13/03/2012

JEAN GUEHENNO: COMBATTANT DE 14/18, MILITANT PACIFISTE ET ANTIFASCISTE, RESISTANT de 40/45.

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JEAN GUEHENNO

Né à FOUGERES le 25 mars 1890

Décédé à PARIS le 22 septembre 1978.

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«  Je crois, mais ce n'est que croyance, que ce qui définit un homme vrai n'est pas son appartenance à une classe, à un milieu, c'est une impatience profonde de sa condition, un espoir de devenir un jour ce qu'au fond de lui il pense qu'il mérite d'être. C'est cette volonté et cet espoir que les institutions devraient constamment entretenir et mettre en œuvre. »

( Citation de Jean Guéhenno )

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Jean GUEHENNO naît à Fougères, le 25 mars 1890. Son père, ouvrier cordonnier, est conseiller municipal et syndicaliste. Il est membre de l’Union Compagnonnique locale. Sa mère travaille à domicile, sur sa machine à coudre, de 5 heures du matin à 11 heures du soir. Elle mourra avant l'âge d’épuisement. C'est donc une famille très modeste.

 

Jusqu’à ses 5 ans, il est élevé par sa grand-tante maternelle. Il écrit au début du « Journal d’un homme de 40 ans »  que ce fut une chance qui lui permit de connaître la campagne et d’échapper pendant son enfance à la vie infernale de ses parents. La famille demeure dans une pièce unique utilisée comme chambre, cuisine, salle à manger, salon, atelier de couture et arrière-boutique de cordonnier. La famille n'aura de cesse de chercher plus de confort. En témoignent les nombreux changements d'adresse.

 

Il quitte l'école à quatorze ans pour devenir ouvrier dans une usine de galoches (Changer la vie). Il évoquera souvent sa jeunesse difficile, au début du 20° siècle où les affrontements entre possédants et déshérités étaient si rudes. Il explique ainsi son manque de réussite dans le genre romanesque : "Avant ma quinzième année, je n’eus que mes livres de classe. Je n’ai jamais lu pour m’amuser. C’est monstrueux. De là peut-être ce manque affreux d’imagination". 

 

Il met toute son énergie à se dégager de cette origine. Il étudie seul, après le travail, obtient son baccalauréat et réussit le concours d'entrée à l'École Normale Supérieure, puis l'agrégation de lettres classiques. Il réussit brillamment mais cela l'obsède. Ce succès, il le considère comme un reniement : il ne cesse d'invoquer le pardon de ses frères et sœurs. C'est pourquoi, comme une obsession, ces livres reviennent sur l'opposition, la contradiction entre le peuple et la culture.

 

En août 1914, c'est noté dans son journal, exalté par la presse patriotique, il a soif de vengeance, d'aller au front. Il s'y retrouva comme oMais il déchanta vite. En octobre 1914, dans son Journal, il note: «La mort au champ d'honneur, la plus triste de toutes. La plupart en réalité ne meurent que dans un champ de betteraves.»

Il subit une grave blessure, le 15 mars 1915. La guerre aurait pu être finie pour lui. Mais il tint à rester, ce fut à l'arrière. De la guerre, il sortit avec un immense dégoût. Elle lui avait pris ses deux amis du temps de paix. Il écrivit un livre qu'on ne publia qu'après sa mort : «La Jeunesse morte». Aucun éditeur n'en voulut ! Il y écrit: «Tout concourait aux armes. Et ce fut ainsi en tous les pays d'Europe, au-delà comme en deçà du Rhin. Tout homme jeune eut de quoi «sanctifier» sa guerre. La bonne volonté était commune, comment les uns et les autres ne se sont-ils pas reconnus?».

 

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Un quart de siècle plus tard, dans son hebdomadaire «Vendredi», il écrivit: «J'ai honte de ce moment-là de ma vie.»

 

Après la guerre, il devient professeur de classe préparatoire littéraire aux concours aux grandes écoles aux lycées Lakanal, Henri IV et Louis-le-Grand. Il défend l'aristocratie de l'esprit et le principe de l'égalité des chances. « Sur le chemin des hommes » témoigne de sa conception du métier d'enseignant.

 

Jean GUEHENNO se consacre aussi à la critique littéraire. Il étudie précisément l'œuvre de ROUSSEAU. Il écrit de nombreux ouvrages, dans lesquels il propose un humanisme original. Dans des essais sur Michelet (L'Évangile éternel, 1927) et sur Rousseau, il analyse, chez ces auteurs, les rapports entre une origine populaire et une culture bourgeoise. Il redoute le volontarisme d'une culture populaire. Aussi se lance-t-il dans une démonstration du caractère révolutionnaire de toute culture.

 

Il mène simultanément, une carrière de journaliste. Dans la revue Europe qu'il dirige jusqu'en 1936, il professe un profond pacifisme qui l'éloigne parfois des luttes sociales réelles. Mais l’émeute du 6 février 1934 précipite sa décision de créer un nouveau journal. Pour lui, la mission des intellectuels doit être de « mobiliser toutes les forces de l’esprit dans la résistance au fascisme ». Ce sera le journal Vendredi.Il démissionne de la direction d’Europe pour rejoindre  cette nouvelle revue. La guerre d’Espagne déclenche l’été 1936 des tensions dans l’équipe de Vendredi. Certains sont pour l’intervention de la France aux côtés des Républicains espagnols, GUEHENNO n’y est pas favorable. Le dernier n° paraît en novembre 1938.

 

Arrive la Seconde Guerre mondiale, il rejoint la résistance et poursuivit son activité littéraire sous le pseudonyme de CEVENNES . « Dans la prison » paraît clandestinement aux Éditions de Minuit.

 

Après 1945, il passe au Figaro, journal de droite. Il reste fidèle à ses racines et à l'exigence morale qui avait marqué sa jeunesse, comme en témoigne la part autobiographique de son œuvre : Journal d'un homme de quarante ans(1934), Journal des années noires, 1940-1941 (1947), Carnets du vieil écrivain (1971). Ses articles depuis 1945, s'orientent vers des prises de position humanistes. 

 

En 1944, il crée un service d'éducation des adultes: un "Bureau de l’éducation populaire", qui deviendra une "Direction de la culture populaire et des mouvements de jeunesse", puis en 1945 une "Direction de l'éducation populaire et des mouvements de jeunesse." En octobre 1944, il crée le corps des "instructeurs spécialisés". Pour lui, l'Etat devrait disposer de cadres qualifiés, à la fois bons pédagogues et bons techniciens.

 

Jean GUEHENNO fut élu à l'Académie Française en janvier 1962. Belle revanche pour un ouvrier ayant quitté l'école à quatorze ans et devenu un brillant universitaire et un maître à penser.

 

D'où l'hommage de François MAURIAC dans son Bloc-notes : « Quelque mal que vous pensiez de l’Académie, dans une vie exemplaire comme celle de Guéhenno, elle apporte une consécration irremplaçable. Le petit ouvrier breton qui, par la puissance de son esprit et par sa persévérance, est devenu ce maître éminent, ce haut fonctionnaire, et surtout cet écrivain, dessine sous nos yeux une image d’Épinal où la Coupole doit apparaître dans la dernière case. »

 

Jean GUEHENNO est mort à Paris le 22 septembre 1978.

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Œuvres

  • 1927 : L’Évangile éternel, Étude sur Michelet (Grasset)

  • 1928 : Caliban parle (Grasset)

  • 1931 : Conversion à l’humain (Grasset)

  • 1931 : Simon Mondzain (Nouvelle Revue française)

  • 1934 : Journal d'un homme de 40 ans (Grasset)

  • 1936 : Jeunesse de la France (Grasset)

  • 1939 : Voltaire, Bernard Palissy, Renan (en collaboration) (Gallimard)

  • 1939 : Journal d’une “Révolution” 1937-1938 (Grasset)

  • 1939 : Hommage à Dabit (en collaboration) (Nouvelle Revue française)

  • 1944 : Dans la prison (sous le pseudonyme de Cévennes) (Minuit)

  • 1945 : L’Université dans la Résistance et dans la France nouvelle (Office français d’édition)

  • 1946 : La France dans le monde (La Liberté)

  • 1947 : Journal des années noires (1940-1944) (Gallimard)

  • 1948 : Jean-Jacques en marge des “Confessions”. T.I. 1712-1750 (Grasset)

  • 1949 : La part de la France (Le Mont-Blanc)

  • 1950 : Jean-Jacques en marge des “Confessions”. T.II. 1750-1758 (Grasset)

  • 1952 : Voyages : tournée américaine, tournée africaine (Gallimard)

  • 1952 : Jean-Jacques en marge des “Confessions”. T.III. 1758-1778 (Gallimard)

  • 1954 : Aventures de l’esprit (Gallimard)

  • 1954 : La France et les Noirs (Gallimard)

  • 1957 : La foi difficile (Grasset)

  • 1959 : Sur le chemin des hommes (Grasset)

  • 1961 : Changer la vie, Mon enfance et ma jeunesse (Grasset)

  • 1964 : Ce que je crois (Grasset)

  • 1968 : La mort des autres (Grasset)

  • 1969 : Caliban et Prospero (Gallimard)

  • 1971 : Carnets du vieil écrivain (Grasset)

  • 1977 : Dernières lumières, derniers plaisirs (Grasset)

  • 2008 : La jeunesse morte, unique roman, écrit entre décembre 1917 et octobre 1920, resté inédit du vivant de l'auteur (Claire Paulhan)



 

 

19:03 Écrit par P.B. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | | Digg! Digg

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