11/11/2010

FNC "AWANS - BIERSET ": DISCOURS DU 11 NOVEMBRE 2010 ( Pierre BEAUJEAN, SECRETAIRE )

Le 11 novembre 1918, les armes se taisaient enfin. Pour vous tous, réunis ce matin auprès de notre Mémorial, votre présence atteste, une fois de plus, du très haut intérêt que vous portez à cette cérémonie du souvenir. C'est une manifestation d'attachement patriotique qui doit encourager à faire vivre la mémoire collective, à lui conférer un sens fort dans notre société soumise au doute.

 

On dit souvent que les hommes meurent toujours deux fois: la première fois lors de leur décès, la seconde fois lorsqu'ils sont oubliés, lorsqu'on a oublié ce qu'ils ont fait. Voilà le motif de cette réunion de ce jour: il ne doivent pas mourir une seconde fois, la mémoire de ce qu'ils ont vécu doit continuer à vivre.

 

Ce conflit a constitué l'un des terreaux fondateurs de la nation. Mais il fut atroce et ses conséquences épouvantables: toute une génération fut sacrifiée. Les souffrances individuelles furent innombrables. Il se solda par des millions de morts et de disparus et par des millions de blessés. Presque toutes les familles furent touchées par la disparition d'un parent, d'un voisin, d'une connaissance. Il faut aussi ajouter que cette saignée se traduisit par un grave déficit des naissances.

 

Selon une source française, on a calculé que 15000 milliards de francs français de l'époque furent consacrés à la guerre par l'ensemble des pays belligérants. Mais ce chiffre-là peut-il encore avoir un sens, aujourd'hui, où chaque jour, les sommes consacrées à la guerre sont encore plus démesurées? Mais je pense qu'il est quand même bon de les méditer. La « Grande Guerre » n'eut en réalité rien de grand si ce n'est sa démesure et sa cruauté.

 

Si on devait établir le catalogue de tous les malheurs causés par cet effroyable conflit, on obtiendrait une longue énumération bourrée de chiffres. Mais tous ces chiffres ne sont pas abstraits, comme en mathématique. Derrière tous ces chiffres se cache une épouvantable misère humaine. Pourtant, à peine vingt ans après l'Armistice, on recommençait à s'entretuer, à s'entredétruire pour cinq ans. C'est d'autant plus terrible que cela frappa surtout les descendants immédiats des victimes de la première guerre: sur les monuments aux morts de certaines communes, on trouve le père ou l'oncle dans la colonne 14/18 et le fils ou le neveu dans la colonne 40/45 !

 

Mais, aussi bien lors de la première guerre que lors de la seconde, dans des conditions souvent atroces, le meilleur a côtoyé le pire. Des hommes dont le métier n'était pas celui des armes, des hommes qui souvent ne se fréquentaient pas, éventuellement même se méprisaient, ont combattu, toutes classes sociales confondues, toutes origines confondues, pour défendre les valeurs de liberté, de tolérance et de solidarité.

 

Au lendemain de l'Armistice de 1918, le suffrage universel, malheureusement limité aux hommes, dont la seule idée avait causé tant de problèmes depuis environ quarante ans, fut octroyé sans que l'on songe à passer par une révision de la Constitution. On doit d'ailleurs saluer la personnalité du Roi ALBERT qui mit tout son poids dans la balance.

 

De même, en 1944, les contacts noués en captivité, dans la résistance ou en Grande-Bretagne par des personnes provenant de tous horizons, de tous milieux et de toutes convictions ont donné au pays un des meilleurs systèmes de sécurité sociale et de modèle de concertation sociale qui soit au monde.

 

Mais tous ces acquits relèvent d'un idéal fragile, constamment menacé. Je ne voudrais pas m'aventurer sur un terrain dangereux et sujet à polémiques, mais ne regardons pas très loin: dans notre pays, dont on n'hésite pas à menacer l'existence, les valeurs de solidarité, de respect et de tolérance sont mises à mal. En ce jour, il est bon de rappeler que c'est l'ensemble des Belges qui se sont battus durant les deux conflits pour sauvegarder l'indépendance et les libertés démocratiques.

 

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17:05 Écrit par P.B. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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