30/03/2014

LOUIS BOUMAL: POETE WALLON. VICTIME DE LA GUERRE 14-18

 

 

 

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LOUIS BOUMAL

 

Né à LIEGE, le 11 mai 1890

 

Décédé à BRUGES de la grippe espagnole, le 29 octobre 1918

 

 

 

La mort de Louis BOUMAL fut une perte immense pour la littérature belge.

 

Ce jeune poète aurait pu devenir au fil du temps un second VERHAEREN.

 

Son nom s'ajoute à la triste liste des écrivains et poètes morts à la guerre.

 


Louis Boumal excella à décrire par la poésie la souffrance morale des soldats belges . Ecrivain talentueux, espoir de la littérature belge,il mourut trop tôt en octobre 18.

 

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Né en 1890 à Liège, Louis BOUMAL fut, à la fois, écrivain, poète, maître à penser et militant wallon du début du 20e siècle.

Son père était ouvrier typographe. Sa mère malade et impotente depuis sa naissance meurt en 1909. De famille profondément catholique, il fait ses études au Collège Saint-Servais à LIEGE. En rhétorique, il tombe amoureux. Les jésuites qui lui voyaient un avenir brillant craignent un mauvais effet sur un élève aussi prometteur, ils l'envoient terminer ses humanités en pension à TOURNAI.

Ensuite, il entame ses études en Philologie romane à l'Université de LIEGE. Il y devint l'ami de Robert VIVIER. Durant l'année académique 1912-1913, il préside le Cercle de Philosophie et Lettres. On lui doit une équipée fort oubliée aujourd'hui: une « excursion » à MALMEDY où il tint, sur la place, une sorte de meeting en faveur du rattachement à la Belgique de ce territoire wallon. Blague d'étudiant ou prémonition des événements qui allaient suivre ?

Docteur en Philosophie et Lettres de l'ULG, il signe un premier recueil en 1910, « Poèmes en deuil », puis deux études:  «Renaissance septentrionale au XIVe siècle » et « Diderot et ses amis wallons», en 1912.

Professeur de rhétorique à l'Athénée Royal de BOUILLON, il rédige, en 1914, un essai historique sur cette localité: «Une ville wallonne, Bouillon à la fin du XVIIIe siècle ». Il collabore souvent à la revue "Wallonia". Il publie une série de poèmes dédié à sa femme intitulés «  La chanson d'elle », rebaptisés plus tard «  Le jeu des regrets ».

Il est mobilisé alors que son épouse était enceinte. Au front, il continue d'écrire. Dans une lettre à un ami, en août 1915, il vante ( les jeunes ) « que j'avais sous la main au Cercle de Philosophie, ceux que je traînais dans la bataille des idées avant que la Patrie ne les appelle aux armes... ». Avec ses amis Lucien CHRISTOPHE, Marcel PAQUOT et Georges ANTOINE, il fonde une revue, Les Cahiers du front, dont le premier numéro sort en juin 1918. ANTOINE et le frère de Lucien CHRISTOPHE sont tués, BOUMAL mort de la grippe espagnole, mais la publication survit deux ans après l'armistice.

Il allie littérature et patriotisme: il publie « Lettres de soldat ». Il collabore à la revue "L'opinion wallonne".  Il s'attacha surtout à décrire par la poésie la souffrance morale du soldat belge. Jamais aucun écrivain avant lui n'a décrit de façon aussi précise les tourments du soldat coupé de son monde familier. Pessimiste, il est convaincu que, de retour chez lui, il tombera dans une tristesse permanente que même son épouse ne pourra empêcher.

 

Ce thème du retour au foyer l'obsède à tel point qu'il lui inspirera une pièce de théâtre « Quand ils auront passé de l'ombre à la lumière ». On y parle de ce moment à la fois espéré mais redouté. Il est convaincu que ces années de guerre sont entièrement perdues. Il s'attriste de voir sa sensibilité atteinte par la dureté et la cruauté de la vie au front. Il est convaincu qu'il sera incapable de s'émerveiller de la vie lors du retour à la paix. C'est ce qu'on peut lire dans ce petit texte :

" Cette race de soldats et de travailleurs têtus aura tôt fait de reconstruire ses temples et d’ensemencer ses terres…Mais vous, bonheurs anciens, rêves d’études et d’art, travaux abandonnés, calmes amours qui remplissiez la vie, que serez-vous devenus ? La matière qu’on mutile, se répare, mais l’âme qui a trop souffert ne connaît plus la joie. »

"Un Jardin sans soleil" est son principal et dernier recueil de poèmes, publié après sa mort. Ses poèmes, écrits au front, expriment la mélancolie de l'éloignement forcé et le regret du bonheur abandonné au pays natal.

Malgré son peu d'intérêt pour la vie militaire et son moral quasi dépressif, il gravit tous les échelons jusqu'au grade de lieutenant et le titre de Chevalier de l'ordre de la couronne. Comment expliquer que malgré cet état d'esprit il parvint à remplir son rôle de soldat sans faiblir. Il l'explique en quelques phrases, c'est la conviction que la consigne qui doit exclusivement guider la vie aux tranchées est le mot « servir » :

« Servir !! C’est-à-dire rester à sa place, dans son rang, porter le sac et le fusil, marcher sans haltes et se battre sans fin, traverser les dernières provinces et se reformer ensuite dans les sables et les plaines humides de la Flandre, creuser des tranchées et des tranchées encore…Servir ! C’est-à-dire obéir aux chefs, s’anéantir, n’être plus rien que cette chose manœuvrée qu’on va tout à l’heure lancer sur l’Yser, face aux bataillons allemands. Servir ! C’est toute cette armée de soldats en loques, d’officiers en lambeaux, dont quelques-uns n’ont pas encore quitté le sac et le fusil. Servir, enfin, c’est toute la cohue en retraite, sans canons et sans vivres, qui se retourne à l’appel du roi et qui triomphe de ne pas mourir ! Qui n’a pas vécu cette heure de notre histoire n’a pas connu le sens de la guerre. ».

 

Peu avant l'armistice, le virus de la grippe espagnole le frappa. Hospitalisé à l'hôpital militaire de BRUGES, il y décéda après cinq jours seulement.Il avait chargé ses amis Lucien CHRISTOPHE et Marcel PAQUOT de conserver ses manuscrits ( « Je les supplie de continuer dans le même esprit de fidélité aux traditions françaises de notre race, l'oeuvre commencée en commun. » ).

Voici, auusi, un peu son testament. en tout cas, ses dernières volontés:

  « Je désire être enterré suivant ma foi catholique et sans cérémonie aucune dans un coin du sol de ma Patrie, ici ou là, il m'importe peu et le mieux serait à la place où je suis tombé. Après la guerre, je voudrais que mon corps reposât en terre liégeoise, sur la colline où l'on a couché ma mère...
J'ai fait ce que j'ai pu pour servir mon Pays. J'ai tâché d'être un bon soldat, suivant que me l'avaient enseigné mon père et les traditions de ma ville liégeoise. »

 Robert VIVIER dira de lui :  

« Ce que tous les soldats vécurent d’une façon plus ou moins consciente et vive suivant les ressources de leur être, Boumal l’a vécu comme eux mais avec la sensibilité qui était la sienne, et, parce qu’il avait le goût noble de la vérité et de la retenue dans la confidence, parce qu’il avait aussi le don qui fait que le poète trouve les mots de l’homme, il a rendu de façon inoubliable l’expérience de tous. Si personnel qu’il soit, l’aveu n’est pas celui d’un seul. »

 On doit à VIVIER l'idée d'édifier un monument à sa mémoire, à LIEGE, au jardin d'acclimatation.

 

 

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Il exista cependant un certain trouble. Celui-ci est dû à Léon DEGRELLE qui tenta de s'accaparer sa mémoire. Il lui consacra un livre. Dans sa mythomanie, DEGRELLE disait que BOUMAL avait laissé un grand héritage: un grand soldat, un brillant écrivain,un militant wallon, un catholique fervent, un grand patriote et que, bien sûr, lui, DEGRELLE, était le seul capable de reprendre ces missions et de les mener à bien.

On connaît la suite : soldat, DEGRELLE l'a été sur le front de l'est; écrivain, on lui doit ses vociférations dans le Pays réel; militant wallon, il créa la SS Wallonie; catholique, il finit condamné par MALINES; patriote, ne faisons pas de commentaire...

Certains ont l'émis l'idée, idiote, que sans doute DEGRELLE avait été influencé par la présence de" BOUMAL à BOUILLON. On doit faire remarquer que DEGRELLE n'avait que six ans à cette époque, qu'il ne fréquentait pas l'Athénée de BOUILLON et que sa famille cultivait une véritable aversion à l'encontre de l'enseignement public!

Heureusement, la mémoire de BOUMAL a été mieux défendue par VIVIER, CHRISTOPHE et PAQUOT.

 

20:54 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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