16/06/2007

LES IDEES-CLES, LES PILIERS DE L'EXTRÊME DROITE.

 

LES PILIERS DE L’EXTRÊME-DROITE.

     Les partis et groupements d’extrême droite se positionnent différemment selon la fertilité du terreau qui les nourrit.

     Parfois, ils varient dans leurs revendications. Varier étant encore un terme bien faible.

     Par exemple, pour ce qui concerne la Belgique, nous trouvons, dans cette nébuleuse, des groupements farouchement belgicains unitaires et des groupements revendiquant une identité régionaliste ( BLOC WALLON ) tandis que d’autres ( VLAAMS BELANG ) sont nettement anti-belges ( Barst België ! – que la Belgique crève ! ).

    Certains s’affichent royalistes. Il faudrait plutôt dire « royalistes intégristes ». D’autres s’affirment républicains, mais républicains de type bonapartiste.

     Sur le plan philosophique, certains s’affichent catholiques intégristes, tandis que d’autres s’inspirent de thèmes  résolument païens ( le druidisme celtique, p.ex. ) ou de mouvements ésotériques sectaires tels que l’Eglise de scientologie, Nouvelle Acropole ou les Raëliens.

     Du côté de la doctrine économique, si aucun ne rejette en réalité le capitalisme ( ou mieux dit : la propriété privée ), ils marquent souvent une préférence pour un dirigisme nationaliste par opposition au libéralisme pur ( C’était en fait la politique suivie par SALAZAR au Portugal ). Mais nous savons que dans certains pays ( CHILI ) où elle est arrivée au pouvoir, elle a appliqué sans réserve les théories libérales les plus extrêmes ( PINOCHET a suivi sans réserves les doctrines de Milton FRIEDMANN à l’instar de REAGAN et de THATCHER qui furent ses contemporains directs ).

     On pourrait aussi établir d’autres distinctions : anti-sémitisme ou, au contraire, approbation sans réserve de la politique israélienne surtout lorsqu’elle est anti-palestinienne ; soutien des arabes par haine des juifs ou l’inverse, l’islamophobie prévalant sur  tout…

     Ce sont toutes ces divergences qui expliquent, dans la partie francophone en tout cas, et on peut ajouter heureusement, l’extrême fractionnement de cette nébuleuse. Encore que l'on ne soit pas réellement à l'abri: il suffirait de l'apparition d'un leader charismatique ou d'un charlatan de génie. C'est pourquoi, à mon avis, il est dangereux d'analyser leurs résultats électoraux sur le sel aspect du nombre de voix obtenues par une de ces listes. Il est plus utile d'observer le score de l'un ou l'autre candidat: à moins qu'il ne s'agisse d'une erreur de frappe dans le journal, un candidat de WAREMME aurait obtenu plus de 5000 voix !

     Cependant malgré toutes ces divergences, on peut affirmer que le socle idéologique de tous ces groupements peut se résumer en sept idées-clés, en sept piliers.

     Outre ces sept piliers, toujours clairement présents apparaît parfois un huitième. Plus rarement bien que, partiellement en tout cas, sous-jacent. Mais souvent , nous verrons pourquoi, avec réticence.

1.LE NATIONALISME.

 

Selon la définition du dictionnaire, c’est «  l’exaltation du sentiment national, l’attachement passionné à la nation à laquelle on appartient, accompagné parfois de xénophobie et d’une volonté d’isolement ». Cela apparaît clairement dans tous les programmes d’extrême droite, sentiment également teinté d’une impression de supériorité. La nation à laquelle on se réfère peut être celle à laquelle on appartient institutionnellement ( la France chez LE PEN, la Belgique pour certains groupes royalistes et unitaristes). Ou bien celle que l’on revendique en formation ( la Flandre indépendante pour le VLAAMS BELANG ). Souvent les leaders d'extrême droite utilise l'imagerie nationale véhiculée depuis des générations notamment par l'Education nationale. Et cela, sans qu'on puisse leur reprocher grand chose. On pourrait crier au loup, faire un procès public, accuser vde malhonnêté intellectuelle, vilipender à l'envi LE PEN s'il faisait référence à JAURES ou à Victor HUGO ou s'il annexait le Chant des Partisans. Mais quand il évoque VERCINGETORIX, quand il organise des festivités en l'honneur de Jeannne d'ARC et quand il entonne la Marseillaise à chaque apparition publique...on ne sait pas lui reprocher grand chose. Surtout que certaines paroles de la Marseillaise semblent lui aller comme un gant ( " Qu'un sang impur abreuve nos sillons ! " )

 

2.LE RACISME

 

Selon Hachette, il s’agit de « la théorie fondée sur l’idée de la supériorité de certaines « races » sur les autres ; doctrine qui en résulte, prônant notamment la ségrégation entre « races inférieures » et « races supérieures ».

En fin de compte, on part du principe que l’unicité de l’espèce humaine, contrairement à toutes les démonstrations scientifiques, n’est pas réelle. Il existerait donc des races diverses et une hiérarchie parmi ces races : l’homme blanc occupant le niveau supérieur.

Et encore, lorsqu’on dit « homme blanc », faut-il qu’il soit tout-à -fait blanc : les indiens qui sont  des indo-européens comme nous sont loin d’être blancs et les arabes sont un peu trop basanés. Et que dire des juifs !

Le sommet est atteint par le nazisme qui établit une hiérarchie parmi les « blancs », hiérarchie au sommet de laquelle se trouvent les « Aryens ».

Ceci explique les efforts de certains groupes français de prouver et retrouver une identité celtique. Inutile d’expliquer la position du VLAAMS BELANG, bien connue, à notre égard ! A contrario, pendant la dernière guerre, Léon DEGRELLE réussit le tour de force de prouver que les Wallons étaient des Germains, n’en déplaise au VLAAMS BELANG !

Très curieusement, le racisme est apparemment une notion inscrite en filigrane chez les extrémistes. Il arrivent toujours à démontrer la justesse du racisme quel que soit le fondement religieux. Les créationnistes purs considèrent que, bien que issus d’une souche unique (ADAM), les hommes ont été séparés en catégories bien souvent à titre de punition divine. Deux exemples : les descendants du fils de NOE qui s’était moqué de l’ivresse de son père ont reçu, en punition, la peau noire ; les juifs sont punis pour avoir crucifiés JESUS. Les darwinistes justifient leur racisme par les aléas de l’évolution…

 

3.   LA XENOPHOBIE.

       

Selon HACHETTE, il s’agit de « l’ hostilité ou la haine pour ce qui est étranger ». Le suffixe « phobie » indique que ce rejet, cette hostilité a pour origine la peur. Il s’agit de la peur de la confrontation. La xénophobie a donc pour source la peur de la confrontation, c’est-à-dire la crainte d’être inférieur ( en force physique, en termes militaires, en intelligence, en économie, en débrouillardise, en sport…)

C’est donc un sentiment qui s’allie ou plutôt qui agrémente le racisme et le nationalisme mais qui est encore différent. On peut par exemple très bien être xénophobe vis-à-vis de population de même « race ». On agite souvent le spectre des fameux plombiers polonais alors que, manifestement, les plombiers polonais n’ont guère envie de nous envahir et que, même si c’était le cas, notre gros problème est de manquer de plombiers !

La xénophobie est donc souvent le prétexte de braquer l’attention sur un faux problème ou sur un problème tout à fait secondaire. Le gros problème, ici, n’étant pas l’arrivée des plombiers polonais mais la délocalisation massive, l’arrivée d’entreprises étrangères avec la législation sociale de leur pays d’origine.

 

4. L’OBSESSION DE L’HUMILIATION.

 

C’est là, assurément, un des terreaux les plus fertiles de l’extrême droite.

Parfois on exploite de façon consciente un état de fait objectif. C’est le cas de l’Allemagne dans les années 20 et 30 qui a permis le triomphe du nazisme : l’humiliation de la défaite, de l’inflation démesurée ( les billets de 10000000000 de marks ! ), de l’occupation étrangère. Nous retrouvons aussi un tel état d’esprit dans l’ex-RDA où après avoir été éduqués dans l’esprit communiste la population a l’impression de vivre de la charité de l’ex-RFA et connaît d’énormes problèmes de chômage. C’est le cas de la Russie où une frange de la population de se remet pas de la mort de l’empire et où tous les acquis sociaux qui permettaient de supporter (ou de justifier ) la situation ont disparu créant un sentiment de faillite généralisée.

En Europe occidentale, la crise économique dont ne parvient pas à voir le bout a amené une remise en cause de l’état  providence.

 

5.  L A CHASSE AUX « RESPONSABLES ».

 

C’est la fameuse obsession du « bouc émissaire ». Il faut trouver un responsable, facile à montrer du doigt, une personne, un groupe social, une communauté que l’on peut rendre responsable de la situation dénoncée.

Nous trouvons, par exemple, fréquemment, les fonctionnaires « budgétivores » d’où le succès des slogans électoraux de la droite classique ( SARKOZY).

Nous trouvons parfois les adeptes d’une religion autre que le culte dominant ou de l’irréligion : les francs-maçons, les libre-penseurs, les musulmans, les israélites.

Nous avons aussi, souvent, les immigrés : les juifs, les maghrébins, les turcs…HITLER parlait de « ses haut-le-cœur en sentant l’odeur des porteurs de caftans »

Ou, dans le cas du VLAAMS BELANG, les wallons paresseux, tricheurs, profiteurs qui empêchent la Flandre d’acquérir son indépendance.

Chez Léon DEGRELLE, avant guerre, la cible favorite était aussi, mais c’est une constante, les politiciens « tous pourris ». Il faut bien reconnaître que certains d’entre eux semblent faire tout ce qu’ils peuvent pour leur donner raison !

 

6. LE PURITANISME AFFICHE.

 

Un des chevaux de bataille est assurément le culte des valeurs dites familiales avec ses slogans : dans la famille, droit de vote aux seul père de famille avec autant de voix que celle-ci compte de personnes, renvoi des femmes au foyer ( quand on aura renvoyé les étrangers et fait rentrer les femmes au foyer, le problème du chômage sera résolu ) ; homophobie ; combat contre l’IVG ; retrait de la loi sur l’euthanasie…

En fin de compte, ce sont des slogans qu’il est facile de faire accepter car ils sont souvent la réminiscence de siècles d’éducation et il suffit de peu de chose pour les remettre au goût du jour.

En réalité, on manipule là les plus vieux ressorts universels de la domination des esprits : la culpabilisation des foules au nom d’un idéal de pureté pour un individu ordinaire.

Le but affiché n’est pas de défendre la famille et la pureté des esprits mais de faire admettre le principe que l’on peut contrôler l’individu jusque dans ses habitudes les plus intimes.

7. LA RESTAURATION DE L’ORDRE.

 

On joue ici sur les peurs que l’on a su attiser : on n’ ose plus se rendre en ville le soir, tout le monde connaît quelqu’un qui s’est fait dépouiller…Il s’agit donc de restaurer l’ordre que les politiciens traditionnels n’ont pas su maintenir. On en arrive parfois à les accuser d’être les complices des fauteurs de désordre. Il y aurait, d’un côté, les politiciens qui soutiennent les fraudeurs, les casseurs, les toxicomanes, les tricheurs et, en face ; les politiciens « nouveaux » sur qui les bons citoyens peuvent compter. Ici aussi, ils surfent sur une vague profonde venant de la nuit des temps et que, très adroitement et sournoisement, ils réalimentent par le biais, bien souvent, du courrier des lecteurs des journaux ou de pétitions lancées à l'occasion de certains évènements dramatiques. Des idées ciblées fréquemment sont le rétablissement de la peine de mort, l'alourdissement des peines, le retour à l'ordre ancien dans les écoles.. 

LA NOSTAGIE DU FASCISME ET DU NAZISME.

 

Les mouvements d’extrême droite qui se réclament ouvertement du fascisme mussolinien, du franquisme ou du nazisme sont nettement plus minoritaires.

Encore qu’il convient de se souvenir de l’adage « Chassez le naturel, il revient au galop » : on se souvient des fréquentations douteuses des dirigeants du VLAAMS BELANG, du fameux « détail de l’histoire » de LE PEN, du fait que, maintenant décédés, la plupart des anciens collaborateurs rexistes ou VNV se sont retrouvés dans les partis d’extrême droite au moment de leur reconstruction. Les plus anciens d'entre nous se souviendront du parcours de Lode CLAES.

 

14:56 Écrit par P.B. dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.