31/12/2010

LOUIS GUILLOUX: ECRIVAIN TEMOIN DU SIECLE DERNIER.

 

LOUIS GUILLOUX:

Ecrivain français méconnu.

Né à Saint-Brieucle 15 janvier 1899 et y décédé le 14 octobre 1980.

Ce fut un grand témoin, mais témoin engagé, des évènements du 20°siècle.

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Il montre la détresse des êtres confrontés à l'injustice, à la solitude, au mal de vivre. Il décrit le caractère tragique et dérisoire de la condition humaine mais il en souligne aussi la grandeur. Souvent classé parmi les « écrivains prolétariens », il récuse cette classification car, dans ses romans, il met en évidence des sentiments universels.

« Les hommes que j’ai voulu peindre ne sont pas d’abord des prolétaires. Ils sont avant tout des hommes. »

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Louis GUILLOUX est né à Saint-BRIEUC, en BRETAGNE, dans une famille pauvre. Son père, cordonnier, comptait parmi les fondateurs de la section socialiste de la ville. Il sera le personnage principal de son premier roman « La maison du peuple ». Il avait deux soeurs plus âgées.

En 1912, il entre, comme boursier, au Lycée de Saint-Brieuc mais il ne s'y sent pas à l'aise. Il y étudiera jusqu'en 1916. Alors, il abandonne sa bourse et devient surveillant d'internat dans cet établissement. Il souffrait d'être à charge de sa famille. Il continue cependant, apparemment, à étudier en autodidacte, notamment l'anglais, puisqu'il préparera plus tard, sans le passer, le bac.

A cette époque, il fait connaissance, indirectement, avec la guerre. Il lit la propagande officielle, exaltante. Il assiste aux revues militaires et aux départs de troupes qui l’émeuvent. Mais il est aussi frappé par les avis, funèbres, que reçoivent les familles; par les prisonniers allemands si tristes; par les blessés qu’on amène au lycée transformé en hôpital militaire et par leurs récits. Cela marquera plusieurs de ses oeuvres plus tard ( « Dossier confidentiel » et « Sang noir » )

De 1917 à 1920, il mène une vie aventureuse, il change plusieurs fois de ville, émigre à Paris, et exerce plusieurs métiers. Il travaillera une seconde fois dans un lycée, comme répétiteur.

En 1920, il décide de se consacrer à la littérature: il rédige des contes et des nouvelles qui seront publiées dans divers journaux.

Ses études solitaires d'anglais lui ont servi puisque, en 1922, il entre comme traducteur d'anglais aun journal « L'intransigeant ».

Pendant ce temps, il continue à écrire et à publier contes et nouvelles.

Mais sa vraie carrière d'écrivain débuta en 1926: il est introduit auprès de Daniel Halévy qui dirige la collection « Les Cahiers verts » chez Grasset. Il y rencontrera de nombreuses personnalités du monde littéraire.

 

En 1927, paraît son premier roman « La maison du peuple ». Ce livre révèle son enfance: un peu avant la guerre de 1914 - 1918, à Saint-Brieuc, un cordonnier essaie de  

créer une section socialiste, puis, n'étant pas arrivé à convaincre les habitants, entreprend de construire de ses mains une « maison du peuple ». Son fils ( Lui-même ) assiste à ses efforts désespérés pour donner un espoir au peuple. Il est suivi d'un texte bref, « Compagnons », qui raconte la mort d'un ouvrier. Le livre est préfacé par Albert Camus, qui écrit : « Je défie qu'on lise ce récit sans le terminer la gorge serrée. » Albert CAMUS dira aussi, plus tard, en parlant de Louis GUILLOUX: « Nous sommes quelques-uns à penser qu’on ne devrait parler de la misère qu’en connaissance de cause. »

 

 

En 1924, il se marie. Son épouse est professeur de français. Il sera amené à déménager plusieurs fois au gré des mutations de son épouse pour revenir, finalement, à Saint-Brieuc.

Suivront d'autres oeuvres dont: « Dossier confidentiel » en 1930 qui a, pour arrière-fond, la guerre de 14/18: pendant la guerre de 1914, dans une petite ville de l'arrière qu'agitent les mouvements sociaux et que traversent des convois de permissionnaires, trois adolescents partagés entre le désespoir et la révolte cherchent un moyen d'échapper à ce monde qui s'abîme sous leurs yeux. Chacun des trois suivra sa propre trajectoire, l'un d'eux mourra au front.

Et, en 1935, « Sang noir » avec lequel il ratera de peu le Prix Goncourt mais il connaît immédiatement un grand succès international. L'action de ce roman se déroule, en 1917, vraisemblablement à Saint-Brieuc, sur une journée. Guilloux caricature un singulier professeur   CRIPURE, professeur de philosophie, risée de ses élèves et de ses concitoyens. Ce roman se déroule dans le climat pesant de la guerre. Guilloux évoque une émeute de conscrits ainsi que les exécutions des mutins.( au Chemin des Dames ).

Dans les années 30, il se consacre, en outre, à de nombreuses activités politiques et sociales: luttes bretonnes contre les ventes-saisies de fermes, mise en place de comités de chômeurs, accueil des réfugiés espagnols, participation au « Secours Rouge ».

  • En 1935, il participe au Congrès mondial des écrivains antifascistes.
  • En 1936, il accompagne André Gide en URSS. A son retour d'URSS, GIDE manifeste publiquement sa désapprobation du régime dans « Retour d'URSS ». A ce moment, Louis GUILLOUX collabore au journal « Ce soir », journal créé par le Parti Communiste. Son refus de prendre parti contre André Gide lui vaut  de perdre sa place.
  • Pendant la guerre de 40/45, il jouera un rôle important dans la Résistance, notamment pour tenter de fédérer les diverses composantes de celle-ci. Sa maison servira de lieu de réunions et d'hébergement des clandestins. A la Libération, sa connaissance de l'anglais lui vaudra un poste d'interprète auprès des Tribunaux militaires américains. Il s'agissait, entre autres, de juger les soldats américains coupables de délits envers la population française.
  • Longtemps après la guerre, il reprend des activités sociales en vue. En 1961, comme délégué au Haut Commissariat aux Réfugiés, il visite les camps établis en Europe depuis 1945. En 1967, à l'appel d'André MALRAUX, il s'investit dans la création de Maisons de la Culture.
  • Il décède le 14 octobre 1980. Il eut droit à des funérailles à la Cathédrale de Saint-Brieuc
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      • Méconnu du grand public, la reconnaissance de ses pairs ne lui a pourtant pas manqué. Considéré par les plus grands comme étant leur égal: ROLLAND, ARAGON, GIDE, MALRAUX, CAMUS, SAMPRUN. Mais, à vouloir toujours rester indépendant, à penser en «franc-tireur», à refuser tout engagement de son œuvre, GUILLOUX devait rester en marge des courants idéologiques porteurs de carrières. Certes sa pensée, sa sensibilité, les milieux décrits montrent un authentique homme de gauche. Mais il ne voulait pas servir de caution ni de bonne conscience à la Gauche officielle, malgré les tentatives du Parti Communiste. «Je ne veux, je ne puis me dire d’un parti ou d’une école. » écrit-il à Romain ROLLAND en 1931. «il faut que les cœurs soient libres» disait-il.

 


 

 

 

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19/12/2010

WIHOGNE: PLAQUES COMMEMORATIVES.

WIHOGNE

( COMMUNE DE JUPRELLE ):

PLAQUES COMMEMORATIVES.

A la façade de l'église paroissiale, sont serties dans le mur, ces deux plaques. L'une pour les victimes de 14/18, l'autre pour les victimes de 40/45. Village profondément catholique, les deux plaques sont aussi un remerciement à Dieu.

Voici celle relative à la première guerre:

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Et, en zoom, le remerciement au Sacré-Coeur:

Wihogne 1418.JPG

A présent, celle relative à 0940/1945:

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Ici, le remerciement est adressé au Père VICTORIN:

Wihogne 40 45.JPG

Enfin, une plaque commémorative placée lors du 50° anniversaire de la libération des camps:

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15:43 Écrit par P.B. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/12/2010

LIEGE: MARCHE DE NOËL DES ONG.

NOËL SOLIDAIRE.jpg

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15/12/2010

GLAIN: MONUMENT AUX MORTS AU CIMETIERE.

GLAIN

( VILLE DE LIEGE ):

MONUMENT AUX MORTS DU CIMETIERE.

Avant la fusion des communes, GLAIN était une commune autonome. Précédemment, sur le même site, je vous ai déjà fourni une photo de la stèle érigée en face de ce qui est, maintenant, l'école communale.

Mais, récemment, j'ai découvert que l'ancienne Administration Communale avait, in illo tempore, fait édifier un monument bien plus représentatif au centre du cimetière communal.

En voici la photo, en entier:

SDC10614.JPG

Dans le fond, à l'arrière-plan, on peut voir l'Institut "Notre-Dame-des-Anges"

Voici le fronton de ce monument: il fut édifié en mémoire des victimes de 14/18:

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Après la guerre de 40/45, on y a fait ajouter, au pied, une plaque spécifique:

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On rappelle, une fois de plus, que cela fut omis dans de nombreux endroits.

Prémonition...ou fruit du hasard ?

A l'extrême gauche du monument, le lion 

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Et... sur le pilier de droite, le coq "hardi"

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17:49 Écrit par P.B. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/12/2010

AWANS: FUNERAILLES DE JULIEN GILNAY

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13/12/2010

MAURICE GENEVOIX: UN GRAND ECRIVAIN DE LA GUERRE DE 14/18.

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Né à DECIZE dans la NIEVRE le 29 novembre 1890 et décédé à JAEVA ( Espagne) le 8 septembre 1980.

Il est le chantre de la mémoire.

Son oeuvre, aussi bien de guerre que régionaliste, démontre son travail de mémoire puis de témoignage.

Cette mémoire est mise au service de ses camarades de guerre, mais aussi afin de perpétuer les scènes de son enfance.

 

 

Il naît le 29 novembre 1890 dans une famille de médecins et de pharmaciens. Son père, est greffier de justice. En 1891, sa famille déménage à CHATEAUNEUF-DUR-LOIRE, dans le Loiret. Son père y reprend l’épicerie-mercerie de ses beaux-parents.

Il fut très tôt, et plusieurs fois par la suite, confronté à la mort. Cela marquera son oeuvre. Il faillit mourir du croup à l'âge de quatre ans. A douze ans, il perd sa mère, ce qui le plongera dans un grand chagrin. Il gardera toute sa vie une meurtrissurequi transparaît dans plusieurs romans, « Fatou Cissé « ou « Un Jour ». Esseulé, il trouve le réconfort sur les bords de la Loire. Là, il se réfugie pour rêvasser. Il s'en inspirera plus tard dans plusieurs ouvrages « Rémi des rauches », « la Boîte à pêche », « Agnès, la Loire et les garçons ». Mais l'expérience la plus dure, il la vécut au front où il vit des amis proches mourir à ses côtés et où il faillit lui-même perdre la vie. Après la guerre, il réchappa par miracle à l'épidémie de grippe espagnole.

Elève brillant, il se distingua dès l'école communale: il obtint le premier prix du canton pour le certificat d'études. A onze ans, il est interne à ORLEANS, au lycée. Il y découvre une vie de discipline et d’ennui, il trouve un dérivatif dans la lecture. Puis on l'inscrit au lycée de SCEAUX.

 

Admis à l’Ecole Normale Supérieure, il effectue entretemps son service militaire à Bordeaux. En 1912, il reprend ses études. Mobilisé en 1914, il dut r rejoindre le front comme officier d’infanterie, dans le 106° Régiment d'Infanterie. Il lui restait un an pour obtenir son agrégation. Son régiment participera à la bataille de la Marne et à la marche vers Verdun. Il s'est battu aux EPARGES.

Il est grièvement blessé le 25 avril 1915, juste après avoir vu mourir son meilleur ami. Soigné pendant sept mois, il change en permanence d'hôpital. Il est réformé à 70% d'invalidité, puis à 100%, ayant perdu l'usage de la main gauche.

Dans le tome 4 de son ouvrage « Ceux de 14 », il a longuement narré cette bataille. Il y écrit notamment: « Les Eparges est un lieu de bois, de collines et de ruisseaux dans la MEUSE près de VERDUN. Les combats de la Guerre de 1914-18 y furent effroyables et vains: la ligne de front ne bougea quasiment pas pendant quatre ans. ».

 

De février à décembre 1916, la bataille de VERDUN causa plus de 300000 morts et 400000 blessés. A cette époque, le commandement croyant à une guerre courte ne ménagea guère la vie des hommes. En hommage à ces malheureux et pour permettre au public de mieux comprendre cette terrible bataille, fut construit, dans les années 60, le célèbre Mémorial. Ce monument fut inauguré par Maurice GENEVOIX.

 

« Ceux de 14 » n'est pas seulement un des meilleurs témoignages sur la guerre de 14 ( avec ceux de DORGELES et de BARBUSSE ) mais on y trouve le souci d'éviter toute littérature inutile. Y apparaissent ses dons d'évocation, ses traits de psychologie, son art magistral de dépeindre les situations, les hommes et les âmes. On y décèle une réelle puissance d'expression. Il y met toute la générosité de son âme. Certains vont même jusqu'à dire que le véritable mémorial dédié aux malheureux combattants n'est pas le mémorial de pierres des années 60 mais que c'est est cet ouvrage, mémorial de mots et de papier. Le passé désincarné, quasi virtuel, des livres de l'histoire officielle ne peut exprimer réellement la vérité alors
que cet ouvrage, mettant en scène le quotidien, interpelle, réveille et donne du sens. GENEVOIX est persuadé que toute exagération ne peut qu'affaiblir l'effet de la réalité. Dès lors, il n'aspire qu'à rester un témoin fidèle et scrupuleux. Il a dit ce qu'il avait vu et entendu, et rien d'autre.

 

Il convient, ici, de citer quelques phrases de GENEVOIX prises presque au hasard:

« Je me raidis désespérément, pour ne pas crier, pour ne pas fuir: ce fut un spasme de volonté dont la secousse enfonça mes ongles dans mes paumes (...) Dans une complète possession de moi, je fonçai droit, d'un élan aveugle et fou. »

Et, dans une lettre écrite en 1915:

« Cette guerre est ignoble: j’ai été, pendant quatre jours, souillé de terre, de sang, de cervelle: J’ai reçu à travers la figure un paquet d’entrailles, et sur la main une langue, à quoi arrière-gorge pendait:.. [...] Je suis écoeuré, saoul d’horreur. »

 

En décembre 1915, il remet à Paul DUPUY ses carnets de guerre que la maison HACHETTE accepte de publier: « Sous Verdun » et « Nuits de guerre » paraissent en 1916, « La Boue »en 1921 et « Les Eparges » en 1923. Ces quatre livres sont regroupés sous le titre collectif « Ceux de 14. »

 

La paix revenue, Maurice GENEVOIX doit renoncer à sa carrière universitaire. Il se retire en SOLOGNE. Il s'y consacre à la littérature. Son œuvre abondante a souvent pour cadre la nature du Val-de-Loire où évoluent en harmonie hommes et bêtes. On citera : « Rémi des Rauches » , Raboliot, qui lui valut une précoce reconnaissance avec le prix Goncourt 1925, « La Boîte à pêche » , « Les Mains vides » , « Rroû » , « L’Assassin », « Gai-l’Amour » « Forêt voisine » , « Marcheloup » , « Le Jardin dans l’île », « La Dernière Harde », « Les Compagnons de l’Aubépin », « L’Hirondelle qui fit le printemps » , « Sanglar », « L’Aventure est en nous », « Fatou Cissé », « Routes de l’aventure », « Au cadran de mon clocher », « La Loire, Agnès et les garçons », « Derrière les collines », « Christian Caillard », « Beau Français », « La Forêt perdue », « Images pour un jardin sans murs », « Tendre bestiaire », éBestiaire enchanté » , « Bestiaire sans oubli », « Un jour », « Loreleï », « La Motte rouge », « Trente mille jours ». Ce dernier ouvrage est paru en 1980, l'année de sa mort. Jusqu'à sa mort, il ne cessa donc d'écrire.

En 1972,il publie en un essai sur le thème de la mort,« La Mort de près ». Une mort dont il s'attache à dépeindre la fréquentation quotidienne au cours de la guerre, l'expérience de ce « vide glacial » que laisse à ses côtés le compagnon fauché dans sa course, et qui ne cessera jamais de le poursuivre. Un épisode qu'il remettra en scène dans «  La dernière harde » où le Cerf rouge, fuyant avec sa mère sous les balles des chasseurs, sent ce même « vide glacial, extraordinairement profond, qui le suivait dans son élan ».

« La mort de près » relate les trois expériences de la mort qu’il a vécues. En voici un extrait :
« Ce cri rauque, étranglé, qui m’est resté dans les oreilles, qui l’a poussé ? Est-ce lui, ce premier mort dépassé ? Je viens d’en apercevoir un autre, un troisième. J’ai entendu aussi, très nettement, à ne pouvoir m’y tromper, le choc des balles qui entraient dans les corps, bref, étouffé, comme d’une lame de couteau assenée par un poing furieux. Désormais, je sais que le ‘le feu tue’ ».

Il est élu en 1947 à l’Académie Française. Il en devient Secrétaire Perpétuel en 1958.

Souvent on partage son oeuvre en deux: les oeuvres de guerre suivies d'une rupture et d'un repli sur des romans régionalistes. Ce n'est pas exact. Après son oeuvre de guerre qu'on pourrait presque comparer à un reportage journalistique, il produisit une oeuvre abondante à classer selon trois sources d'inspiration:

  • l’inspiration rurale, la chasse, la pêche, la forêt, les grands espaces (Rémi des Rauches, La Forêt Perdue, Forêt Voisine, La Boîte à Pêche …)

  • les grands voyages, les civilisations lointaines (Fatou Cissé, Eva Charlebois, Routes de l’Aventure…)

  • l’autobiographie et les souvenirs de guerre (Trente Mille Jours, La Mort de près). 

Il s'insurgeait d'ailleurs contre cette réputation d'écrivain régionaliste.Dans « Jeanne Robelin « (1920),son premier essai romanesque: sous le prétexte d’une intrigue amoureuse à laquelle la guerre sert d’arrière-plan, il évoque la vie des civils à l’arrière. « La Joie » (1924) est une peinture réaliste, âpre, de la réinsertion sociale des anciens combattants. En fait, romancier vivant de la littérature,il n’a jamais voulu exploiter son expérience de la guerre dans un roman.Il naît le 29 novembre 1890 dans une famille de médecins et de pharmaciens. Son père, est greffier de justice. En 1891, sa famille déménage à CHATEAUNEUF-DUR-LOIRE, dans le Loiret. Son père y reprend l’épicerie-mercerie de ses beaux-parents.

Il fut très tôt, et plusieurs fois par la suite, confronté à la mort. Cela marquera son oeuvre. Il faillit mourir du croup à l'âge de quatre ans. A douze ans, il perd sa mère, ce qui le plongera dans un grand chagrin. Il gardera toute sa vie une meurtrissurequi transparaît dans plusieurs romans, « Fatou Cissé « ou « Un Jour ». Esseulé, il trouve le réconfort sur les bords de la Loire. Là, il se réfugie pour rêvasser. Il s'en inspirera plus tard dans plusieurs ouvrages « Rémi des rauches », « la Boîte à pêche », « Agnès, la Loire et les garçons ». Mais l'expérience la plus dure, il la vécut au front où il vit des amis proches mourir à ses côtés et où il faillit lui-même perdre la vie. Après la guerre, il réchappa par miracle à l'épidémie de grippe espagnole.

Elève brillant, il se distingua dès l'école communale: il obtint le premier prix du canton pour le certificat d'études. A onze ans, il est interne à ORLEANS, au lycée. Il y découvre une vie de discipline et d’ennui, il trouve un dérivatif dans la lecture. Puis on l'inscrit au lycée de SCEAUX.

Admis à l’Ecole Normale Supérieure, il effectue entretemps son service militaire à Bordeaux. En 1912, il reprend ses études. Mobilisé en 1914, il dut r rejoindre le front comme officier d’infanterie, dans le 106° Régiment d'Infanterie. Il lui restait un an pour obtenir son agrégation. Son régiment participera à la bataille de la Marne et à la marche vers Verdun. Il s'est battu aux EPARGES.

Il est grièvement blessé le 25 avril 1915, juste après avoir vu mourir son meilleur ami. Soigné pendant sept mois, il change en permanence d'hôpital. Il est réformé à 70% d'invalidité, puis à 100%, ayant perdu l'usage de la main gauche.

14-18.jpg

Dans le tome 4 de son ouvrage « Ceux de 14 », il a longuement narré cette bataille. Il y écrit notamment: « Les Eparges est un lieu de bois, de collines et de ruisseaux dans la MEUSE près de VERDUN. Les combats de la Guerre de 1914-18 y furent effroyables et vains: la ligne de front ne bougea quasiment pas pendant quatre ans. ».

 

De février à décembre 1916, la bataille de VERDUN causa plus de 300000 morts et 400000 blessés. A cette époque, le commandement croyant à une guerre courte ne ménagea guère la vie des hommes. En hommage à ces malheureux et pour permettre au public de mieux comprendre cette terrible bataille, fut construit, dans les années 60, le célèbre Mémorial. Ce monument fut inauguré par Maurice GENEVOIX.

 

« Ceux de 14 » n'est pas seulement un des meilleurs témoignages sur la guerre de 14 ( avec ceux de DORGELES et de BARBUSSE ) mais on y trouve le souci d'éviter toute littérature inutile. Y apparaissent ses dons d'évocation, ses traits de psychologie, son art magistral de dépeindre les situations, les hommes et les âmes. On y décèle une réelle puissance d'expression. Il y met toute la générosité de son âme. Certains vont même jusqu'à dire que le véritable mémorial dédié aux malheureux combattants n'est pas le mémorial de pierres des années 60 mais que c'est est cet ouvrage, mémorial de mots et de papier. Le passé désincarné, quasi virtuel, des livres de l'histoire officielle ne peut exprimer réellement la vérité alors
que cet ouvrage, mettant en scène le quotidien, interpelle, réveille et donne du sens. GENEVOIX est persuadé que toute exagération ne peut qu'affaiblir l'effet de la réalité. Dès lors, il n'aspire qu'à rester un témoin fidèle et scrupuleux. Il a dit ce qu'il avait vu et entendu, et rien d'autre.

 

Il convient, ici, de citer quelques phrases de GENEVOIX prises presque au hasard:

« Je me raidis désespérément, pour ne pas crier, pour ne pas fuir: ce fut un spasme de volonté dont la secousse enfonça mes ongles dans mes paumes (...) Dans une complète possession de moi, je fonçai droit, d'un élan aveugle et fou. »

Et, dans une lettre écrite en 1915:

« Cette guerre est ignoble: j’ai été, pendant quatre jours, souillé de terre, de sang, de cervelle: J’ai reçu à travers la figure un paquet d’entrailles, et sur la main une langue, à quoi arrière-gorge pendait:.. [...] Je suis écoeuré, saoul d’horreur. »

 

En décembre 1915, il remet à Paul DUPUY ses carnets de guerre que la maison HACHETTE accepte de publier: « Sous Verdun » et « Nuits de guerre » paraissent en 1916, « La Boue »en 1921 et « Les Eparges » en 1923. Ces quatre livres sont regroupés sous le titre collectif « Ceux de 14. »

 

La paix revenue, Maurice GENEVOIX doit renoncer à sa carrière universitaire. Il se retire en SOLOGNE. Il s'y consacre à la littérature. Son œuvre abondante a souvent pour cadre la nature du Val-de-Loire où évoluent en harmonie hommes et bêtes. On citera : « Rémi des Rauches » , Raboliot, qui lui valut une précoce reconnaissance avec le prix Goncourt 1925, « La Boîte à pêche » , « Les Mains vides » , « Rroû » , « L’Assassin », « Gai-l’Amour » « Forêt voisine » , « Marcheloup » , « Le Jardin dans l’île », « La Dernière Harde », « Les Compagnons de l’Aubépin », « L’Hirondelle qui fit le printemps » , « Sanglar », « L’Aventure est en nous », « Fatou Cissé », « Routes de l’aventure », « Au cadran de mon clocher », « La Loire, Agnès et les garçons », « Derrière les collines », « Christian Caillard », « Beau Français », « La Forêt perdue », « Images pour un jardin sans murs », « Tendre bestiaire », éBestiaire enchanté » , « Bestiaire sans oubli », « Un jour », « Loreleï », « La Motte rouge », « Trente mille jours ». Ce dernier ouvrage est paru en 1980, l'année de sa mort. Jusqu'à sa mort, il ne cessa donc d'écrire.

En 1972,il publie en un essai sur le thème de la mort,« La Mort de près ». Une mort dont il s'attache à dépeindre la fréquentation quotidienne au cours de la guerre, l'expérience de ce « vide glacial » que laisse à ses côtés le compagnon fauché dans sa course, et qui ne cessera jamais de le poursuivre. Un épisode qu'il remettra en scène dans «  La dernière harde » où le Cerf rouge, fuyant avec sa mère sous les balles des chasseurs, sent ce même « vide glacial, extraordinairement profond, qui le suivait dans son élan ».

« La mort de près » relate les trois expériences de la mort qu’il a vécues. En voici un extrait :
« Ce cri rauque, étranglé, qui m’est resté dans les oreilles, qui l’a poussé ? Est-ce lui, ce premier mort dépassé ? Je viens d’en apercevoir un autre, un troisième. J’ai entendu aussi, très nettement, à ne pouvoir m’y tromper, le choc des balles qui entraient dans les corps, bref, étouffé, comme d’une lame de couteau assenée par un poing furieux. Désormais, je sais que le ‘le feu tue’ ».

Il est élu en 1947 à l’Académie Française. Il en devient Secrétaire Perpétuel en 1958.

Souvent on partage son oeuvre en deux: les oeuvres de guerre suivies d'une rupture et d'un repli sur des romans régionalistes. Ce n'est pas exact. Après son oeuvre de guerre qu'on pourrait presque comparer à un reportage journalistique, il produisit une oeuvre abondante à classer selon trois sources d'inspiration:

  • l’inspiration rurale, la chasse, la pêche, la forêt, les grands espaces (Rémi des Rauches, La Forêt Perdue, Forêt Voisine, La Boîte à Pêche …)

  • les grands voyages, les civilisations lointaines (Fatou Cissé, Eva Charlebois, Routes de l’Aventure…)

  • l’autobiographie et les souvenirs de guerre (Trente Mille Jours, La Mort de près). 

Il s'insurgeait d'ailleurs contre cette réputation d'écrivain régionaliste.Dans « Jeanne Robelin « (1920),son premier essai romanesque: sous le prétexte d’une intrigue amoureuse à laquelle la guerre sert d’arrière-plan, il évoque la vie des civils à l’arrière. « La Joie » (1924) est une peinture réaliste, âpre, de la réinsertion sociale des anciens combattants. En fait, romancier vivant de la littérature,il n’a jamais voulu exploiter son expérience de la guerre dans un roman. E

Timbrte genevoix.jpg

En réalité, s'il a si bien partlé de la nature, c'est qu'il avait souffert de son effroyable destruction sous les orages d'acier. Son oeuvre de naturaliste n'est pas celle d'un poète bucolique ni d'un ramancier régionaliste, c'est l'oeuvre d'un rescapé de la Grande Guerre qui voulait encoire croire à la beauté du monde.

 

18:08 Écrit par P.B. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/12/2010

IN MEMORIAM: JULIEN GILNAY.

Gilnay 001.jpg

VOICI LE TEXTE LU A L'EGLISE PAR LE SECRETAIRE DE LA FNC "AWANS-BIERSET":

PIERRE BEAUJEAN

"Lorsque j'avais rendu visite à Julien voici quelques semaines, j'étais loin de m'imaginer que j'assisterais à ses funérailles si peu de temps après.

Il m'avait paru en bonne santé. Nous avions longuement parlé de la situation en Belgique, des problèmes rencontrés en Europe, des difficultés annoncées pour O'BAMA...J'avais été frappé par la pertinence de ses analyses et par sa perspicacité. Malgré son grand âge, Julien continuait à s'intéresser au monde. La justesse de ses propos montrait un esprit très ouvert, un raisonnement digne d'un niveau intellectuel nettement supérieur aux études qu'il avait faites.

Julien était aussi un grand patriote. Il était membre du Comité de la FNC; il a assuré, jusqu'à ces derniers mois, le secrétariat de la section de la FNAPG. Jusqu'à ses 90 ans, il fut aussi le porte-drapeau de la FNAPG, drapeau qu'il nous confia lorsqu'il ne fut plus capable de le porter. Il était heureux de savoir que, après lui, ce drapeau continuerait à être porté.

Julien est un des derniers prisonniers de guerre de la commune: un de ceux qui, si on compte le service militaire, les rappels, la mobilisation et les 5 ans de captivité ont vu sept années de leur vie sacrifiées. Sa grande tristesse était de voir que, dans le travail de mémoire qu'il estimait nécessaire, selon lui - et je pense qu'il avait un peu raison – le sort des prisonniers de guerre était un peu oublié."

 

 

 

 

 


18:07 Écrit par P.B. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |