16/11/2011

COMMEMORATION DE L'ARMISTICE 2011: DISCOURS.

Ci-après le discours prononcé par Pierre BEAUJEAN

Président de l'Oeuvre des Postiers Liégeois

et

Secrétaire de la FNC "AWANS-BIERSET et ENVIRONS"


Le poète LAMARTINE a dit:" L’oubli est plus qu’une seconde mort, c’est un affront". Voilà une citation à méditer. Ce serait un affront aux victimes, un affront aux combattants, un affront aux derniers qui restent. Quoiqu'en disent certains, ces cérémonies gardent toute leur motivation. Elles sont l'occasion de rendre hommage aux combattants pour que ne sombrent pas dans l'oubli les sacrifices et les souffrances de deux générations.

 

La mémoire est à la fois un outil et un reflet. Le 11 novembre est, au fil du temps, devenu l'occasion de questionner, d'interpeller et de donner un sens à l'histoire. Ces hommes et ces femmes, nos semblables, dont les noms sont gravés sur nos monuments furent des victimes innocentes âgées de 18 à 40 ans. Ils étaient à l'aube de leur vie, ils avaient des bonheurs à saisir, une richesse à partager.

La tentation de l'oubli ne date pas d'aujourd'hui. Déjà en 1928, dix ans après l'Armistice, les Anciens Combattants étaient heurtés par l’indifférence d'une grande partie de la population envers leurs aspirations morales et matérielles. Eux dont les pensées allaient constamment vers leurs camarades tombés dans les forts, sur les routes et dans les boues de l’Yser. 

 

"Commémorer" c’est accomplir un devoir de mémoire à l’égard de tous ceux-là qui nous ont légué les valeurs de courage, qui sont tombés pour conserver à la Belgique son intégrité actuelle. "Commémorer" est aussi faire en sorte de ne jamais oublier ce que le XX°siècle eut de tragique et de monstrueux. "Commémorer" a aussi la vertu de rappeler que la paix et la prospérité sont des biens précaires qui ne se peuvent se conserver qu’au prix de la cohésion nationale. "Commémorer", c'est aussi opposer nos réponses de paix et de progrès à tous ceux qui prônent une marche arrière de l’Histoire.

 

A l'époque, l’Armistice a été ressenti comme un immense espoir. On a cru que la guerre à laquelle il mettait fin serait la dernière, la «der des der». Après quatre ans de conflit, c'était fini. Jamais on ne vit une nation communier toute entière dans une aussi grande ferveur. Mais cette immense joie était mêlée d’un profond sentiment de deuil et de tristesse: le pays pleurait ses morts et accueillait ses blessés et invalides. Nul ne fut épargné : aucune famille, aucun village, aucune ville. Elle se soldait par neuf millions de soldats morts, des combats au corps à corps et une Europe sens dessus dessous. Cet accident monstrueux de l'histoire ne devait pas servir de leçon. Vingt ans plus tard, un nouveau conflit, plus terrible encore, plus total, avec un bilan ahurissant de 38 millions de victimes, était déclenché et frappait la génération suivante.

 

L'Europe est aujourd'hui en paix. Il n'empêche que ce début du XXI° siècle n'est guère rassurant. Apparaissent, insidieusement, des dissensions au sein de nos communautés; renaissent le racisme et la xénophobie; triomphent à nouveau l'indifférence, l'intolérance et l'individualisme outrancier. On a oublié que la dignité, l'humiliation, le dédain, la solitude de l'exclusion ne sont pas mesurables. Plus qu’hier il convient d'agir pour construire une société de droits et de devoirs, une société de citoyens formés et conscients, une société plus tolérante.

Il reste donc des combats légitimes à mener pour garantir au sein de notre pays et du monde la dignité de nos semblables. Si nous voulons bâtir un avenir de paix et de fraternité, il importe d' associer la mémoire affective, sentimentale, du souvenir au savoir froid de la connaissance historique et ainsi sensibiliser la jeunesse aux enseignements à tirer. 

 

La paix n’est jamais acquise. Pour être garantie, elle doit être portée par l’éducation à la citoyenneté et aux valeurs de liberté et de fraternité. Connaître l’Histoire, doit être autre chose que savoir énumérer des listes d'évènements. C'est se rappeler ce que nos aïeux ont vécu pour comprendre que le repli sur soi et la peur de l’autre ont toujours condamné l’Humanité à vivre le pire. 

18:28 Écrit par P.B. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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