16/07/2009

" LA LEGITIMITE" ( Texte de AMIN MAALOUF )

SUR LA LEGITIMITE.

Tiré de AMIN MAALOUF ( LE DEREGLEMENT DU MONDE )

" La légitimité, c'est ce qui permet aux peuples et aux individus d'accepter, sans contrainte excessive, l'autorité d'une institution, personnifiée par des hommes et considérée comme porteuse de valeurs partagées.

   C'est là une définition ample, susceptible d'englober des réalités très différentes: les relations d'un fils avec ses parents, d'un militants avec les responsables de son parti ou de son syndicat, d'un citoyen avec son gouvernement, d'un salarié ou d'un actionnaire avec les dirigeants de son entreprise, d'un étudiant avec ses maîtres, d'un croyant avec les chefs de sa communauté religieuse, etc. Certaines légitimités sont plus stables que d'autres, mais aucunen'est immuable; on peut gagner en légitimité ou perdre, selon son habileté, ou selon les circonstances.

On pourrait même raconter l'histoire de toutes les sociétés humaines au rythme des crises de légitimité. Au lendemain d'un bouleversement, une autre légitimité émerge, qui se substitue à celle qui vient de s'écrouler. Mais la persistance de cette légitimité nouvelle dépend de ses succès. Si elle déçoit, elle commence à s'étioler, plus ou moins vite, et sans que ceux qui s'en réclament s'en rendent toujours compte.

A quel moment, per exemple, les tsars ont-ils cessé d'être légitimes ? Et combien de décennies a-t-il fallu pour que le crédit de la révolution d'Octobre s'épiise à son tour ?

La RUSSIE a été, sous les yeux de nos contemporains, le théâtre d'une spectaculaire perte de légitimité qui a eu des répercussions sur l'ensemble de la planète. Mais ce n'est là qu'un cas parmi d'autres ! La légitimité n'est immuable qu'en apparence; que ce soit celle d'un homme, d'une dynastie, d'une révolution ou d'un mouvement national, il arrive un moment où elle n'opère plus. C'est alors qu'un pouvoir remplace l'autre, et qu'une légitimité neuve se substitue à celle qui s'était déconsidérée.

Pour que le monde fonctionne de manière à peu près harmonieuse, sans perturbations majeures, la plupart des peuples devraient avoir à leur tête des dirigeants légitimes; lesquels seraient "chapeautés, puisqu'il le faut par une autorité  mondiale également perçue comme légitime.

A l'évidence, ce n'est pas le cas de nos jours. Et c'est même quasiment l'inverse: beaucoup de nos contemporains vivnet dans des Etats dont les gouvernants ne sont ni les gagnants d'un scrutin honnête, ni les héritiers d'une dynastie respectée, ni les continuateurs d'une révolution réussie, ni les artisans d'un miracle économique, et ne disposent, de ce fait, d'aucune légitimité; et c'est sous la tutelle d'une puissance globale à laquelle les populations ne reconnaissent aucune légitimité non plus."

19:41 Écrit par P.B. dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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