18/02/2012

Joseph KESSEL: Homme d'action et de témoignage sur les tourments du 20° siècle.

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Joseph KESSEL

Né à CLARA (Argentine), le 10 février 1898. 

Mort à ARVERNES (France), le 23 juillet 1979.

 

Grand officier de la Légion d'honneur
Médaille militaire
Croix de guerre 1914-1918
Commandeur des Arts et des Lettres
Croix de guerre 1939-1945

Kessel incarne la tradition d'écrivains-reporters qui trouvent dans l'histoire immédiate des sujets de romans .

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Joseph KESSEL est né en Argentine, le 10 février 1898. Son père, médecin juif d'origine lithuanienne, avait obtenu son doctorat à MONTPELLIER. Puis avait occupé un poste en Argentine. Le jeune Joseph y vécut les premiers moments de sa vie. Ensuite, entre 1905 et 1908, ses parents partirent pour l'OURAL, avant de revenir s’installer en France. Il fit ses études secondaires d'abord à Nice, au lycée Masséna.

 

Pour préparer son baccalauréat, puis sa licence de lettres, il s'installe à Paris où il s'inscrit au lycée Louis-le-Grand. Il croit alors se découvrir une vocation de boxeur puis de comédien. Il fit d'ailleurs ses débuts au théâtre de l'Odéon et il écrivit même une pièce. Mais, à dix-sept ans et demi, il est recruté au Journal des débats. Ce sera là le début de sa véritable vocation.

On pourrait s'étonner de cette précocité. Elle n'a rien d'étonnant. Il savait déjà lire le français dès l'âge de quatre ans. Précocité qui se révélera plus tard à diverses reprises.

 

Arriva alors la Première Guerre Mondiale. Bien qu'étranger, il s'engagea comme volontaire et sera d'abord versé dans la cavalerie, puis dans l'aviation. Cela ne l'empêche pas d'obtenir un titre universitaire !

Cette expérience lui inspirera, quelques années plus tard un roman, « l'Équipage ».

Il termina la guerre par une mission en Sibérie d'où il ne revint qu'après un long périple. Ce premier voyage, à travers des pays secoués par des crises, décida de son avenir. Il rencontre « Sandi », qu'il épouse.

Dès la fin du conflit et dès qu’il eut atteint sa majorité, il demanda la nationalité française. Il portait la croix de guerre et la médaille militaire. La nationalité lui fut donc accordée facilement.

 

Dès son retour, il revient au journalisme comme grand reporter. Il mena simultanément une carrière de romancier, auteur de romans d’aventures exotiques comme  « Le Lion », « Les Cavaliers »...

Après la publication d'une de ses nouvelles, GALLIMARD prend contact avec lui et fait paraître, en 1922, son premier roman, « la Steppe rouge ».

Ce succès est suivi d'un second, la parution, en 1923, de « l'Équipage ». Ce n'est pas un véritable roman de guerre. Celle-ci est en arrière-plan. Il n'y exprime pas la misère ou la déchéance des hommes. Il traite de la complexité de la vie amoureuse, de la fraternité, etc. Il a une vision assez optimiste de la guerre: les seules souffrances sont liées à la vie intime des personnages. C'est l'histoire d'une rivalité amoureuse entre deux pilotes pris dans la tourmente de la guerre. Dans ce roman, il exprime l'idée que, à cette époque, partir à la guerre était source de fierté et d’honneur. C'était la motivation profonde de son engagement volontaire. Il l'a généralisée.

 

Sa profession de journaliste, son goût pour les paysages, les personnalités, et les situations extrêmes le poussent à courir le monde. Il se distingue par de brillants reportages: sur la Syrie et la Palestine; et, en Abyssinie, une enquête sur l'esclavage.

A PARIS, il montre un goût prononcé pour la vie nocturne puisqu'il fréquente les truands de Montmartre et les milieux des russes émigrés. Il en tirera, en 1927, « Nuits de princes « , « Nuits de Montmartre » ou, en 1928, « Belle de jour ».

Il obtient le prix de l'Académie française avant trente ans, nouveau signe de précocité.

 

Il fonda, avec d'autres , moins connus, en 1928, « GRINGOIRE »,  hebdomadaire politique et littéraire de droite. Il fut également membre du jury du prix « Gringoire », fondé par l'hebdomadaire. Lorsque le journal, « fortement orienté à droite, puis à l'extrême-droite », afficha des idées fascistes et antisémites, il s'en va. C'est alors qu'il écrit, en 1936,  « la Passante du Sans-Souci », sa première contribution antifasciste. Il se tient pourtant à l'écart de la vie politique, part pour les États-Unis. Romain GARY quitta aussi « GRINGOIRE » à ce moment. DORGELES traîna un peu les pieds.

 

Correspondant de guerre en 1939-40, il rejoignit après la défaite la Résistance (réseau Carte), avec son neveu Maurice DRUON. Avec lui, il franchit clandestinement les Pyrénées pour gagner Londres et s’engager dans les Forces Françaises Libres du Général de GAULLE..
En mai 1943, ils composent les paroles du
« Chant des Partisans », voué à devenir le chant de ralliement de la Résistance. En hommage à ces combattants, il écrivit, en 1943, « L’Armée des Ombres », récits des épisodes dramatiques et héroïques des combattants clandestins. Il termina la guerre comme capitaine d’aviation, dans une escadrille qui, la nuit, survolait la France pour maintenir les liaisons avec la Résistance.

 

Ainsi, si son oeuvre romanesque relative à la Première Guerre est, malgré son succès, restreinte et, sur le plan de l'histoire et du témoignage, peu marquante, il en va tout autrement de son action, antifasciste, durant les années ayant précédé la seconde guerre. Et son oeuvre littéraire durant la seconde guerre est aussi remarquable. D'autant plus remarquable qu'elle ne l'a pas empêché de se distinguer et de prendre des risques comme combattant.

 

À la Libération, on le retrouve, comme reporter, en Palestine, en Afrique, en Birmanie, en Afghanistan. Là, en 1967, il trouve l'inspiration pour son chef-d’œuvre, «  Les Cavaliers » . 


Entre-temps, il avait publié un long roman en trois volumes, Le Tour du malheur, ainsi que Les Amants du Tage, La Vallée des Rubis, Le Lion, Tous n’étaient pas des anges. Sous le titre « Témoin parmi les hommes », il relata les heures marquantes de son existence de journaliste.

 
Consécration ultime pour ce fils d’émigrés juifs, l’Académie française lui ouvrit ses portes. Il y fut élu le 22 novembre 1962, au fauteuil du duc de la Force. Dans son discours de réception, on peut tirer ce passage :

 

« Pour remplacer le compagnon dont le nom magnifique a résonné glorieusement pendant un millénaire dans les annales de la France, dont les ancêtres grands soldats, grands seigneurs, grands dignitaires, amis des princes et des rois, ont fait partie de son histoire d’une manière éclatante, pour le remplacer, qui avez-vous désigné ? Un Russe de naissance, et juif de surcroît. Un juif d’Europe orientale... vous avez marqué, par le contraste singulier de cette succession, que les origines d’un être humain n’ont rien à faire avec le jugement que l’on doit porter sur lui. De la sorte, messieurs, vous avez donné un nouvel et puissant appui à la foi obstinée et si belle de tous ceux qui, partout, tiennent leurs regards fixés sur les lumières de la France. » 

 

Le 23 juillet 1979, il est terrassé par une crise cardiaque : il sera enterré au cimetière MONTPARNASSE..

 

 (Paroles de Maurice Druon et Joseph Kessel


Musique d'Anna Marly



LE CHANT DES PARTISANS 
(Chant de la Libération)
 



Ami, entends-tu 
Le vol noir des corbeaux 
Sur nos plaines? 
Ami, entends-tu 
Les cris sourds du pays 
Qu'on enchaîne? 
Ohé! partisans, 
Ouvriers et paysans, 
C'est l'alarme! 
Ce soir l'ennemi 
Connaîtra le prix du sang 
Et des larmes! 

Montez de la mine, 
Descendez des collines, 
Camarades! 
Sortez de la paille 
Les fusils, la mitraille, 
Les grenades... 
Ohé! les tueurs, 
A la balle et au couteau, 
Tuez vite! 
Ohé! saboteur, 
Attention à ton fardeau: 
Dynamite! 

C'est nous qui brisons 
Les barreaux des prisons 
Pour nos frères, 
La haine à nos trousses 
Et la faim qui nous pousse, 
La misère... 
Il y a des pays 
Ou les gens au creux de lits 
Font des rêves; 
Ici, nous, vois-tu, 
Nous on marche et nous on tue, 
Nous on crève. 

Ici chacun sait 
Ce qu'il veut, ce qui'il fait 
Quand il passe... 
Ami, si tu tombes 
Un ami sort de l'ombre 
A ta place. 
Demain du sang noir 
Séchera au grand soleil 
Sur les routes. 
Sifflez, compagnons, 
Dans la nuit la Liberté 
Nous écoute... 


1943 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

18:40 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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