24/10/2010

UN ECRIVAIN, CELEBRE, ENGAGE DANS LES DEUX GUERRES: GEORGES BERNANOS.

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GEORGES BERNANOS

 Ecrivain français, né à PARIS en 1888 et décédé à l'Hôpital américain de NEUILLY le 5 juillet 1948.

 

Il s'agit, comme nous le verrons, d'un esprit tourmenté qui vécut intensément, et parfois de façon contradictoire, les grands évènements de la première moitié du 20 siècle: la guerre de 14/18, la guerre d'Espagne, la Résistance et la Libération.

 

Son père est un tapissier décorateur d'origine lorraine. Sa mère provient du BERRY, d'une famille paysanne. Il grandit donc dans un milieu catholique dont il gardera la foi profonde toute sa vie. Il manifestera aussi des convictions royalistes. De son éducation catholique, il sera aussi toujours axé sur la valeur spirituelle de la mort. Il passe sa jeunesse dans la région du Nord ( à FRESSIN -EN-ARTOIS ). Cette région le marquera et constituera souvent le décor de ses romans.

 

 

En 1913, il devient licencié en droit. Il milite alors dans l'Action Française. Cette organisation ( que nous appellerions aujourd'hui d'extrême-droite ) lui confie la direction d'une des publications, « L'Avant-garde de Normandie », hebdomadaire édité à ROUEN.

 Lorsque survient la guerre, en août 1914, bien que réformé, il parvint à se faire engager. Ce sera dans la cavalerie et il sera blessé à plusieurs reprises. On notera ainsi que, bien que royaliste, il se met au service de la République. Dès lors, il vivra les misères du front. En catholique convaincu, il méditera sur les ténèbres de l'âme humaine et restera toute sa vie marqué par cette pensée: l'homme civilisé est aussi un barbare. Ce pessimisme et cette dualité apparaîtront souvent, simultanément, dans la plupart de ses oeuvres. De même que pour les autres écrivains dont j'ai parlé précédemment, on peut donc dire qu'il sera profondément marqué par l'expérience de la guerre de 14/18. En témoignent ces mots écrits en pensant à sa fille qui venait juste de naître: «  Fasse le ciel qu'elle ne tienne pas de moi par le mauvais côté, ce coin noir où je me retire, aux heures mauvaises, pour ruminer contre le genre humain ! Il y a la-dedans une foule de pensées rampantes, que je n'ai pas le courage d'écraser, et qui remuent toujours. »

 Pendant la guerre, en 1917, il épouse une lointaine descendante d'un frère de Jeanne d'ARC, Jeanne TALBERT d'ARC . Tourmenté par la question religieuse, il semble considérer cela comme un signe venu « d'en haut ».

C'est également pendant la guerre qu'il eut l'occasion de découvrir, au front, les livres de Léon BLOY qui l'impressionnèrent beaucoup ainsi que L'imitation de Jésus-Christ qu'il s'était fait envoyer par sa fiancée. Ces deux rencontres littéraires lui laissèrent une impression durable.

 

Après la guerre, il s'éloigne d'une activité militante, mais se rapproche de nouveau de l'Action française lors de la condamnation romaine de 1926 et participe à certaines de ses activités culturelles. En 1931, suite à une violente polémique, il rompit publiquement avec ce mouvement.

Dans les années 1920, il travaille dans une compagnie d'assurances. Après le succès, en 1926, de son roman « Sous le soleil de Satan », il se consacrera à l'écriture. Mais il mène une vie matérielle difficile et instable. Son épouse est de santé fragile et ils doivent élever six enfants. Il écrit en dix ans l'essentiel de ses romans dans lesquels il exprime ses hantises : le péché, la puissance du mal et le secours de la grâce.

Il sera récompensé du prix Fémina pour « La joie » et, en 1936, du prix de l'Académie française pour «  Le journal d'un curé de campagne ». Ce dernier livre est souvent considéré comme son chef d'oeuvre.

En 1937, installé à MAJORQUE  il assiste au début de la guerre civile. Il prend d'abord parti pour FRANCO. Mais horrifié par les exactions des franquistes, il dénonce violemment FRANCO dans son oeuvre « Les grands cimetières sous la lune ». Cela lui vaudra une condamnation à mort. Cela entraînera aussi sa rupture définitive avec son ancienne famille politique, l'Action Française.

Il rentre dès lors en France. Le 20 juillet 1938, deux mois avant les accords de Munich, la honte que lui inspire l'attitude de son pays face à l'ALLEMAGNE le conduit à s'établir ( pour lui, c'est un exil ) au BRESIL.

Il suit attentivement les évènements de 1940. Il entend l'appel du 18 juin; et décide aussitôt de soutenir l'action de la FRANCE Libre. Il met en oeuvre son talent d'écrivain et de polémiste dans de nombreux articles de presse et pamphlets. Ayant appris la création par le gouvernement de VICHY d'une « Légion des Volontaires de la Mort », il déclara : « C'est tellement bête que cela doit sûrement être vrai. ». Pour la seconde fois, le royaliste BERNANOS se met ainsi au service de la République. Deux de ses fils rejoindront LONDRES pour s'y engager.

A la Libération, le Général l'invite à rentrer en France. Il lui offre une place au gouvernement. BERNANOS refuse cette offre. Il est en réalité écoeuré par l'opportunisme qui régnait à cette époque et par ce qu'il considèrait comme des excès de l'épuration. Il refuse également la Légion d'honneur. On dit que, l'Académie Français lui ayant offert un siège, il aurait déclaré: « Quand je n'aurai plus qu'une paire de fesses pour penser, j'irai l'asseoir à l'Académie ».

En 1947, il gagne la TUNISIE. Mais atteint d'un cancer du foie, il rentre en FRANCE pour y décéder en 1948.

 

 

 

 

 

 Albert CAMUS, sur GEORGES BERNANOS.

« Georges BERNANOS est un écrivain deux fois trahi. Si les hommes de droite le répudient pour avoir écrit que les assassinats de FRANCO lui soulevaient le cœur, les partis de gauche l'acclament quand il ne veut point l'être par eux. Car BERNANOS est monarchiste. Il l'est comme PEGUY le fut et comme peu d'hommes savent l'être. Il garde à la fois l'amour vrai du peuple et le dégoût des formes démocratiques. Il faut croire que cela peut se concilier. Et dans tous les cas, cet écrivain de race mérite le respect et la gratitude de tous les hommes libres. Respecter un homme, c'est le respecter tout entier. Et la première marque de révérence qu'on puisse montrer à BERNANOS consiste à ne point l'annexer et à savoir reconnaître son droit à être monarchiste. Je pense qu'il était nécessaire d'écrire cela dans un journal de gauche. »

 

 

 

 

 

DES CITATIONS DE GEORGES BERNANOS:

« Je ne suis pas un prophète
mais il arrive que je voie ce que
les autres voient comme moi,
mais ne veulent pas voir.
Le monde moderne regorge
aujourd'hui d'hommes d'affaires
et de policiers, mais il a bien
besoin d'entendre quelques
voix libératrices, [...]
Les voix libératrices ne sont pas
les voix apaisantes, les voix
rassurantes. Elles ne se contentent
pas de nous inviter à attendre
l'avenir comme on attend le train. »

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«  Alexandre DUMAS fils disait jadis que les affaires, c'est l'argent des autres. L'expérience des guerres modernes nous autorise à modifier un peu cette maxime: les affaires, c'est le sang des hommes »

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« Les plus irréparables sottises sont celles que l'on commet au nom des principes. Les plus dangereuses erreurs, celles ou la proportion de vérité reste assez forte pour qu'elles trouvent un chemin jusqu'au coeur de l'homme. »

 

 


 

 

 

 

 

19:20 Écrit par P.B. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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