28/11/2012

SOUVENIR DE GUERRE. CHAPITRE II

Chapitre II. PEPINSTER.

 

Camionette.jpgLe poste d'un de nos sergents se trouvait au-dessus de la colline, il devait de là, avec sa mitrailleuse légère battre toute la route.

 

Pour ne pas être repéré par l'aviation, nous empruntons le chemin qui surplombe la vallée. Large sentier pour cyclistes et piétons. Avec la camionnette, nous partons à l'assaut de la colline. La côte était très forte et le moteur du camion très faible !

 

Cette camionnette, je ne l'ai pas encore décrite mais si vous vous représentez ce qu'est un vieux camion FORD qui sert à un marchand de lait pour faire le « porte à porte » vous aurez une image assez exacte de ce genre de charroi. Et pourtant en a-t-elle accompli des exploits ! Brave « Joséphine », va !

 

En première vitesse elle arrive péniblement au sommet de la côte, à tel point qu'elle soufflait comme une locomotive. Nous déchargeons les munitions et prenons le chemin du retour. Monter avait été relativement facile, mais redescendre devenait dangereux. Nous arrivons à l'endroit où la route est en équerre. Au côté gauche, un précipice et je devais faire double manoeuvre pour prendre le tournant. A ce moment, je m'aperçois que mes freins n'ont plus d'efficacité. Je freinais à fond et le véhicule poursuivait sa course !

 

Je prends mon frein à main, je tire...même résultat ! Trois mètres nous séparent du bord, deux mètres, un mètre, cinquante centimètres. D'en bas les soldats qui nous regardaient fermaient les yeux pour ne pas voir la catastrophe. J'avais l'impression que les roues de devant oscillaient dans le vide. L'adjudant HENKAERTS prend le frein à main que je tenais déjà et tire de toutes ses forces. Je revois sa figure, et, je ris encore : son visage était crispé et de son front abondamment coulait la sueur. Comme par miracle la voiture s'arrête.

 

Nous nous regardons, poussons un soupir de soulagement, mais nous veillons à ne pas lâcher les freins. A l'aide de mon talon, je parviens à remettre la voiture en marche, j'introduis la marche arrière, je débraye et le camion fait un formidable bond en arrière. J'oblique à droite, j'arrête et descends du véhicule pour me remettre de cette émotion. Quelques instants plus après, nous reprenons la descente et rejoignons l'Etat-Major du régiment qui nous attendait sur la grand-route de VERVIERS.

 

Voici donc installés à leur poste tous nos soldats qui, avec les chefs attendent les ordres. Pendant ce temps une file interminable de réfugiés passait entre nos lignes. Notre Etat-Major manifestait une grande inquiétude. Si jamais l'ennemi perçait cette colonne de réfugiés, que devrait-on faire ?

 

Notre mission était de prendre contact avec l'ennemi et le nombre de réfugiés au lieu de diminuer ne faisait que s'accroître. Sur la route de VERVIERS la circulation était tellement dense que les voitures avaient peine à se frayer un passage. Derrière nous , le génie opérait ses destructions. Cette image des premières heures de la guerre était effrayante et pourtant qu'était-elle auprès des horreurs que nous allions voir les jours suivants !

 

Pendant cette fuite inconsciente, nos soldats attendaient avec impatience le moment où la parole aurait été donnée à leurs armes. Mais une heure plus tard, nous recevions des ordres qui nous stupéfièrent : les fortifications, cette ligne de défense sur laquelle tout le pays comptait pour arrêter l'invasion, ce mur que l'on avait dit infranchissable, ces défenses que nous avions voulu tenir pour montrer au pays et au monde combien nous aimions que l'on respectât notre neutralité, tout cela, on nous ordonnait de l'abandonner sans combat !

 

Notre major et nos chefs n'y comprenaient rien. Mais puisque nous devions partir, que les ordres étaient ainsi donnés, avec discipline nous les avons exécutés.

 

Nos soldats, la mort dans l'âme, quittèrent leurs abris...emportant les armes et les munitions et on recharge ma camionnette. En bon ordre nous rejoignons l'endroit que le Grand Quartier Général nous avait assigné.

 

Déjà cependant la méfiance se manifestait. Nos gradés s'en étant aperçus, circulèrent dans nos rangs et nous demandèrent de faire confiance à nos supérieurs, plus tard nous saurions la pourquoi de cette manoeuvre ; C'est ainsi que quelques heures plus tard nous apprenions la justification de cet abandon avec prière de la lire aux soldats.

 

Ainsi finit pour nous la première partie de la guerre. Qu'est-ce que l'avenir nous réservait ? Dans les chapitres suivants vous allez vous en rendre compte.

 

Nous sommes le dix mai à quatre heures de l'après-midi ;

18:09 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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