04/04/2012

Léon-Ernest HALKIN: Universitaire, Résistant, Prisonnier politique et Militant wallon.

Léon-Ernest HALKIN

 

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Né à LIEGE le 11 mai 1906 et y décédé le 19 décembre 1998.

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Docteur en philosophie et lettres de l'Université de LIEGE où il fut Professeur, II a marqué son existence par de nombreux engagements citoyens.

 

On peut citer son engagement contre le régime de  FRANCO, la Guerre au VIETNAM.

Il milita aussi en faveur d'une EUROPE humaniste,

le développement d'un urbanisme éclairé et la justice pour le TIERS MONDE.

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En 1927, Léon-Ernest HALKIN obtient le titre de Docteur en Philosophie et Lettres à l'Université de LIEGE.

Il n'en reste pas là. En 1932, il est diplômé de la Sorbonne et en 1936, il est reçu comme agrégé de l'enseignement supérieur. En 1937, un nouveau cours créé à l'Université de LIEGE lui fut confié: celui de l'histoire de la Principauté. Ensuite, en 1938, il est chargé de cours à l'ULG où il est promu professeur d'Histoire moderne en 1943.

Tout au long de sa vie, les titres ne lui manquèrent pas. Il fut promu Docteur honoris causa des universités de STRASBOURG et MONTPELLIER ainsi qu'à la Faculté Protestante de BRUXELLES. En 1977, il fut  lauréat du Prix  MONTAIGNE.

 

Professeur, il s'est intéressé aux deux Réformes, la protestante et la catholique, à l'humanisme avec ERASME, à l'histoire et aux institutions de l'ancien diocèse et de la Principauté de Liège. Son livre "Eléments de critique historique" (1966) est la bible des historiens formés à l'ULg depuis de nombreuses années.

 

En 1938, il manifeste déjà son intérêt pour la problématique wallonne par un article intitulé " La Wallonie devant l'histoire ".

 

Mais la seconde guerre mondiale lui fit quitter le monde de la recherche intellectuelle pure pour l'engagement concret dans la lutte contre l'occupant et ses sbires locaux. Ainsi, il n'hésite pas, durant ses cours, du haut de sa chaire, à s'opposer, devant ses étudiants, à la thèse fumeuse de DEGRELLE à propos de l'origine ethnique des Wallons.

Il est d'ailleurs entré de façon effective dans la résistance dès septembre 1940. Il fonde " Ici la Belgique libre" avec la collaboration d'Arsène SOREIL. Il est membre du FRONT DE L'INDEPENDANCE et c'est lui qui dirige le Réseau SOCRATE.

 

Pour rappel, le FRONT DE L'INDEPENDANCE fut créé en mars 1941 à l'initiative de deux personnalités communistes: le docteur Albert MARTEAUX et Fernand DEMANY et de l'Abbé André BOLAND. Contrairement à ce que l'on croit souvent, il ne s'agissait pas d'une organisation communiste bien que le Parti Communiste y avait adhéré en entier et qu'il y était très influent. Cela n'empêcha pas Léon HALKIN, prondément catholique, non seulement d'y adhérer mais d'y être très actif. LeFRONT DE L'INDEPENDANCE fut à l'origine, le 9 novembre 1943 de l'épisode du Faux SOIR. En 1942-1943, le Front de l'Indépendance fut à l'origine de la mission du sociologue Victor MARTIN à Auschwitz. Ce sociologue revint avec un rapport sur le sort des Juifs déportés de Belgique. Ce rapport permit à la Résistance belge de prendre conscience de la signification exacte du mot "déportations". Trois mille enfants juifs furent ainsi cachés et sauvés en Belgique par une population compatissante.

A ce propos, le XX° siècle s'est montré résolument plus barbare que les empires de l'antiquité. Si le bannissement semble avoir été une condamnation fréquente dans différentes civilisations, celles-ci laissaient souvent à l'individu banni le choix de sa destination, la déportation, elle, se fait souvent vers un milieu hostile, le déporté étant généralement aussi  prisonnier. La déportation politique en  fut la forme la plus arbitraire. Et que dire de la déportation vers des lieux d'extermination !

 

Léon-Ernest HALKIN est, durant l'occupation, en contact avec Monseigneur KERKHOFS. C'est lui qui mettra l'évêque en rapport avec le Grand Rabbin qui fut caché à l'Evêché durant la guerre.

 

Directeur du Réseau SOCRATE, Centre de distribution de fonds aux refractaires et aux maquisards de la région liégeoise, il est dénoncé et arrêté, en novembre 1943, par la police allemande. Il passe 18 mois à BREENDONCK, puis, après un court passage à la prison de SAINT-GILLES, il est interné, comme Prisonnier Politique, aux camps de concentration de GROSS-ROSEN, DORA et NORDHAUSEN. Il en réchappe de justesse car il rentre physiquement très marqué.

Il écrit, en 1947, un livre inspiré de sa déportation  "À l'ombre de la mort", réédité plusieurs fois, notamment par les éditions Duculot en 1985. Ce livre constitue un document vécu sur les camps de la mort, un réquisitoire sans haine, mais implacable, contre le nazisme. Dans cet ouvrage, il agit en historien rigoureux: il observe et surmonte sa souffrance et son émotion de témoin direct. C'est un texte scientifique qui peut être opposé à toutes les tentatives négationnistes.

 

Après la guerre, il approfondit son engagement wallon. Il participe activement au Congrès National Wallon de LIEGE en 1945. Il adhère au mouvement chrétien "RENOVATION WALLONE" dont ilest fait membre d'honneur.Et, en 1955, on le voit au Congrès Culturel Wallon. Rénovation wallonne est un mouvement fédéraliste  fondé en 1945 soucieux d'affirmer la place des catholiques dans le mouvement wallon.

 

Rénovation Wallonne sera profondément divisé lors de la Question Royale. Certains membres prenant publiquement parti contre LEOPOLD III, cela entraîna la démission d'autres. La “Question royale” divisa la Belgique par le fait qu’elle touchait à la royauté et qu’une consultation populaire fut organisée. Elle aboutit à l’abdication de Léopold III en faveur de son fils Baudouin, mais la Belgique frôla la guerre civile. En 1950, la fameuse “Question royale” divise la Belgique.

 

Chrétien soucieux d'oecuménisme, défenseur des Droits de l'Homme, il s'engage résolument contre le régime de FRANCO et la Guerre du Viêt-Nam, entre autres. Admis à l'éméritat en 1976, il a longtemps présidé l'Institut historique belge de Rome (1972) et la Commission royale d'Histoire de Belgique. Sur le plan chrétien, HALKIN milita aussi en faveur de l'oeucuménisme.

 

Une Fondation de l'Université de LIEGE créée à son initiative et à celle de son épouse porte son nom: la Fondation HALKIN-WILLIOT. La Fondation Halkin-Williot a pour objet de favoriser la recherche scientifique dans tous les domaines de l'histoire. A cette fin, elle a institué un prix annuel de 2.500 EUROS attribuable à une personne, domiciliée ou résidant en Belgique, qui se sera distinguée par la rédaction d'un travail original et personnel.

 

Bibliographie:

 

Réforme protestante et réforme catholique au diocèse de Liège. Le cardinal de la Marck, prince-évêque de Liège (1505-1538), Liège, H. Vaillant_Carmanne, 1930, .

  • Les conflits de juridiction entre Érard de la Marck et le Chapitre cathédral de Chartres, Liège, Faculté de philosophie et lettres, 1933.

  • Introduction à l'histoire paroissiale de l'ancien diocèse de Liège, Bruxelles, L'Édition universelle, 1935.

  • La supplication d'action de grâces chez les Romains, Paris, Les Belles Lettres, 1953.

  • La Réforme en Belgique sous Charles-Quint, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1957.

  • Les archives des nonciatures, Bruxelles, Institut historique belge de Rome, 1968.

  • Les colloques d'Érasme, choisis, traduits et présentés par Léon Halkin, Bruxelles, Presses académiques européennes, 1971.

  • À l'ombre de la mort, préfacé par François Mauriac, Éditions Casterman, Tournai- Paris, 1947.

  • À l'ombre de la mort, préfacé par François Mauriac, Paris, Éditions Duculot, 1985, 3e éd.

  • Érasme : sa pensée et son comportement, Londres, Variorum Reprints, 1988, 316 p. (articles originellement publiés entre 1970 et 1987).

  • Érasme parmi nous, Paris, Fayard, 1988.

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    " A L'OMBRE DE LA MORT"

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    Léon-E. Halkin raconte ses premiers instants au fort de Breendonck : 

     

    " Douze heures plus tôt, j'avais encore l'allure d'un homme normal, d'un homme comme les autres ; maintenant, le visage tuméfié et les vêtements salis, je ne suis plus qu'un vagabond enfermé dans une maison de correction.  

     

     

     

     

     

     

     

    Mon nom est cité. Je suis introduit dans un petit bureau où de très jeunes gens m'examinent, me fouillent et me dépouillent : papiers, argent, provisions, anneau de mariage, tout y passe et rien n'échappe à leur curiosité cupide.  

     

     

     

    - Comment, vous êtes professeur et vous n'avez pas de stylo?  

     

     

     

    Je ne sais s'il conviendrait de m'excuser... L'un d'eux, après avoir rédigé ma fiche, me tend un bout de carton avec le numéro qui sera désormais 

     

     ma seule identité à Breendonk.  

     

     

     

    - Voici votre carte de visite, me dit-il, fier d'une plaisanterie facile qu'il doit répéter plusieurs fois par jour.  

     

     

     

    Les nouveaux prisonniers sont conduits à la baraque des tailleurs ; nous nous y déshabillons. Un S.S. aperçoit les traces de coups reçus ce matin. 

     

     

     

    Aussitôt, l'intérêt professionnel l'anime,  il  veut  savoir  où  l'on  frappe  si bien.  

     

     

     

    Un Juif prisonnier nous jette des vêtements militaires usagés, auxquels les insignes et les poches ont été arrachés, et des sabots dont certains sont encore tachés de sang. Il n'est pas  question de prendre des mesures : le hasard nous servira et les S.S. nous encouragent, par leurs cris et par leurs coups, à nous contenter de ce que l'on nous donne. Affublé d'une veste kaki et d'un pantalon vert, chaussé de vieux sabots, me voici donc travesti en authentique bagnard. Les insignes du camp cousus sur la poitrine et dans le dos, une large bande faite de rouge et de blanc, signe d'infamie réservé aux communistes, enfin les quatre chiffres de mon numéro complètent l'accoutrement qui est ici la tenue réglementaire. Je ne suis plus que le détenu 2470, Haftling vier und zwanzig siebzig".  

     

    Léon-E. HALKIN, Breendonck, A l’ombre de la mort, 1947. 

     Certes, l’horreur des camps est gratuite, elle n’est pas indispensable à l’éclosion des vertus humaines, et je n’en accepte point l’héroïsme. Il en va des camps comme des taudis, et de la captivité comme du dénuement : il vaudrait mieux qu’ils n’eussent jamais existé. 

    […] Les camps, il est vrai, ont réussi à terrasser des millions d'hommes, aucune littérature ne prévaut contre cet atroce bilan, mais toute la science de l'Allemagne nazie n'avait pu prévoir la résistance invincible des âmes. 

    Les metteurs en scène de la tragédie n'en avaient rien deviné : ils prétendaient étouffer le cri de notre espoir comme celui de notre détresse. 

    […] Les épargnés admettent-ils toujours que nous ayons eu raison de risquer tout ce que nous avons risqué et ce que les meilleurs des nôtres ont perdu : la santé, la vie ? Oui, sans doute, ils pensent que nous avons eu raison parce que la guerre a donné tort à l’Allemagne. Détestable concession d’un réalisme odieux ! Nous avions raison, quels que dussent être les succès de nos soldats, puisqu’il était nécessaire et juste de lutter contre le nazisme pour sauver nos enfants, même au prix de notre liberté et de notre sang. 

    Léon-E. HALKIN, Breendonck, A l’ombre de la mort, 1947. 

     

 Certes, l’horreur des camps est gratuite, elle n’est pas indispensable à l’éclosion des vertus humaines, et je n’en accepte point l’héroïsme. Il en va des camps comme des taudis, et de la captivité comme du dénuement : il vaudrait mieux qu’ils n’eussent jamais existé. 

[…] Les camps, il est vrai, ont réussi à terrasser des millions d'hommes, aucune littérature ne prévaut contre cet atroce bilan, mais toute la science de l'Allemagne nazie n'avait pu prévoir la résistance invincible des âmes. 

Les metteurs en scène de la tragédie n'en avaient rien deviné : ils prétendaient étouffer le cri de notre espoir comme celui de notre détresse. 

[…] Les épargnés admettent-ils toujours que nous ayons eu raison de risquer tout ce que nous avons risqué et ce que les meilleurs des nôtres ont perdu : la santé, la vie ? Oui, sans doute, ils pensent que nous avons eu raison parce que la guerre a donné tort à l’Allemagne. Détestable concession d’un réalisme odieux ! Nous avions raison, quels que dussent être les succès de nos soldats, puisqu’il était nécessaire et juste de lutter contre le nazisme pour sauver nos enfants, même au prix de notre liberté et de notre sang. 

Léon-E. HALKIN, Breendonck, A l’ombre de la mort, 1947. 

 

18:36 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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