25/11/2012

MAURICE GAUCHEZ: ECRIVAIN, COMBATTANT et RESISTANT, PATRIOTE ET TEMOIN ENGAGE.

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Maurice GAUCHEZ

Né Maurice GILLES

CHIMAY le 31 juillet 1884

BRUXELLES le 24 novembre 1957

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Avec Maurice GAUCHEZ, on aborde un chapitre mal connu de l'histoire de la littérature française de BELGIQUE. Les écrivains de guerre français influencèrent leurs collègues belges du front. L'Association des Ecrivains Combattants Belges fut créée. On retrouve GUACHEZ à l'origine de cette association de même qu' au « Cercle Artistique et Littéraire des Invalides » et à « (l') Association des Ecrivains et Journalistes Combattants de Belgique ».  Associations maintenant complètement tombées dans l'oubli.

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Maurice GAUCHEZ est né à CHIMAY, le 31 juillet 1884 dans une famille d'enseignants. Son grand-père est Inspecteur Général de l'Enseignement Moyen. Son père est professeur de mathématiques. Ce dernier obtient sa mutation pour ANVERS, à l'époque l'enseignement secondaire en Flandre se donnait en français. C'est ainsi qu'il a passé une partie de sa vie à Anvers, ville où il fixe le décor de plusieurs de ses romans. Il y fréquente l'Athénée Royal et y termine ses humanités.

 

 

 

Il fait ses premiers pas très tôt dans la littérature, dès l'âge de quinze ans. Ses premiers poèmes sont publiés dans le « Bulletin de la Fédération des élèves des Athénées ». A seize ans, le journal anversois francophone,  « Le Matin », publie un de ses articles.  Bientôt il manifesta une boulimie de travail qui ne le quitta jamais. On pourrait l'appeler un hyperactif de la littérature. A dix-neuf ans, en 1903, il fonde « La Jeune Revue ». Bientôt, paraît son premier essai intitulé « La Poésie symboliste ».

 

 

 

Sa famille n'apprécie guère, on se sait pourquoi, qu'il signe ses premiers essais littéraires sous son nom de famille ( GILLES ). Elle lui adressa une lettre lui enjoignant d'utiliser un pseudonyme. Il trouva celui-ci par hasard, en 1906. Se présentant chez l'ingénieur en chef de la ville de Bruxelles en tenant un document à la main gauche, ce dernier lui demanda s'il était gaucher. Il eut alors une inspiration: il signerait ses œuvres du nom de Maurice GAUCHEZ, avec un z.

 

 

 

En 1908-1909, il est le secrétaire de la revue « Le Thyrse ». A l'époque, il travaille un moment à la CGER. Dès lors et jusqu'en 1914, il ne cesse de publier poèmes, essais, monographies et critiques littéraires: « Symphonies voluptueuses » en 1908,  « Le livre des masques belges »en 1911, « Images de Hollande. La louange de la terre » en 1911 également et, en 1912, « Paysages de Suisse. La louange de la terre » ainsi que « Les poètes des gueux, anthologie du XIIe siècle à nos jours ».

 

 

 

Le 3 août 1914, sa vie prend une autre tournure. Il s'engage comme volontaire et est versé dans les auto-canons. Il fit preuve d'une grande bravoure. Éclaireur, il est fait prisonnier et condamné à mort mais il parvient à s'évader et à rejoindre le front de l'Yser. Il est blessé et gazé à plusieurs reprises, ce qui l'amène à séjourner dans un sanatorium. Mais la guerre ne l'empêche pas de se consacrer à la littérature. Durant ces quatre années, il écrit et publie deux volumineux recueils de poèmes de guerre qui seront primés, « Les rafales » en 1917.

 

 

 

Il publia, à Paris, dès 1915, le premier reportage de guerre de Belgique, sous le titre « De la Meuse à l'Yser: ce que j'ai vu ».Il y raconte, comme un correspondant de guerre, tout ce qu'il a vu ou vécu lui-même: des anecdotes, des souvenirs personnels, des renseignements glanés par ci par là, sa capture, son évasion, les batailles, les exécutions d'espion, les détrousseurs de cadavres...Malheureusement, voulant glorifier l'armée belge, il tombe dans l'exagération épique. Par exemple, il dit que, devant les Forts de LIEGE, « les cadavres d'Allemands s'entassaient jusqu'à deux ou trois mètres de hauteur » ! Sinon, pour la plupart, il reflète la situation exacte.

 

En 1917, il écrit « La glorieuse retraite » œuvre tirée de ce premier ouvrage. Ce sera son vrai premier roman.

 

 

 

Après l'Armistice, il rentre à Anvers et entre au « Matin » comme critique littéraire. Il devient professeur de rhétorique française au Lycée d'Anvers et de Littérature à l'Académie royale des Beaux-Arts. Il se voulut rassembleur, il fonda le groupe « La Renaissance d’Occident », créa la revue du même nom et une troupe de théâtre, « Les œuvriers de la Renaissance d’Occident ».  « oeuvriers », néologisme bizarre!

 

 

 

Il se consacre surtout au roman, sans abandonner la poésie. « Cacao », son premier roman, paraît en 1925 et connaît le succès. Il sera suivi de beaucoup d'autres, quasiment un par an, s'inspirant notamment d'Anvers et de sa région natale, Chimay. À l'époque, il collabore au « Soir ». Il devient professeur de littérature française de Belgique à l'École de musique d'Ixelles. Il déménage à Bruxelles en 1929. Il donne cours dans de nombreux établissements (Institut des Journalistes, École provinciale des bibliothécaires du Brabant, cours public de la ville de Bruxelles, École normale Charles Buls ). Il continuera après la guerre.

 

 

 

En 1936, il écrit « VDG » ( initiales de Volontaires de Guerre ). Lui-même, volontaire de guerre et invalide, y expose le calvaire physique et moral d'un volontaire de guerre, gravement blessé dans les tranchées et rentré chez lui manchot et borgne. C'est un récit poignant où il décrit les difficultés de réadaptation de ces soldats: le ménage qui se défait, les beaux-parents qui le maltraitent, ses parents qui insultent leur bru, la tentation du suicide et l'esprit de haine et de revanche. Il traite là d'un sujet bien réel vécu par beaucoup de rescapés mais qui fut caché car cela allait à l'encontre des discours patriotiques. En 1938, il renoue avec les souvenirs de guerre avec le roman patriotique « Tignasse » situé dans le bouleversement de l'exode d'août 1914.

 

 

 

Pendant le conflit de 40-45 , il se fait plus discret tout en rejoignant la résistance. En souvenir des ces années, il publie en 1948 un roman-fleuve en cinq tomes « Quand soufflait l'ouragan ». Cet ouvrage monumental fut conçu durant les années de guerre. Il le dédie « En souvenir des écrivains anciens combattants 1914-1918, 1940-1945 et de la Résistance tombés pour la patrie et la Liberté...». Le premier, « La ville nue », décrit l'exode des réfugiés et l'atmosphère de panique du début de l'invasion. Dans «  La geôle et V.V.V. », il dépeint la vie difficile des années de guerre où, malgré tout, on se raccroche à l'espoir. « L'armée du maquis » écrit durant l'été 1943 évoque la résistance active. « On les a eus », terminé en octobre 1944 décrit le soulagement et la joie qui suivit la victoire. Il clôtura ainsi sa carrière littéraire.

 

 

 

Au fil de celle-ci, il reçut divers prix: le Prix des Indépendants pour son poème « Ainsi chantait Thyl », le Prix De Kein et le Prix Michaut pour son Histoire des lettres française de Belgique, le Prix Bouvier-Parvillez pour son roman Le Baron des Robaux.

 

 

 

Mais au début des années cinquante, on commence à l'ignorer. Aujourd’hui son souvenir et celui de ses entreprises s’est totalement estompé. A tort, pour certaines de ses œuvres en tout cas. Pourtant s'il est une qualité que l’on ne peut dénier à GAUCHEZ, polygraphe et animateur, c’est d’avoir été toute sa vie doté d’une gigantesque puissance de travail soutenue par un enthousiasme débordant. « Travailler semble être sa devise » note en 1923 Fernand DEMANY, jeune écrivain de l'époque aujourd’hui aussi oublié, figure emblématique de la Résistance et futur ministre communiste après 1945.

BIBLIOGRAPHIE


 

Poèmes
  • Simples croquis, 1907, Bruxelles, éditions Lamertin, 1907
  • Jardin d'adolescent, Paris, éditions Sansot à Paris, 1907
  • Symphonies voluptueuses, éditions Larcier, 1908
  • Images de Hollande, la louange de la terre, Bruxelles, éditions Lamberty, 1911
  • Paysages de Suisse, la louange de la terre, Bruxelles, éditions Lamberty, 1912
  • Les Rafales, Paris, éditions E. Fignière, 1917
  • Ainsi chantait Thyl, Paris-Zurich, éditions G. de Grès, 1918
  • L'Hymne à la vie, Bruxelles, La renaissance d'Occident, 1920
  • Tous mes désirs sont les tiens, Bruxelles, éditions de la Fourmi, 1925
  • Chansons humaines, Anvers, éditions Buschmann, 1925
  • Les Muscles d'or, Bruxelles, La renaissance d'Occident, 1930
  • La Tempête, Office de la publicité, 1944
  • Le Zwin, Bruxelles, La renaissance d'Occident, 1951
  • Brume sur la vie, Bruxelles, La renaissance d'Occident
Romans
  • Cacao, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1925
  • La Maison sur l'eau, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1926
  • Le Réformateur d'Anvers, Anvers, éditions Burton, 1928
  • Le Roman du grand veneur, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1929
  • La Servante au grand cœur, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1931
  • L'Émigrant, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1933
  • Le Baron de Robaux, Bruxelles, éditions Labor, 1933
  • Marées de Flandre, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1935
  • Au cœur des Fagnes, Spa, Les Cahiers ardennais, 1935
  • V.D.G. volontaire de guerre, Bruxelles, Union des Fraternelles de l'Arme de Campagne, 1936
  • Le Démon, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1937
  • Tignasse, Louvain, éditions Negger, 1938
  • Par dessus les moulins, Louvain, éditions Negger, 1938
  • Hôtel de la paix, Bruxelles, éditions Labor, 1938
  • La-Grange-au-Bois, Florenville, éditions Braconniers, 1939
  • Max Harry, vedette, Librairie des combattants, 1940
  • Les Espions du ciel, Bruxelles, éditions de l'Étoile, 1942
  • L'Aventure sans envergure, Bruxelles, Les Auteurs associés, 1943
  • Quand soufflait l'ouragan, roman en 5 tomes (La Ville nueLa Geôle sous le soleilL'Armée du maquisV.V.V. et On les a eus), Bruxelles, éditions Wallens Pay, 1948
Autres
  • Émile Verhaeren, monographie, Bruxelles, éditions Le Thyrse, 1908
  • Le Livre des masques belges, gloses et documents, Mons, La Société nouvelle
  • Les Poètes des gueux, ontologie du Modèle:S-XII à nos jours, Paris, éditions Michaud, 1912
  • De la Meuse à l'Yser, ce que j'ai vu, témoignage de l'auteur, Paris, éditions A. Fayard, 1914
  • Histoire des lettres françaises de Belgique, des origines à nos jours, Bruxelles, La Renaissance d'Occident, 1922
  • Romantiques d'aujourd'hui, essai, Bruxelles, La Renaissance d'Occident, 1924
  • Thyl, comédie en 4 actes, en vers et en proses, Bruxelles, La Renaissance d'Occident, 1927
  • À la recherche d'une personnalité, essai sur des écrivains belges, Bruxelles, La Renaissance d'Occident, 1927
  • Tanchelin, légende historique, Anvers, éditions Imcomin, 1935
  • Tristantout, Nouvelles, Louvain, éditions Lovanis, 1937
  • L'Entre-Sambre-et-Meuse, essai, Bruxelles, Office de publicité, 1941
  • Camille Lemonier, essai, Bruxelles, Office de publicité, 1943

 POEMES DE GUERRE.

 

 

Les gaz

 

 

 

 

 

 

Le carnaval de mort se chante à grands éclats

 

Le carnaval lugubre à l'haleine empestée

 

 

Le carnaval de haine et de rage entêtées

 

 

Serpente au long des champs dans les Flandres, là-bas...

 

 

 

 

 

 

 

Les enfants du sol clair respirent sous leurs masques;

 

Les visages n'ont plus ni formes, ni ferveur;

 

 

D'atones verres blancs sans regard, sans ardeur,

 

Ouvrent des yeux de monstre à l'ombre de grands casques.

 

 

 

 

 

 

 

On fête la laideur d'un affreux cauchemar

 

 

Des spectres délirants et sans nez gesticulent

 

Une brume de Sabbat autour d'eux monte et fume

 

Des yeux ternes et blancs se recherchent hagards.

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est la folie éparse aux plaines de la Flandre

 

Une sinistre joie abrutit l'avant-soir

 

 

Des klaxons crécellent hurlent du désespoir

 

 

Et les hommes sont bruns et comme enduits de cendres

 

 

 

 

 

 

 

Les vapeurs de l'ivresse et les souffles du vent

 

Sur ce mardi-gras veule et ses sinistres masques

 

Sur ces groupes sans noms de groins noirs et de casques

Planent puis vont vers les lointains, étrangement.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le carnaval des gaz se chante à grand vacarme

 

La mitrailleuse rit son fou, rire de mort

 

 

Les clairons dans les Flandres emmêlent leurs accords

Et les tocsins des tours propagent leur alarme

 

 

 

 

 

 

 

 

Masque d'un soir de mai, fantôme sans élans

 

Quelle joie hystérique et quels spasmes de haines

 

Vous énervent ce soir dans les remous des plaines ?

 

Le diable s'est offert un carnaval sanglant.

 

 

 

 

 

 Et aussi:

 Excuses de femmes

Si les hommes ont droit d' aimer où bon leur semble,
Et s'ils peuvent étreindre en raillant leurs serments
N' importe quelle fille aux charmes indécents,
S' ils ont la liberté d' adorer tout ensemble

Et des splendeurs d' épouse et des seins de hasard,
S' il peuvent répéter à celles qui les aiment
Les mots d' aveux et de désirs, toujours les mêmes,
Avec l' aplomb cynique au clair de leur regard,

Dis-moi, Soldat, mon frère, amoureux infidèle ;
Pourquoi défendrais-tu que la femme à son tour
Apaise ses tourments et ses troubles d' amour
Tandis que dans l'exil tu vibres si loin d' elle ?

Ah ! n' exige jamais qu ' aux voeux qui vous unit
ta femme simplement maintienne sa parole,
Et si tu t' aperçois qu ' elle est de ton école
Dis-toi que ce n'est rien mais que Dieu te punit. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19:26 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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