31/12/2012

SOUVENIR DE GUERRE. CHAPITRE IV: Canal de Willebroeck et Capelle-au-Bopis.

 

CHAPITRE IV : Le Canal de WILLEBROECK et CAPELLE-AU-BOIS.

 

ICamionette.jpgl était six heures du soir, quand l'ordre de départ fut donné. Joséphine avait été nettoyée, astiquée et vérifiée, sa carburation était bonne. Les différentes compagnies se rassemblent et nous partons dans la direction d'ANVERS.

 

Nous arrivons dans un petit village qui n'avait pas encore vu la guerre. Un brave fermier nous ouvre les portes de la grange. Vers trois heures du matin, je gare Joséphine puis me couche dans de la bonne paille. Il était impossible de dormir, les plus tristes penséesz m'assaillaient. Qu'étaient devenus les miens ?

 

Dans cette grange où nous logions à plus de deux cents, j'avais à côté de moi un tout jeune homme. Il n'avait pas vingt ans. Il parlait en rêvant. Tout à coup il se relève et crie « Maman, maman ! » D'un coin de la grange, une botte fut lancée, mon brave rêveur la reçoit sur la tête, il se rassied et fond en larmes. A quoi venait-il de rêver ? Pourquoi avait-il crié ce mot qui est à la fois si doux et si pénible d'entendre pendant ces jours de guerre ? Cette guerre, nous autres soldats, nous ne l'avons pas demandée et pourtant déjà plusieurs de mes amis ont payé de leur vie cette infernale folie. Que sera demain?Ne serai-je pas enfoui sous les décombres de mon camion et mes dernières heures ne se déchireront-elles pas en appelant ma chère petite maman ?

 

Je m'enfonçais ainsi dans mes réflexions, mais je fus vite rappelé à la réalité. Le clairon sonne « Alerte avion ». Alors qu'il y a quatre jours, nous nous cachions et cherchions des abris, cette nuit, personne ne bouge. Seuls quelques murmures s'élèvent au milieu des ronflements.

 

A six heures, le réveil est sonné. On rassemble la compagnie et notre lieutenant nous lit une lettre que le Roi venait d'adresser à ses troupes :

 

«  Soldats !

Assaillie brutalement par un coup de surprise, aux prises avec des forces supérieurement équipées et bénéficiant d'une aviation formidable, l'Armée belge exécute depuis trois jours une manoeuvre difficile dont le succès importe au plus haut point pour la ,conduite générale des opérations et pour le sort de la guerre.

 

Cette manoeuvre exige de tous, chefs et soldats, des efforts exceptionnels, soutenus jour et nuit au milieu d'une tension morale, que porte à l'extrême le spectacle des ravages exercés par un adversaire impitoyable.

 

Quelque rude que soit cette épreuve, vous la surmonterez avec bienveillance.

 

Notre position s'améliore d'heure en heure ; nos rangs se resserrent. Aux jours décisifs qui vont venir, vous saurez raidir toutes les énergies, consentir tous les sacrifices pour arrêter l'invasion.

 

Comme sur l'Yser en 1914, les troupes françaises et anglaises y comptent, le salut et l'honneur du pays le commandent.

 

Léopold. »

 

Après cette lecture, le clairon sonna « Aux champs » et la compagnie fait une minute de silence pour nos soldats morts au Champ d'Honneur. La liste comptait déjà soixante-cinq noms. Soixante-cinq camarades que l'un et l'autre d'entre nous avaient assistés dans leurs derniers moments recueillant de leurs lèvres mourantes leurs ultimes paroles pour ceux qu'ils aimaient.

 

Après cette cérémonie qui toucha le coeur de tous les hommes, l'Etat-Major nous fit part des derniers ordres. Nous devions remonter en ligne le canal de WILLEBROECK. Quant au charroi, il devait prendre position à OPUERS et y attendre les ordres. Naturellement une nouvelle fois, « Josephine » fut promue au rang de char de ravitaillement en nourriture et munitions.

 

Les cyclistes partent vers leurs positions sauf deux compagnies qui iront occuper le village de LEZ PUERS et y organiseront la chasse aux parachutistes.

 

Le cuisinier vint me trouver et me fait part de son manque de matériel. Lors du repli de LIERS, il avait oublié ou perdu tous ses bidons . Il me propose de demander au lieutenant la permission d'aller dans la zone de combat où certainement dans les maisons abandonnées, nous trouverons ce qui nous manque.

 

Pour le tirer d'affaire, il faut bien me dire d'accord, quoique depuis une heure, j'eusse entrepris un travail assez absorbant. Je faisais ma lessive et devais en surveiller le séchage. Je ne pouvais quitter un instant car si j'avais le malheur de tourner la tête, une chemise, une paire de chaussettes, des mouchoirs disparaissent comme par enchantement. Si je voulais garder mon linge, je devais le prendre avec moi. Je tends des cordes dans le camion et y mets pendre mes effets, puis, ainsi équipé, nous allons chercher le cuisinier et partons vers les villages déserts.

 

En passant dans une rue, j'y vis une quincaillerie à moitié démolie ; Avec le cuisinier, nous cherchons dans les décombres, en déblayant, nous apercevons l'entrée d'une cave. Aidé de ma lampe de poche, nous nous introduisons dans le sous-sol. Le spectacle n'était pas réjouissant. Sur une civière, le cadavre d'une femme et, dans une brouette le corps d'un enfant, tous deux baignant dans leur sang.

 

Dans la seconde cave, je trouvai tout ce qu'il me fallait : bidons émaillés, marmites à lessive et même et surtout des flacons de parfum. Sans scrupule, puisque cela devait servir au ravitaillement des hommes, j'emportai le nécessaire et avec quelque remord, je dissimulai dans mes poches, les flacons de parfum. J'aurais ainsi l'occasion, avant de mourir de me faire une bonne friction !

 

Nous revenons à la cuisine, j'y dépose le matériel puis je reviens à ma lessive qui, par suite de notre randonnée devait certainement être séchée. En effet mon linge était sec, mais oh malheur ! Il était tout gris, plus sale que lorsque je l'avais tendu. La fumée et la poussière de la route me l'avaient mis dans cet état. Mais enfin, à la guerre comme à la guerre, puisque j'avais lavé mon linge, je n'avais qu'à me bercer de l'illusion qu'il était propre ; Je le repliai et plaçai dans ma valise.

 

Je charge les bidons de soupe et avec un convoyeur cuisinier, Joséphine part pour ravitailler nos soldats. Nous arrivons à CAPELLE-AU-BOIS et je distribue la nourriture. Tout homme qui remplissait sa gamelle avait droit à une friction. Malgré la forte odeur qu'elle dégageait, certains de mes camarades avaient encore l'audace de se présenter une seconde fois. J'entre alors dans une maison où les amis s'étaient réfugiés pour prendre leur repas et je constatai avec plaisir que tous étaient passés chez le coiffeur ambulant. Mais l'odeur était tellement forte » que tous avaient mis leur masque à gaz.

 

Ce que voyant, le cuisinier qui n'avait pas compris la blague, courut au camion chercher son masque. Il croyait à une attaque par les gaz ! Il nous revint tout essoufflé sous son masque, il reconnut sa méprise et partit furieux.

 

Dans ce village abandonné, nous avons fait la visite de toutes les maisons et y avons pris ce qui pouvait servir à la cuisine. C'est ainsi que nous chargeâmes Joséphine de trente kilos de lard.

 

La nuit survint, il était temps que je rentre. Les gardes-frontière allaient prendre position. Notre Etat-Major avait tendu un piège à l'ennemi. Ayant posé devant le canal quelques éléments légers, il fortifia l'autre rive. Quand l'ennemi se présentait devant les éléments d'avant-garde, ceux-ci devaient se replier sur BOOM et faire croire à l'abandon de la défense du canal. Le secteur serait ainsi à découvert et permettrait à nos soldats de livrer combat à tout élément qui s'avancerait sur les bords du canal.

 

Comme l'Etat-Major l'avait pensé, la bataille s'engagea et, pendant toute la nuit, la fusillade fait rage. A tout prix, l'ennemi voulait forcer le passage du canal. De notre côté nous laissions remplir de militaires les canots allemands et dès que ceux-ci s'étaient engagés, nous nles mitraillions et percions les canots des deux côtés. Ils s'enfonçaient et les occupants étaient forcés de regagner l'autre rive à la nage.

 

Pendant cette première nuit, nos troupes conservent leurs positions et au lever du jour, les Allemands se replièrent. De mon côté, très tôt le matin, je partis avec Joséphine pour ravitailler nos hommes qui toute la nuit avaient durement combattu. Cela se voyait sur leur visage ; l'angoisse et la fatigue les avaient fortement déprimés.

 

Ils réclamaient des munitions. Revenu au poste de commandement, j'en fis part au commandant qui nous désigna à nouveau sitôt le ravitaillement fini, pour porter aux troupes ce dont elles avaient besoin. Je continuai donc le ravitaillement vers LEZ-PUERS, où se trouvaient les deux compagnies qui faisaient la chasse aux parachutistes. Ce secteur n'était pas très dangereux mais il pouvait réserver des surprises.

Dès que les soldats qui l'occupaient supposaient que le danger était proche, ils avertissaient leur charroi par un lancement de fusée. Nous ayant vu venir, ils lancèrent une fusée convenue, mais le sergent-fourrier qui m'accompagnait, froussard comme pas deux, crut à une attaque. Il prit son revolver, puis le mien, caché derrière la portière de la voiture, il tira dans toutes les directions. Supposant que devant nous il y avait un engagement sérieux, je demandai à Joséphine des efforts surhumains. Elle traversa les campagnes et escalada les fossés.

 

Ah ! Quel tableau ! Ma camionnette avec ses bidons pleins de soupe faisait des bonds formidables à travers champs avec accompagnement d'une fusillade bien nourrie. Nos camarades qui nous observaient se demandaient avec anxiété si leur soupe arriverait à bon port et si, par hasard, nous n'étions pas devenus fous.

 

Enfin je parvins au village, les soldats me font signe d'entrer dans la cour d'un château et j'y pénètre comme une flèche. Patatras ! J'accroche la grille, je l'arrache, le propriétaire m'engueule, le fourrier pour se remettre de ses émotions attrape le châtelain par le collet et lui crie « Monsieur, fermez-la, si un de ces moustiques vous lâchait un de ses pruneaux il ne resterait plus tien de votre belle bicoque. »

 

A peine a-t-il fini, qu'un avion allemand volant à très basse altitude, ayant aperçu mon pauvre camion, lâcha une torpille. Nous nous jetons tous par terre... Abasourdis par la déflagration, nous nous relevons hébétés.

 

Oh ! Surprise ! Oh ! A travers le nuage de fumée, j'aperçois « Joséphine ». Elle n'a pas voulu mourir ! J'en fais le tour, la regardant de très près. Hélas, elle porterait les traces de ce bombardement : un panneau et une poignée avaient été emportés par les éclats du projectile. Je mis le pied sur la pédale de mise en marche. Bonheur ! Joséphine marchait toujours ! Nous n'avons plus revu le pauvre châtelain ni sa barrière. Je fis la distribution de soupe. Les bidons n'avaient pas trop souffert. Je revins au cantonnement. Je rechargeai mon camion et repartis vers la zone de combat où j'arrivai juste à temps pour ne pas être surpris par la nuit.

 

L'ennemi profitant de l'obscurité essaya à nouveau de percer par le canal. Nos gardes-frontière se défendaient avec acharnement jusqu'à épuisement des munitions. De son côté, l'adversaire redoublait ses attaques et dirigeait sur nous un terrible feu d'artillerie. Nous lançons une fusée pour demander une riposte et en cinq secondes les canons de notre 3° d'artillerie mettent hors de combat les canons de l'ennemi. Celui-ci d'ailleurs allait essayer une nouvelle fois de lancer ses canots à l'eau.

 

Que faire ? Nous n'avons plus de munitions pour l'arrêter, déjà nos soldats préparent leur retraite. Mais nous avions un petit lieutenant qui avait toujours fait preuve d'initiative. Il m'appelle et nous chargeons sur ma camionnette mille litres d'essence que le génie français avait abandonnés. Nous nous amenons près du bord du canal, nous ouvrons les bidons et laissons couler l'essence. Nous y mettons le feu. Le résultat fut prodigieux. Le canal se transforma en fournaise. Cette vision fut inoubliable. Nous trépignions de joie. Tous les canots qui étaient déjà à l'eau brûlaient comme des torches de paille. Pendant ce temps le lieutenant courut au poste de commandement pour lui faire part du manque de munitions. Sa surprise fut grande en constatant que tout avait disparu. Bureau, maisons, tout était démoli. L'aviation allemande avait passé par là.

 

Désespéré, il revint nous trouver et donna l'ordre de repli, bien que nos soldats demandassent à rester ! Rester oui ! C'était beau tant que l'essence brûlait encore, mais après ?

 

Les garde-frontière comprirent et obéirent avec résignation. Nous nous replions deriière le 24° de ligne et au lever du jour, nous partons vers l'ouest. Nous allons, paraît-il, près de TORHOUT. Nous sommes le 19 mai.

28/12/2012

LIEGE: HOMMAGE A WALTHERE DEWE.

 

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Le 11 janvier 2013, se tiendra la cérémonie annuelle d'hommage à Walthère DEWE.

Dans un souci d'éducation à la mémoire, cette commémoration sera axée vers les jeunes.

Cela aura lieu à la Chapelle Saint Maurice, située Rue Coupée à 4000 LIEGE.

Le rendez-vous est fixé à 14H00.

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27/12/2012

VILLE DE THUIN: MONUMENT AUX MORTS.

Le Monument aux Morts

de la Ville de THUIN

est situé à la Ville Haute, Il est ingénieusement encastré à la façade du beffroi.

 

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On aperçoit, à la façade, le drapeau belge et le drapeau européen.

Si on approche de la façade, on découvre, encastré, le Mémorial 14-18 et 40-45.

Etant surmonté du buste du Roi ALBERT 1°, on peut donc supposer qu'il a été conçu, à l'origine, pour les Combattants de 14-18 pour être, comme beaucoup d'endroits, modifié après 1945.

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21/12/2012

HERSTAL: MONUMENT AUX MORTS ET MONUMENTS COMMEMORATIFS.

Nous parlerons, aujourd'hui, uniquement des Monuments situés Place de la LICOUR.

Voici d'abord le Monument aux Morts.

Face avant:

 

 

 

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La face regardant l'Eglise Notre Dame de la Licour.

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L'autre face latérale.

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A l'arrière-plan de la Place, le Monument commémoratif dédié aux Armées Alliées.

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Sur le côté gauche, une plaque en pierre de

 taille dédiée aux Armées Américaines:

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Sur le côté droit, une plaque identique dédiée plus généralement aux combattants et résistants alliés.

 

 

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Enfin, a été ajoutée, une plaque métallique en l'honneur de la 3° Division Armée Américaine.

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Enfin, au pied d'un arbre séculaire, cette plaque dédiée aux Prisonniers.

Plaque de type "Rocher"

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19:00 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/12/2012

PRIX " SOUVENIR ET CIVISME " ( WAREMME ): " La connaissance du passé peut-elle être un instrument de notre liberté ?"

Ce prix, annuel, récompensant un travail d'élève d'un école de WAREMME a été attribué à une élève de l'ATHENEE ROYAL de WAREMME: Marie BUCCI

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18:05 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/12/2012

SOUVENIRS DE GUERRE: CHAPITRE III

 

CHAPITRE III. LIERS ET HALLEMBAYE.

 

Camionette.jpgPendant que l'arrière-garde fermait les obstructions et faisait sauter les dernières destructions, notre bataillon de gardes-frontières rejoignait ses nouvelles positions. Nous faisons route vers LIEGE.

 

Avant d'entrer dans la Cité Ardente, nous attendons l'arrière-garde qui doit nous rejoindre dès que sa mission sera terminée. Durant cette halte notre lieutenant nous donne la raison d'être de notre repli. Le grand Quartier Général avait été informé que l'armée allemande contournant la ligne de défense de LIEGE et des environs portait son effort vers le LIMBOURG. Notre direction devait donc être le LIMBOURG.

 

L'arrière-garde nous rejoint et à ma grande joie nous passons par le Centre de LIEGE. LIEGE est la ville que j'habite et dans des moments aussi angoissants on doit comprendre combien il est bon de revoir son pays.

 

Et puis, peut-être aurai-je la chance de rencontrer mes parents ou de prendre de leurs nouvelles. Nous arrivons Place Saint-Lambert et alors que ma camionnette prenait le virage de la Rue de Bruxelles, j'entends qu'on m'appelle. Je reconnais la voix de mon père qui m'avait reconnu sous mon casque. J'aurais voulu pouvoir l'embrasser, peut-être encore une dernière fois, mais impossible, la colonne continuait sa marche et, comme j'étais seul chauffeur de l'auto, je ne pouvais l'abandonner.

 

Avoir vu mon père de si près et ne pouvoir m'entretenir un moment avec lui avant de reprendre le combat était pénible. Mais en montant la Rue de l'Académie, j'aperçois mon frère aîné qui courait vers moi, il monte sur le marche-pied et je le questionne, j'étais avide de nouvelles. On va passer par notre quartier. A cinq cent mètres de la maison, la colonne s'immobilise. Mon frère court et va avertir les miens.

 

Cinq minutes après, j'aperçois ma pauvre petite maman au bras de mon frère. Notre rencontre fut bien émouvante. Se retrouver ainsi en pleine guerre sans savoir si nous nous reverrions encore !

 

Elle me demanda si j'étais en danger, si je n'avais pas froid, si je n'avais pas faim. Elle me posa enfin toutes les questions que poseraient toutes les mamans. Je la rassurai sur mon sort en mentant quelque peu, je lui certifiai que je ne prendrai pas part aux combats.

 

Quand une maman voit ainsi un de ses fils en danger, plus rien pour elle n'existe au monde. Elle a devant elle ce fils qu'elle a mis au monde, qu'elle a élevé jusqu'à l'âge de vingt-six ans et qu'elle n'a même plus le droit de retenir. Ce sacrifice que le pays demande aux mamans est terrible. Chez moi, c'est six fois que la patrie a imposé cet holocauste à notre maman, nous étions six garçons et tous les six étions en âge de servir.

 

Cette demi-heure que je passe avec les miens me réconforte, la colonne reprend sa marche, j'embrasse une dernière fois ma mère et mon frère. Nous passons devant la maison. Adieu maman, vous reverrai-je encore ? Dieu seul le sait.

 

Et nous arrivons enfin à LIERS où nous prenons cantonnement pour la nuit. Nous nous installons et préparons notre couchage. Peut-être pourrons-nous dormir ?

 

Mais notre Etat-Major établit ses dernières positions de défense ; nous déchargeons la camionnette et classons les munitions par ordre pour le lendemain. Le travail terminé, je circule dans le cantonnement et me rend ainsi compte du moral de nos soldats. J'en fus stupéfait, la camaraderie de guerre existait déjà chez eux et ils racontaient des histoires gaies. Une demi-heure après, je rejoignais mon camion où je me fais un lit et me couche pour prendre quelques heures de repos.

 

Mais la nuit fut agitée, plusieurs fois, je fus réveillé par de formidables détonations. C'était énervant et lugubre. Etait-ce notre artillerie qui tirait ou l'artillerie de l'ennemi ?

 

A cinq heures du matin, le premier chef s'amena pour prendre possession des armes et des munitions. La distribution se fit entre six et dix heures du matin, mais elle fut plusieurs fois interrompue par les avions qui vinrent bombarder et mitrailler les fermes où nous étions cantonnés. Ce fut là que pour la première fois, je pus me rendre compte du désarroi que cet arme pourrait occasionner et pourtant, ce n'était rien vis-à-vis de ce que nous allions vivre.

 

A deux heures de l'après-midi notre commandant reçoit l'ordre de se porter en avant. La compagnie se rassemble et prend la direction de HOUTAIN-ST-SIMEON.

 

Arrivés dans ce petit village, nos hommes se répartissent entre les fermes et se restaurent. Nous, le charroi, prenons position dans un verger et camouflons nos camions. Une heure après, on repart et cette fois pour prendre part au combat.

 

Nos camarades montent à vélo. Quant au charroi, il doit rester sur place, à l'exception de ma camionnette « Josephine » promue au premier rang de char de combat. Je dois me tenir continuellement en contact avec les troupes pour les ravitailler en munitions.

 

Arrivés sur les lieux de combats, notre aumônier vint me trouver et m'apprit que dans une heure ou deux le régiment des gardes-frontière allait livrer la première bataille. On avait reçu l'ordre de repousser l'ennemi qui s'était infiltré par des ponts qui malheureusement n'avaient pas sauté.

 

C'est alors que je vécus une scène très simple mais combien émouvante. Notre aumônier qui était entouré de soldats, qui les uns après les autres venaient s'agenouiller devant lui. Ces soldats déjà braves dans les premiers jours de guerre voulaient mourir en bons combattants. Nous allions subir le baptême du feu. Eh bien, alors nous narguions le danger et méprisions la mort.

 

Mes camarades se portèrent tous en avant et toute la compagnie s'engagea dans le combat du Thier de HALLEMBAYE, combat qui fut pour nous très meurtrier, très dur et très démoralisant. Nos officiers en tête, les différentes compagnies se dirigent vers VISE.

 

Arrivés à la crête du Thier de HALLEMBAYE, elles se déploient. Un groupe d'éclaireurs part pour prendre connaissance du terrain. Au moment où nous recevons l'ordre de nous porter en avant, arrive une escadrille de dix-huit à vingt avions. Elle se partage en deux et, penCamionette.jpgdant plus de deux heures, nous subissons un bombardement effroyable. Nos soldats sont pris de panique et les officiers ont toutes les peines à les maintenir. Notre major réclame l'aide de l'aviation belge. Peine perdue, pas un seul appareil ne vint à la rescousse.

 

Après cette tourmente et ce fracas, j'avance ma camionnette vers la crête et je charge les blessés sur les caisses de munitions. Parmi ceux-ci se trouve le Major VIATOUR qui avait montré jusqu'à présent un courage héroïque et un admirable sang-froid.

 

Je ramène un de mes amis qui était devenu complètement fou, j'aurais voulu également reprendre le corps du sergent BAUDELOT mais là n'était pas ma mission. Les habitants du village nous promirent de lui assurer une sépulture convenable.

 

C'est là que nous avons assisté à une boucherie occasionnée par un bombardement par avions. Nous étions tous comme des ivrognes. Nos chefs, sans perdre courage, rassemblent leur compagnie, se mettent à leur tête et continuent leur avance vers VISE.

 

De mon côté, après avoir déposé les blessés, je remonte dans ma camionnette et vais rejoindre la compagnie. Alors que je descendais le Thier, j'entends au dessus de moi, un bruit formidable. Je m'arrête, à ce moment un sifflement suivi d'une explosion se font entendre. Je me cache instinctivement derrière le tablier du camion. J'attends quelques minutes, je me relève avec précaution, je sors de la voiture et en fais le tour comme un automate. J'étais entouré de fumée et de poussière. Que sont devenus les deux soldats qui m'accompagnaient ? Comme un fou, je me précipite dans une maison située juste en face et que vois-je ? L'un de ceux-ci se remettant de ses émotions...à l'aide d'une bouteille de genièvre qu'il venait de trouver sur la table. Il me fait asseoir, me passe la bouteille dont je vide une bonne moitié. Ceci me remet sur le champs et, avec mon coéquipier, nous refaisons le tour de notre « Joséphine ». Elle n'avait pas bougé ; pas de dégâts, sauf les vitres, et, son moteur tournait toujours !

 

Nous cherchons le troisième larron et le retrouvons, couché dans le fossé, blessé à la tête. De nouveau, nous repartons à l'arrière avec le blessé, puis revenons rejoindre la compagnie ; mais il m'est impossible de descendre plus bas que mon premier arrêt. La torpille était tombée sur la route à une cinquantaine de mètres de mon radiateur et avait creusé un trou capable d'y mettre un gros camion. J'attends une bonne heure et, comme la nuit approchait, je me vois obligé de rejoindre notre charroi.

 

De là, j'assistai au premier repli des régiments de ligne qui devaient tenir le Canal Albert. Quand je revois cette retraite de soldats qui, pendant plus de dix)huit heures avaient subi un effroyable bombardement, vivant ainsi des heures infernales, il me semble assister à une sortie d'aliénés qu'on aurait lâchés tous ensemble. Ils passaient devant nous, criant et pleurant. Il y en avait sans veste, d'autres sans souliers, presque tous sans armes. Impossible de leur adresser la parole. Ils ne répondaient qu'un mot : «  Ah. N. De D. ! les salauds !! »

 

Quand les derniers furent passés, notre régiment reprit son avance mais avec plus de précautions, car à ce moment nous arrivions en première ligne.

 

La nuit du onze mai était tombée, nos soldats prirent position et attendirent l'ennemi. Ce ne fut pas long. A l'aide de fusées blanches, il avance, mais les nôtres l'accueillent avec un feu de mitrailleuses bien nourri. Notre observateur demanda un tir d'artillerie de nos forts pour établir un barrage. Ce fut très bien fait et le tir très précis.

 

Vers deux heures du matin, le secteur était rentré dans le calme, de temps en temps, pour nous tenir en éveil, un obus de nos forts. Et ainsi, nous avons attendu le lever du jour.

 

Pendant toute la nuit, nous n'avions reçu aucun ordre. Notre lieutenant BOULANGER qui remplissait les fonctions de commandant de compagnie et qui, pour le surplus remplaçait le major blessé envoya à l'Etat-Major un motocycliste qui lui servait d'agent de liaison.

 

Une heure après, celui-ci nous revint tout abasourdi. Il n'y avait plus personne dans les bureaux. Tout le monde était parti ! Pendant donc que nos soldats maintenaient leurs positions, notre poste de commandement avait disparu. Celui-ci avait été repéré par l'aviation ennemie et bombardé. Le lieutenant se voyant ainsi isolé donne à ses risques et périls l'ordre de repli sur LIERS. Arrivés dans ce village, où plusieurs maisons brûlaient, nous recevons l'ordre de retraite à toutes les troupes défendant le Canal Albert.

 

Nous devions nous rendre à HANNUT. Arrivés à ANS, notre colonne se partage en deux. L'une s e dirige vers SAINT-TROND, l'autre vers HANNUT par BIERSET. La camionnette eut la bonne idée de prendre la direction de BIERSET car tous ceux qui se dirigèrent vers SAINT-TRONDE furent arrêtés à OREYE qui était déjà occupé.

 

A HANNUT, nous retrouvons notre Etat-major. Il nous attendait avec inquiétude. Notre colonel certifia avoir envoyé un agent de liaison . Celui-ci était revenu en disant que plus personne ne se trouvait sur les positions. Nous n'avons jamais revu cet agent de liaison.

 

Pendant que nous donnons ces explications au Colonel, un nouveau bombardement se déclenche sur HANNUT. Il déclenche une telle panique que tous les soldats se dispersent dans tout le pays. Les uns sont partis sur BRUXELLES, les autres vers MONS et nous vers CHARLEROI.

 

Je continuai donc le repli en direction de CHARLEROI , mais arrivé à NAMUR, fatigué par vingt-neuf jours d'auto, je m'endors au volant. Trois heures plus tard, je suis réveillé par un bombardement. Depuis trente heures « Joséphine » a été bombardée six fois : ANS, BIERSET, HANNUT, NAMECHE, et deux bombardements à NAMUR ! Je reprends la route de CHARLEROI avec cinq soldats que j'avais chargés en route et nous nous arrêtons à CHATELET où des parents nous accueillirent avec empressement. Enfin, nous pourrons prendre quelques heures de repos ! Je suis tellement déprimé, fatigué et sale que mon cousin ne m'avait pas reconnu. Cette halte nous fit reprendre courage. Le défilé des troupes françaises nous apporta du réconfort.

 

Quatre heures plus tard, après avoir fait honneur à la table de mon cousin, après nous être lavés, rasés, nettoyés, nous repartons en direction de MONS ; nous roulons toute la nuit. A MONS, nous attendons six heures, pendant lesquelles nous cherchons le lieu de rassemblement de notre régiment. Enfin, nous apprenons que les gardes-frontière doivent se rassembler à WEMMEL, près de BRUXELLES où nos chefs reformeront les troupes les compagnies en route !

 

Nous sommes le mardi matin 14 mai. Nous partons de MONS, mardi après-midi et arrivons à BRUXELLES le mardi soir. Notre Etat-Major nous vit revenir avec joie. Il nous croyait perdus ou abandonnés. En effet, en partant de LIERS, il ne nous restait plus que dix litres d'essence. Mais comme tout soldat belge qui se respecte, nous avions tiré notre plan et « Joséphine », en cours de route, avait fait son plein d'essence.

 

Je conduisis le camion dans le préau d'une école où nous pûmes enfin prendre une nuit de repos. C'était la première depuis le début des hostilités ! Le lendemain, pendant toute la journée, les gardes-frontière arrivèrent de tous les coins du pays et chaque militaire qui revenait était accueilli avec enthousiasme.

 

A six heures du soir, on nous fait savoir que nous sommes libres jusqu'au lendemain matin. J'en profitai pour me rendre à BRUXELLES où je rendis visite à des amis. Ces braves gens ne savaient que faire pour me donner du courage, mais je n'oublierai jamais leur affectueuse réception. Le jeudi matin, les deux tiers du régiment avaient rejoint le lieu de regroupement. Nos chefs en manifestèrent la plus vive satisfaction.

 

A midi, il ne manquait que cent et vingt hommes. L'Etat-major en informa le Grand-Quartier-Général, qui décida de nous envoyer en première ligne. A trois heures de l'après-midi, notre Colonel ayant fait savoir que nous étions prêts, un ord

16:54 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/12/2012

EGLISE PAROISSIALE D'ANGLEUR: MEMOIRE DES ASSOCIATIONS PATRIOTIQUES.

Copie de DSCI1327.JPG

21:05 Écrit par P.B. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |