27/01/2012

LE BOOM DES MIGRATIONS: UN DES GRANDS DEFIS DU XXI° SIECLE.

Le texte ci-dessous résulte d'extraits d'une interview donnée par Catherine WIHTOL de WENDEN au Nouvel Observateur.

Catherine WIHTOL de WENDEN est directrice de recherche au CNRS et enseigne à l'Institut d'Etudes Politiques de PARIS.


Question:

On compte 200 millions de migrants dans le monde. Ce phénomène est sans précédent dans l'histoire. Que change-t-il à notre monde?

Réponse:

 

La mondialisation des migrations est un phénomène qui s'est développé durant ces 20 dernières années. Presque toutes les régions du monde sont touchées par l'accueil, le départ ou le transit de migrants. Ceux-ci aspirent à un mieux-être inspiré du modèle occidental et sont prêts à franchir les frontières, y compris dans l'illégalité et au péril de leur vie. Ni les Etats d'accueil, ni les Etats d'origine ne sont en mesure d'endiguer ce courant. Tous y trouvent des avantages ( main d'oeuvre bon marché, transferts de fonds ). Les migrants mettent au défi les souverainetés nationales et les frontières, et placent la mobilité des hommes au centre des grandes tendances du monde. On est alors confronté à un paradoxe des plus curieux: alors que la mobilité est valorisée pour les nantis, les 2/3 de la population de la planète sont privés du droit à la mobilité. Celui-ci commence à s'affirmer comme un droit de l'homme, comme le rappellent les déclarations universelles et autres textes fondamentaux.

 

Question:

 

 

Maintenant, loin devant les Etats-Unis, l'Europe est devenue le premier pôle d'immigration du monde. Quel impact pour l'Europe ?

 

 

Réponse:

 

Avant d'être une terre d'accueil, l'Europe a été pendant longtemps une région de départ vers les nouveaux mondes ( Amérique, Australie...) mais aussi vers les colonies, les terres à explorer, les comptoirs commerciaux, les régions de mission. L'identité européenne ne s'est jamais construite sur les migrations, à la différence des grands pays d'immigration où celle-ci a été constitutive de leur population, de leur histoire et de leur identité.

Le fait que l'Europe soit devenue une terre d'accueil et d'installation se traduit par une grande peur dans l'opinion publique européenne, peu préparée à cette nouvelle donne qu'elle vit comme une invasion, un risque de submersion et de subversion.

 

 

Question:

Il ne faut pas se tromper pour caractériser les défis qui attendent l'Europe.



 

Réponse:

 

 

Le grand défi pour l'Europe se situe moins dans l'arrivée des flux migratoires que dans le « vivre ensemble » avec les nouveaux arrivés, objectif souvent négligé et difficilement admis.

 

Cette nouvelle donne transforme la notion de la citoyenneté dans les pays européens: celle-ci devient de facto multiculturelle, elle doit s'accommoder du développement de la double nationalité, moins exclusivement liée aux Etats-nations d'accueil car elle peut inclure des allégeances plurielles. Elle inscrit la diversité au centre du paysage ethno-culturel européen, dans une Europe où la population vieillit et où l'immigration deviendra le principal facteur de croissance de la population après 2030.

Pour l'instant, le décalage entre les mentalités et les réalités se traduit par la peur, l'insécurité, les discriminations, l'exclusion et, en retour, les violences et les radicalisations religieuses.

 

Question:

Va-t-on vers un droit universel de migrer ?




 

Réponse:

 

Une gouvernance mondiale des migrations se dessine timidement, parallèlement aux politiques des Etats, portée par l'ONU, les grandes ONG mais aussi par les associations de migrants, les syndicats; les employeurs, les Eglises pour mieux répondre aux besoins de main-d'oeuvre, au désir d'ailleurs, tout en respectant les droits de l'homme. Les hommes et les femmes n'acceptent plus la fatalité qui consiste à être né dans un pays pauvre et mal gouverné. Ils deviennent davantage maîtres de leur projet de vie. La migration en fait partie. L'Etat-nation se trouve mis en défaut par cette nouvelle donne, tout en résistant fortement à l'idée d'un monde sans frontière et au droit universel de migrer.

 

 

 

 

 

Question:

 

 

 

Les pays européens ne seraient plus capables d'intégrer leurs immigrés ?

 


Réponse:

 

Aucun pays européen ne peut se vanter de sa parfaite capacité d'intégration de ses immigrés. Pendant plus d'un siècle, l'intégration ( on parlait alors d'assimilation) s'est faite par le travail. A partir du moment où l'on est entré, dès 1974, dans un contexte de chômage, les catégories sociales les plus fragiles se sont trouvées exclues du monde du travail, notamment les premières générations peu qualifiées du monde industriel et les générations issues de l'immigration.

Pourtant, l'intégration progresse, souvent de façon invisible aux yeux du plus grand nombre: une classe moyenne se fait jour, des unions mixtes se répandent...

19:28 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.