'Appel du héros est un poème en l'honneur de l'écrivain français, ainsi qu'une évocation de sa vie. En 1963 et 1964, il publiera « Le jeune homme Péguy. » puis « De la source au fleuve (1897-1905) » et « Les grandes heures de Charles Péguy. Du fleuve à la mer (1905-1914) ». Il dira:

« Péguy ne m’a pas appris à écrire, ni à penser en vue d’écrire, mais à agir et à vivre.". Il n'est pas inutile dec rappeler que PEGUY fut un écrivain-combattant victime de la 1°Guerre.

Trois prix couronneront son travail sur PEGUY: le Prix Triennal de poésie pour L’Ode à Péguy en 1945,le prix Scriptores Catholici pour Le Jeune Péguy en 1963, ainsi qu’en 1967, le Prix Quinquennal de l’essai pour Le Jeune Péguy et Les Grandes Heures de Charles Péguy.

Ces essais dessinent une vision pénétrante de son apport aux lettres françaises. On le considère comme l'un des meilleurs critiques d'art belges de son époque.

Lucien CHRISTOPHE demeure attaché à l’Église. Il estime qu'elle est un ciment des mœurs et de la société. Ce respect pour les valeurs religieuses et parentales s’allie chez lui à un grand attachement au terroir et à la culture francophone. Malgré cela, il n'a jamais jugé nécessaire de faire étalage de cette foi dans ses écrits. «  Il n'irrigue pas ses écrit de sa foi », pour rapporter une phrase lue dans un article à son sujet. Il fut élu à l'Académie royale de langue et de littérature françaises le 22 décembre 1945. Il succéda à Albert MOCKEL. Il collabore à de nombreux journaux et périodiques : « Le Flambeau », « Le Soir », « La Revue belge », la « Revue générale », « L'Étoile belge » et « La Gazette ».

Il décède à BOITSFORT le 10 septembre 1975.

 

17:30 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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