10/04/2009

MEMOIRES DE GUERRE DU SERGENT PIETTE, d'AWANS.

MEMOIRES DE GUERRE DU SERGENT PIETTE D'AWANS.

Voici le texte d'un message reçu par e-mail. L'expéditeur nous autorise à reproduire le carnet de mémoires de son beau-père.

Un grand merci pour cette autorisation d'enrechir notre site !


 

"Bonjour, je viens de lire sur l'hebdomadaire MIROIR l'article sur votre blog voilà pourquoi je me permet de vous envoyer quelques liens intéressants. j'ai retrouvé un livret du Sergent PIETTE Théophile mon beau père qu'il a écrit pendant sa captivité en Allemagne je l'ai retranscrit et en voici le lien sur mon site http://www.milewskipiette.net/ sur cette page en bas vous trouverez les liens MEMOIRE DU SERGENT PIETTE ET LE SCAN DU LIVRET ORIGINAL AINS QUE DES PHOTOS DU STALAG XIA , vous pouvez les publier sur votre blog ci vous voulez Bien à vous
Roger Milewski

www.milewskipiette.net"

 

 

Théophile Piette

6 e chasseur Ardennais

Matricule 110/86362

 

 

 

 

 

Écrit en Allemagne

Au Stalag XI A

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rue de Loncin n° 23 –

Awans Bierset - Liège Belgique

 

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Stalag XI a

 

 

 

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CONTE D'UN PRISONNIER DE LA GUERRE 40

 

1

 

Belgique, ton nom sera dans nos mémoires, grand jusqu'à la mort, non dans un peu de gloire, car nous sommes vaincus, mais nous n’y pouvons rien. Adressez-vous plutôt à tous ces grands vauriens qui du haut des tribunes se jouent de nos vies pour des raisons de soifs toujours inassouvies, sans savoir si vraiment nous étions de taille à vaincre l’ennemi et à gagner la bataille et qui nous ont conduits à l’abîme, au front de l’hitlérien, gonflés de beaux slogans qui ne contenaient rien.

 

2

 

Nous sommes prisonniers, au total un million, la Belgique occupée, la belle expédition ! Et payant jusqu’au bout pour tous ces incapables, nous sommes en Allemagne, exilés en coupables. Oh tristesses humaines ! L’homme est donc si pourri ? D’où lui vient cette soif de sang qui le nourrit ? Chaque génération doit-elle avoir sa guerre et les fils à leur tour faire pleurer leur mère ?

 

3

 

Je pense à mon bambin qui vient d’avoir deux ans, qui marche tout seul et sait dire « Papa, Maman ». Je n’aurais pas cette joie si profonde d’assister à cela : « les premiers pas d’un nouveau monde ». Je revois ses grands yeux et ses fins cheveux blonds, son petit air rieur, sa fossette au menton. Mais ce n’est pas possible ! Il y a donc des gens qui n’ont jamais aimé une tête d’enfant pour distribuer d’un mot sur un bout de papier la mort et la misère sur le monde entier.

 

4

 

Nous y aurons souffert de toutes les misères et souhaitons pour cela qu’elle soit la dernière. Pour tout réconfort, nous n’avons que l’espoir, nos petites photos qu’on use à revoir et bien peu souvent un mot dont la douceur, tendresse sur le cœur, par les yeux promène sa caresse. Et le dimanche soir, si des fois nous chantons, ce n’est pas de la joie que nous ressentons. Toutes ces chansons, reflet de notre wallon, parlent de la femme que nous aimons. C’est un moyen pour nous de causer aux absents et c’est tout notre cœur qui vibre en ces accents qui montent dans le soir comme autant de prières adressées tout là-haut vers la chaude lumière.

 

Signé

Le sergent Piette

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Compte rendu de la campagne de 1940

 

 

Le 10 Mai 1940

 

Nous avons une alerte à 3 heures du matin. Mes copains vont prendre leur position mais moi, je suis détaché en patrouille. Me voilà parti à Ohey avec trois hommes et deux pigeons. Nous nous installons au carrefour et les premiers hommes que nous voyons sont des gendarmes qui se sauvaient vers l’arrière, mais notre lieutenant Schultz nous avait déjà abandonné à nous-mêmes sans aucun ordre de repli. Que faire ?

 

Le 11 mai 1940

 

Le jour avant, après avoir roulé en vélo tout la journée pour arriver à Ohey, nous nous sommes installés en observation à un carrefour où nous pensions ne pas être trop mal positionnés. Surprise ! Au loin, on ne voit que des bombardements et pour comble, un avion nous survole à trois mètres du sol. Nous sommes prêts à faire feux, mais c’est un avion français qui est déjà troué de balles qui va s’écraser à Havelange où une colonne française est déjà mitraillée. D’après nos renseignements, il y a déjà un officier et deux petites filles blessés. Une des petites filles serait peut-être même tuée. De plus, un home pour enfants était en train de brûler. Que faire ?

 

Le 12 Mai 1940

 

Nous avons passé la nuit de garde sans nouvelles. Comme nous n’avons pas encore vu la cuisine, il faut nous débrouiller pour manger et nous allons à l’hôtel où nous sommes bien reçus et très bien restaurés. C’est bien dommage que ce bon moment ne dure pas car on nous commande le repli. On ne sait que faire. Nous lâchons les pigeons et nous replions aussitôt. Le soir, nous partons à vélo vers Huy, mais là, il n’y a plus personne. On nous dit que la compagnie est repartie sans laisser d’adresse. Nous repartons et roulons 35 km avant de nous installer à Héron pour protéger le repli de nos camarades. Là, pour première fois, je vois un parachute. Nous n’avons pas dormi, je suis fatigué. Malgré cela, nous allons à Boninne où on nous fait replier. Nous sommes forcés de rester tout le temps dans les bois, toujours sans manger mais bombardés à tout casser.

Vers 6 heures, nous démarrons sur Vedrin. Malheureusement, pendant ce trajet, on fait une bêtise : on tire sur avion qui nous repère et nous bombarde sans relâche dans un chemin creux. Nous avons de la chance de n’avoir qu’un blessé, TRIOLET, car les pruneaux tombent tout près de nous, à une vingtaine voire une dizaine de mètres.

 

Le 13 mai 1940

 

Nous le passons à Vedrin toujours sans manger mais bombardés terriblement. Que faut-il faire ? Enfin courage et que Dieu nous préserve !

 

Le 14 mai 1940

 

Cela va mieux et nous revenons à Boninne toujours cachés dans les bois. Nous dormons sous tente dans les fougères mais c’est humide. Enfin, le matin arrive et nous nous éveillons après une mauvaise nuit car on entend des coups de feu de tous les côtés.

 

 

 

 

 

 

 

Le 15 mai 1940

 

Nous sommes en contact avec l’ennemi qui est à trois quatre cents mètres. A part quelques coups de feu échangés, on ne se bat pas. Nous sommes seuls. L’ennemi avance aussi, on nous fait reculer. Il n’y a plus de Belges qui repassent vers l’arrière. Nous sommes en arrière-garde et nous devons laisser passer tous les autres avant de reculer. Nous faisons sauter le pont d’Audenarde derrière nous, on est talonné. Aussi, on nous commande de toujours aller vite et de toujours laisser passer les autres, mais cela n’est pas toujours facile. On se trompe souvent de chemin. Nous avons du retard et l’ennemi est à nos trousses, il ne faut pas se retourner. Enfin, nous sommes tous ensembles et personne ne manque.

 

 

Le 16 mai 1940

 

On recule toujours et nous partons dans un autre endroit. On arrive à Petichèvre. Cela change ; nous sommes chez les Flamands et on nous tire dessus de partout même par les fenêtres et les toits des maisons. Las, nous devons reculer. A cet instant nous pensons à nos familles. Pourvu qu’on reste en vie afin de les revoir en bonne santé.

 

Le 17 mai 1940

 

On recule encore toute la nuit sans dormir. Que faut-il faire ? Enfin, on arrive pendant la nuit à Bruges.

 

Le 18 mai 1940

 

Le matin, pas de repos. On doit monter la garde au quartier général. Pendant ma garde, je vais porter ma valise dans une maison particulière, chez des braves gens qui me promettent de la renvoyer à ma famille que j’aime et à qui je pense constamment. J’ai alors le temps d’aller dormir deux heures avec le grand Croes dans un bon lit. A mon réveil, je suis content car les gens où nous logeons nous donnent à manger. Cela me fait plaisir car il y avait tellement longtemps que nous ne l’avions pas fait. Merci. La brave femme nous apprend que nous sommes à Zeebrugge, chaussée de Gistelle. Je lui demande combien je lui dois. Il ne me reste plus que 50 francs. Elle ne veut rien. A cette brave femme qui ne parle pas des évènements, qui a très peur et est tracassée, je réponds poliment et la remercie pour son hospitalité. Elle me force à prendre les 100 francs que je ne voulais pas mais qui me faisait plaisir car nous n’avions plus d’argent.

Ce jour-là nous avons eu toutes les surprises. J’ai vu le Roi qui est venu nous rendre visite et qui a félicité le Sixième Chasseur Ardennais.

 

Le 19 mai 1940

 

Nous montons la garde aux charrois. Nous, on voudrait bien dormir mais on ne sait pas car on doit constamment faire des rondes. Comme nous sommes dans un château entouré de bois, il y a un va-et-vient constant.

 

Le 20 mai 1940

 

On vient de nous dire que nous allons partir, que ceux qui sont en ligne ne savent pas tenir et que nous devons préparer armes et bagages pour retourner en ligne avec l’espoir que nous en sortirons toujours vivants. J’ai confiance et je prie Dieu qu’il me protège afin de retrouver ma famille en très bonne santé.

 

 

 

 

 

 

Le 21 mai 1940

 

Pour la deuxième fois, nous sommes en route pour le front. Que dieu nous protège !

Nous avons été relevés. Il n’y a rien de spécial à signaler, seulement les bombes qui tombent de tous les côtés et il pleut mais il vaut mieux cette eau-là que les bombes.

 

Le 22 mai 1940

 

Nous sommes de garde. Cela va mieux, mais pas pour longtemps. Dommage ! Malgré les bombardements, il vaut mieux être là qu’en première ligne car demain nous y serons. Il faut bien s’y résoudre et garder courage.

 

Le 23 mai 1940

 

Nous voilà encore installés mais cette fois, cela va être dur car nous sommes en ligne à la Lys où la bataille a commencé depuis deux jours. En arrivant, nous sommes soigneusement bombardés. Nous espérions que les positions étaient faites. Malheureusement, nous devons creuser sous le feu des mitraillettes. Cette fois, nous y sommes ! Cela tir très dur. A ce moment, nous n’avons qu’une seule pensée et elle va à notre famille.

 

Le 24 mai 1940

 

On nous dit quand même d’aller nous reposer et dormir par moitié d’effectif. On croyait passer une bonne nuit mais on n’a pas eu cette chance car à l’aube nous sommes en pleine bataille. Nous nous défendons avec courage mais quel carnage ! Nous sommes contournés. On se replie avec une perte d’hommes considérable. Ca n’arrête pas de tirer.

 

Le 25 mai 1940

 

Nous nous replions sur ordre du 1er chef Brognon mais nous ne nous replions pas bien loin. On veut se réinstaller entre deux champs de blé. On recommence à creuser mais nous sommes canardés et les balles viennent de tous côtés. Nous recevons alors un contrordre du 1er chef : repli chacun pour soi. Nous sommes entourés, on nous tire dessus à la mitraillette par la droite et par la gauche. On nous tire dessus même en sortant du champ. Nous sommes canardés par les Flamands qui tirent par les fenêtres et les toits des maisons. Aussi nous nous replions et ripostons à tout hasard sans savoir où on tire. C’est une chance que nous n’ayons pas trop de pertes malgré que nous sommes bombardés et mitraillés sans répit. Nous pouvons remercier notre 1er chef car nous n’avons plus revu notre Lieutenant.

 

Le 26 mai 1940

 

Nous nous replions toujours sous les mitraillages et nous arrivons à Wingene (sud-est de Bruges). On nous dit que nous sommes en 2e ligne mais quel conard ! A peine installé, pendant la nuit, nous essuyons déjà un feu d’artillerie incessant et à l’aube, quelle attaque ! Nous sommes bombardés et mitraillés à volonté.

 

Le 27 mai 1940

 

On continue un feu à tout casser et nous sommes soignés en mitrailles. Je ne comprends pas comment j’ai pu en réchapper. En sortant de mon trou pour le repli, j’aperçois mon copain Gourdange qui est tombé à cinquante mètres de moi. Il est blessé et chargé sur un camion qui replie. Mais le malheur, c’est que j’ai perdu la moitié de mes hommes.

L’artillerie nous bombarde sans relâche sur le chemin de terre que nous suivons pour arriver aux vélos. Nous recevons quatre bombes bien placées qui nous ont fauchés et obligés à faire du plat vendre dans une rigole de purin. Mais à choisir, il vaut mieux être mouillé et sale que tué. Enfin, on arrive aux vélos, on les enfourche et on pédale à travers champs avec quatre hommes : Demoitelle, Henri F., Peeters et Hag. Nous revoyons le camion avec Gourdange blessé. Comme nous ne savons où aller, nous suivons le camion, mais celui-ci nous fait perdre le chemin et aussi la compagnie. Comble de malchance ! Quand on arrive à la route, le Major Mathieu, en discussion avec le Lieutenant mitrailleur, nous fait signe de filer le plus vite possible. Que faire ? On discute et on décide finalement d’aller à la gare de Bruges. Il est 23 heures, il fait noir. Découragés après quinze jours de rudes combats, à bout de forces car cela fait deux jours qu’on n’a plus mangé, on se dit qu’on ira à la recherche de la compagnie demain. C’est en pensant à mon aimée petite femme et à mon fifi ainsi qu’à mes parents que je tiens le coup. Il y a 7 jours que je n’ai pas mangés convenablement. Arrivé à Bruges, on se dirige vers la Croix-Rouge où on est bien nourri : trois à quatre plats de tartines de saindoux. C’est si bon du bon bain ! Ensuite, on va se reposer dans l’abri. Dès le réveil, on nous dit que la Belgique a capitulé à 04h00. On est le 28 mai 1940. On ne voulait pas le croire.

 

Le 28 mai 1940

 

On nous dit de retourner chez nous. On part à la recherche du 6e Chasseur Ardennais dont nous n’avons plus de nouvelle.

Nous sommes faits prisonniers et comme un troupeau de bêtes, on nous fait marcher vers Gand, des kilomètres et des kilomètres sans manger. Après plusieurs détours, on se retrouve en Hollande à Walsoorden (c’est un petit village hollandais le long de l'Escaut maritime entre Terneuzen et Anvers). Là, on embarque sur un bateau à charbon et on a droit à un morceau de pain avec un couvercle de gamelle de riz. On nous donne également un pain de 1 kg car nous allons voyager pendant 5 jours.

Enfin on arrive et on nous débarque à Rieisk ?( Burg rheineck) nord ouest de Coblence où on reçoit un quart de pain qui sent le moisi. Malgré tout, on le mange et puis on va se laver car avec la fumée du bateau, on est noir de charbon. On se remet en marche et après une journée, on est conduit au camp de

(Weigemn)weigheim (beaucoup plus au sud de Coblence) où on a du semblant de café. Oh, nous sommes bien malheureux ! Mais je pense à ma famille et cela me rend du courage car nous ne sommes pas encore au bout de nos peines.

Nous repartons et on embarque cette fois dans un train pour (Zugenheim ?) → ZIEGENHAIN Hesse (Stalag 9a). où nous sommes reçus avec de la soupe de poisson. Cela va encore, mais le lendemain, c’était de la soupe de betteraves que je n’ai pas su manger malgré ma faim.

Le lendemain matin, nous recevons 1/5 de pain pour deux jours. On nous charge de nouveau sur le train pour arriver deux jours après au camp d’Altengrabow (Stalag 11a). Nous sommes un peu mieux et on nous donne un espoir de retour, mais les allemands se moquent de nous et notre retour est bien loin encore. Après huit semaines sans changement, il y a du nouveau. On nous sépare. Une partie reste et l’autre partie va au travail. Ainsi, Brunson de Langlire dont j’avais fait la connaissance part avec les premiers. Moi, je reste car je suis inscrit comme mineur et comme Sergent donc sous-officier. On nous dit que les mineurs vont retourner mais c’est encore une blague des Allemands.

Le lendemain, on nous charge en camion. Nous roulons une journée. On arrive à Léopoldshall et on nous fait travailler deux jours pour la commune. Puis, nous allons travailler dans la fabrique de magnésium. Nous sommes parqués dans une maison entourée de barbelés avec des prisonniers français. Nous allons partir pour la mine de sel à Stassfurt (La ville de Stassfurt se trouve dans la lande de Saxe-Anhalt, à 30 kilomètres au sud de Magdebourg). Les Allemands nous font toujours croire que nous allons retourner. Finalement, on se dit que cela arrivera bien un jour. Je prie Dieu que cela arrive au plus vite, revoir Awans et ma famille qui m’attend. On nous change de camp et on nous fait aller avec les Français dans une grande salle, toujours à Léopoldshall. On travaille dans la mine de sel où je ne tiens pas le coup. Je suis couvert de gros boutons et je suis gravement malade. On me renvoie au camp XI A à Altengrabow où je suis reconnu par les docteurs allemands comme grand malade, inapte au travail et rapatriable. Malheureusement, le premier train ne part que dans 6 mois et j’ai donc attendu le train sanitaire au camp. Mais le train sanitaire est partit sans nous car nous étions tous des grands malades et nous ne servions plus à rien. Nous avons été chargés dans des wagons à bestiaux, comme des bêtes.

Après deux jours de voyage, on nous déchargeait à Anvers, le 26 mai 1942.

 

Stalag XI A le 07/12/1941

 

 

 

 

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Enfin de retour !

 

Après deux ans de captivité, de souffrance et de martyr mais bien content d’être sorti vivant de toute cette horreur, quelle désillusion m’attendait ! Je devais justifier mon rapatriement et aussi pourquoi j’avais été reconnu inapte au travail et grand malade par les docteurs allemands. Quand je suis rentré, j’ai passé les visites à l’hôpital Saint-Laurent. Là, le médecin m’a dit que je n’étais pas plus malade que lui. Alors, je ne comprends plus. Il y a donc deux médecines, une belge et une allemande ?

 

Quand je suis passé devant la commission de réparation des pensions, j’ai été débouté sous prétexte que j’étais en service non commandé d’après le lieutenant Schylt – que je n’ai plus vu depuis les premiers jours de la guerre – car c’était le 1er chef Bronion qui commandait à sa place.

Je me demande comment il peut dire une chose pareille. Il n’a jamais osé se présenter à une commission en même temps que moi. Il n’a jamais répondu que par écrit. J’ose croire qu’il n’a pas le culot de se présenter devant moi. Afin de savoir la vérité, je me rends chez lui à Liège et là, on ne m’a pas reçu, on m’a répondu qu’il n’était pas là. Quant à moi, suite à sa déclaration, j’ai été rejeté à toutes les commissions de pension. Je suis allé jusqu’au Conseil d’État et on m’a toujours reproché le même motif. Quel déshonneur pour moi mais aussi quelle rancœur et encore une fois merci !

 

 

Réflexions, 25 ans après…

 

Après 25 ans de rancœur et de non satisfaction, quand nous regardons la TV qui rappelle souvent de douloureux souvenirs, comme avec l’émission sur Jean Roch Coignet qui a reçu la même récompense que les trois-quarts des combattants 1940 ou alors, souvenir plus tragique encore, « la bataille des Ardennes » où nous revoyons des malheureux qui ne sont récompensés qu’au compte-gouttes, nous ne savons que penser. Si une guerre devait à nouveau éclater, quel malheur ! J’ose espérer jamais plus il n’y en aura car nous avons été au total un million de prisonniers.

La Belgique occupée, la belle expédition ! Payant jusqu’au bout pour tous ces incapables, nous sommes exilés en Allemagne en coupables. Oh, tristesse humaine ! L’homme est donc si pourri ? D’où lui vient cette soif de sang qui le nourrit ? Chaque génération doit-elle avoir sa guerre et ses fils à leur tour faire pleurer leur mère ?

Si je suis si révolté, il faut m’en excuser mais après 25 ans, je n’ai jamais compris comment un petit sergent milicien qui commence la guerre le 10 mai 1940 à 3 heures du matin à Hermalle-sous-Huy et qui est fait prisonnier le 28 mai 40 en tenue de combat et arme à la main à la capitulation peut se trouver en service non commandé. Et cela, d’après les dires d’un Sous-Lieutenant de réserve qui, lui, n’était pas présent à la tête de sa compagnie quand le Premier Sergent donne l’ordre de repli, chacun pour soi, sous une pluie des balles et d’obus, et quand le Major de la compagnie qui se trouve au carrefour nous fait signe de nous sauver car c’est la débandade. Que faire alors même que ce Lieutenant n’a jamais eu l’audace de se présenter en face de ce petit sergent et pire, qu’il lui referme la porte comme à un chien lorsqu’il se présente à son domicile pour avoir des explications ? Merci et chapeau et encore une fois, je me pose la question car je suis belge et j’étais un vrai patriote, mais ?

Belgique ton nom sera dans nos mémoires gravé jusqu'à la mort non sans un peu de gloire car nous sommes vaincus, mais nous n’y pouvons rien. Adressez-vous plutôt à tous ces grands vauriens qui du haut des tribunes se jouent de nos vies, pour des raisons de soifs toujours inassouvies, sans savoir si vraiment nous étions de taille à vaincre l’ennemi et à gagner la bataille et qui nous ont conduits à l’abîme, au front de l’hitlérien, gonflés de beaux slogans qui ne contenaient rien.

Ma famille à charge, j’ai dû reprendre un travail léger dans un charbonnage. Pourtant mon métier est celui de maçon. Vingt-cinq après, il ne se passe pas deux jours sans que j’aie une douleur à la tête ou au dos. De plus, j’ai perdu un bon nombre de dents à cause des mines de sel.

 

 

 

 

 

Adresse de mes copains,

68962AK/1

 

Roger Thiele, rue de la Bruyère 203, Charleroi Marcinelle

Nicolas Destiné, avenue Wauters 65, Huy Ben-Ahin

Nicolas Hauwert, rue de la Justice 37 bien communaux, Seraing

Joseph Wiame, rue du Mégorno Namur Spy

Vilain Ysaïe, rue Tierne Carion 70, Wasmes Colfontaine

Jacques Wéber Gaive, rue sur Huy Namur

Albert Danlos, Chaussée de Gistelese 432 Saint André lez Bruges commune Zevenkerken

- J’ai trouvé l’Abbaye de Saint André à Bruges commune de Zevenkerken

(Maison où se trouvait ma valise personnelle)

Louis Bawin, rue sainte Marguerite 234, Liège

Jacques André, rue des Taillandiers 12 Presles

Henri Félix, ferme de Hansival, Ouffet

Jean Jung dit M Léa, Liège

Raskin de Langlire, Vielslam

Albert Laloux Havelange

 

 

J’ai recopié le carnet de Piette Théophile tel que je l’ai trouvé

 

Roger Milewski

Rue de Loncin 23

4340 Awans




 

20:13 Écrit par P.B. dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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