21/04/2014

CONSTANT BURNIAUX: INSTITUTEUR, POETE ET ROMANCIER, Témoin de la première guerre et des "Temps inquiets"qui ont suivi.

 

 

 

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CONSTANT BURNIAUX

 

Né à BRUXELLES le 1° août 1892

 

Y décédé le 9 février 1975.

 

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Instituteur, il entame une prolifique carrière de poète et de narrateur à l'occasion de la guerre de 14-18.

Considéré comme un des maîtres de la littérature de l'entre- deux-guerre.

 

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Né dans le centre de BRUXELLES, Constant BURNIAUX passe une enfance difficile en raison des nombreux déménagements de ses parents, après IXELLES, la famille se retrouve à LINKEBEEK. Il est issu d'une famille modeste: son père est ouvrier sertisseur. Il a un frère et une soeur. Par la suite, les ennuis professionnels et les revers financiers de son père provoqueront d'autres déménagement ( huit entre 1906 et 1923 ).

À l'âge de huit ans, il tombe gravement malade. Une hématurie ( présence de sang dans les urines ) met ses jours en danger. Il guérit difficilement. Durant sa longue convalescence, la lecture occupe son temps. Ainsi naît sa passion précoce pour la lecture.

Il poursuit ses études secondaires à l'Athénée Charles BULS. Ce qui le contraint à de pénibles voyages en train entre LINKEBEEK et le cœur de la capitale. Décidé à entrer dans l'enseignement, il s'inscrit ensuite, toujours à Charles BULS, mais dans la section de l'École normale. Il en sort instituteur en 1912. Il est nommé à l'école primaire n°7, rue Haute, en charge d'une classe d'enfants handicapés mentaux, aux tendances caractérielles.

Survient la guerre de 14-18. Durant le conflit, Constant BURNIAUX est au front, en même temps que son frère Jean, comme brancardiers dans la même unité. C'est en se rendant avec son frère auprès d'un blessé que Jean va être mortellement blessé. CONSTANT, à la fin de la guerre, rédige un petit livret ( 30 pages ) pour répondre aux questions que lui pose sans cesse son neveu Paul. Voici la fin:

"Langemarck

 

Garde-toi d'oublier ce nom, Paulet, garde-toi d'oublier que c'est là!...par une après-midi de juillet... Nous sommes assis sur le seuil de l'abri.
- Quel silence! hein, Louis?
Pour ne pas répondre, je demande à Jean :
- Quel heure est-il?
- Je ne sais pas.
Nous ne savons pas l'heure, Paulet. Nous ne pouvons même pas la deviner. Il fait un temps étrange. Et le silence écrase la terre.
- Louis.
- Jean?
- Promets de raconter à mon petit Paul notre vie, notre guerre.
- Toi, tu la lui raconteras.
- oui, mais si...
A l'instant, je l'interromps...
- C'est promis!
Autour de nous, le calme est si profond qu'il paraît avoir la volonté de se taire. Nos regards inquiets parcourent le paysage comme si jamais, jamais nous ne l'avions vu. J'éprouve l'impression d'être un homme d'autrefois placé subitement devant ce désert planté d'arbres sans feuilles.
- Quel silence ! répète ton papa
- oui, Jean, quel singulier silence!
Une vague horreur transpire du paysage lunaire. Nous nous attendons à voir apparaître quelque chose de formidable, nous nous attendons à tout...
Brusquement, voilà qu'un énorme aboiement gronde, siffle et s'éteint dans l'étendue. Après lui, lourdement, le silence retombe....
Clac ! clac ! clac ! clac !
- La mitrailleuse, fait ton père.
Aussitôt un cri lointain nous cherche :
- Brancardiers!
- Hop là! Louis.
- Je vais prendre ma musette à pansement, Jean.
- prends la mienne.
- Brancardiers!
Quelques secondes après, nous courons courbés dans la plaine rase où nos yeux se tuent à chercher un être, un mouvement....
Clac ! clac ! clac !
Je suis ton père, je lui crie:
- baisse-toi, Jean.
Je l'entends rire...
Clac ! clac !
Hein ! Jean se redresse, étend ses bras, se retourne à demi :
- Lou...
Et tombe sur ma poitrine, la bouche ouverte. Je le dépose sur le sol. Il a un trou dans le front, un petit trou d'où sort un filet de sang. Nous sommes seuls . Autour de nous, c'est la terre désolée sous le grand linceul gris du ciel...
Et Jean est mort, Paul, je le sens bien, il est mort ! il est mort ! il est mort !
Le docteur arrive. Appelé pour le blessé que nous allions secourir, il galope plié en deux. Il s'(arrête devant ton père étendu, lève instinctivement les deux bras en signe de désolation, se penche sur Jean soulève une main inerte, cherche le poignet, écoute, me regarde pleurer , secoue la tête et s'en va lentement."

On peut dire que ce sera sa première oeuvre. Démobilisé tardivement en 1919, il retrouve les mêmes enfants défavorisés. Il y restera jusqu'en 1929 quand il rejoint la section primaire du futur Athénée Léon LEPAGE. Victime d’une grave dépression nerveuse en 1937 – 1938, il quitte l'enseignement et sollicite sa pension prématurée.

Il produira, en 1920, « Sensations et souvenirs de la guerre 1914-1918 ». On y trouve les qualités qui seront constantes dans son œuvre: sens de l'observation, souci d'authenticité, sensibilité aiguë à la souffrance humaine, confiance dans la vie. En 1928, ce sera« Les Brancardiers », premier roman belge consacré à la Grande Guerre, l'équivalent de « Le Feu » d’Henri BARBUSSE sans l’engagement politique communiste de ce dernier. En 1931, « Les désarmés ». Dans cet ouvrage, on trouve ces lignes:

«  ...les pères ont le devoir d'empêcher leurs fils de s'entretuer. C'est devant les jeunes garçons surtout qu'il faut démasquer la guerre, parce que les plus belliqueux instincts sommeillent dans leur

sang. ... Et l'un des meilleurs moyens de montrer aux hommes à vivre en paix, n'est-il pas de ruiner la réputation de la guerre dans l'esprit des enfants ? »

 Après la guerre, il collabore à divers journaux et revues: le « XXe siècle », le « Peuple » et « La Bataille littéraire ». C'est son roman psychologique, « Le Film en flammes », en 1923, qui le fait remarquer par les éditions RIEDER. Sa carrière littéraire est lancée, cinq romans seront publiés par cette maison parisienne. Cette même année, il épouse Jeanne TAILLIEU, auteure de contes pour enfants et d'essais signés Jeanne BURNIAUX. En 1924, un fils naît de cette union, Robert, qui deviendra un écrivain célèbre sous le pseudonyme de Jean MUNO.

Sa production est très abondante. Plus de cinquante volumes dans tous les domaines : le roman, le récit, la nouvelle, le conte pour enfants, la poésie et l'essai. Il écrit pour quantité de journaux ou revues, tels « Le Soir illustré », « Le Journal des poètes », la « Revue générale belge »,« LeSoir, les « Nouvelles littéraires » et, jusqu'en 1975, le « Journal de Charleroi ».

Six recueils de poésies paraissent de 1927 à 1965. Sa poésie, hélas non reconnue à sa juste valeur, contient des éléments de secrets intimes poignants, aux accents très personnels, dans des textes d'une grande élévation d'esprit. Elle est marquée par la nostalgie de l’enfance.

Il puise dans l'exercice de son métier d'instituteur, la matière de sa «trilogie scolaire» ( La bêtise, Crânes tondus, L'aquarium ). Ils relatent sa vie quotidienne auprès d'enfants en difficulté. Il écrit aussi des livres pour jeunes, comme « Fah l'enfant » en 1924. Il observe son propre fils dans un ouvrage plein d'humour et de tendresse, « Un pur » (1932).

Il va donner sa pleine mesure dans la création romanesque ( plus de 30 volumes ) aussi bien dans le court récit que dans la narration de longue haleine. Durant la seconde guerre, il écrit un cycle en cinq tomes, « LesTemps inquiets ». Ils seront édités entre 1944 et 1952 car, durant la guerre, il refuse de publier quoi que ce soit. Pour lui, assurer une vie culturelle sous l'occupation était déjà une forme de collaboration ou, en tout cas , de soumission. L'action se situe entre le début de la première guerre et la fin de la seconde. Le héros central y vit des aventures semblables à celles que connut probablement BURNIAUX. Cette oeuvre monumentale qui s'écoule sur plusieurs générations, fait penser à celles de Georges DUHAMEL, Roger MARTIN du GARD et Jules ROMAINS, les romans cycliques. On trouve aussi cela chez Jean TOUSSEUL.

 

D'autres romans ou récits de nouvelles relèvent de l'étude de mœurs ou de caractères : « Une petite vie. » en 1929, « La Grotte » en 1939, « L'Autocar » en1955, « La Vie plurielle » en 1965, « L'Amour de vivre » en 1969 et « La Vertu d'opposition », œuvre posthume éditée en 1977, L'imagination de l'auteur s'y déploie dans la veine du réalisme fantastique, dans la description des sentiments qui accompagnent l'amour ( la possession ou la jalousie ) ou dans les rappels autobiographiques de l'enfance ou de l'âge mûr.

 

Constant BURNIAUX est élu, en 1945, à l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises. Il était convaincu que l’on s’identifie d’abord à sa langue et non à sa nationalité. Il considérait le fait d’avoir le privilège de pratiquer un français des plus châtiés comme un signe criant de son éminence. Celasemble être un trait, déplaisant, de son caractère. Il voit entre lui et son entourage un décalage de valeur intellectuelle et culturelle. Il souffre que son entourage soit limité et incapable de le comprendre. Celui-ci n'est pas assez fin et sensible pour l'estimer à sa juste valeur. Déjà, à l’âge de vingt ans, il avait noté dans son journal: « J’ai […] la sensation d’une hostilité, d’une incompatibilité totale entre moi et le monde dans lequel je vis. » D'où, sans doute,son besoin d’utiliser l’écriture pour se détacher de son entourage médiocre et s'élever dans la société.

En 1949, il reçoit le Prix triennal de Littérature pour quatrième volume des « Temps inquiets ».

En février 1970, il subit une intervention chirurgicale dont il ne se remettra jamais complètement. Il meurt à l'hôpital BRUGMAN le 9 février 1975.

 

 

18:42 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | | Digg! Digg

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