21/12/2014

Pourquoi le bleuet pour les Francais ?

Au coquelicot des Britanniques correspond le bleuet des Français.

Bleuets.jpg

Le coquelicot et le bleuet sont devenues les fleurs symboles de la guerre de 1914-1918. En FRANCE, l’armistice de la première guerre mondiale (11 novembre 1918), à pris cette fleur comme symbole.

 

Elle pousse très souvent dans les champs de blés. C’était autrefois une plante très commune qui s’est raréfiée de nos jours à cause des pesticides et des désherbants.

 

Dans les compositions florales le bleuet est signe de timiditédélicatesse mais aussi de fidélité. Les bleuets – comme les coquelicots – continuaient à pousser dans la terre retournée par les milliers d’obus qui labouraient quotidiennement les champs de bataille. Ces deux fleurs étaient le seul témoignage de la vie qui continuait et la seule note colorée dans la boue des tranchées.

 

La FRANCE a choisi le bleuet, présent en abondance dans l’Est de la France alors que le ROYAUME-UNI a privilégié le coquelicot, présente dans les champs de bataille des Flandres, de la Somme et de la Picardie.

 

Mais pour les Français, le mot « bleuet » a aussi une autre signification.

 

En 1915, les soldats présents au front depuis la mobilisation ont donné le surnom de « bleuets » aux jeunes recrues qui arrivaient au front, habillées du nouvel uniforme « bleu horizon » de l’armée française. Ces jeunes recrues avaient été surnommés ainsi par les poilus plus anciens qui avaient porté le désastreux pantalon « rouge garance »  en usage au tout début de la guerre. Ce surnom persistera toute la guerre parce que l’uniforme neuf aux couleurs encore fraîches qui équipait le nouvel arrivant contrastait avec la couleur de boue des uniformes des plus anciens.

 

Dans l’argot militaire, « Bleus, bleuet, bleusaille » désigne un soldat inexpérimenté. En temps de guerre, un soldat n’ayant pas encore ou peu vu le feu.

 

La popularité des « Bleuets » est telle que la propagande utilisera cette image au travers de cartes postales, affiches, chansons et poèmes:

 

« Les voici les p’tits « Bleuets »
Les Bleuets couleur des cieux
Ils vont jolis, gais et coquets,
Car ils n’ont pas froid aux yeux.
En avant partez joyeux ;
Partez, amis, au revoir !
Salut à vous, les petits « bleus »,
Petits « bleuets », vous notre espoir ! »

 

— Alphonse Bourgoin, extrait de Bleuets de France, 

Bleuet de France.jpg

 

Le « Bleuet de FRANCE » fut donc un symbole commémoratif de la Première Guerre mondiale vendu sous forme de broches que l'on portait à la boutonnière.

 

A l'origine de ce symbole on trouve deux femmes: une infirmière, Suzanne LENHARD, veuve du Capitaine Maurice LENHARD du 21ème régiment d'infanterie coloniale, et Charlotte MALLETERRE, fille du Général NIOX, Commandant de l'Hôtel des Invalides. Toutes deux furent émues par les souffrances endurées par les blessés de guerre dont elles ont la charge, A elles deux, elles organisèrent des ateliers pour confectionner des bleuets dont les pétales sont en tissu et les étamines en papier. Les recettes de ces insignes devaient permettre de dégager des fonds pour la réinsertion des invalides et blessés de guerre.

 

lenhard.jpg

Madame LENHARD

 

Cmalleterre1.jpg

 

Madame MALLETERRE

Voici les références de cette oeuvre :

Œuvre Nationale du Bleuet de France 
Hôtel National des Invalides 
75700 PARIS 
Tél. : 01 49 55 75 41 
Fax : 01 49 55 75 05 
Chargé de la promotion du Bleuet de France : Alexandre FONS
Mail : 
alexandre.fons@onacvg.fr

 

La comparaison avec le coquelicot des Britanniques s'arrête là.

 

En 1920, Louis FONTENAILLE, président des Mutilés de France, présenta dans un rapport à la Fédération Interalliée des Anciens Combattants à Bruxelles un projet destiné à rendre pérenne le Bleuet de France comme fleur symbolique des soldats français morts pour la FRANCE.

 

En 1928, Gaston DOUMERGUE, Président de la République, accorda son haut patronage au Bleuet de France. Les ventes augmentèrent alors progressivement. Elles s'étendirent à l’ensemble du pays 

 

C'est depuis 1934 seulement que furent vendus lors de la commémoration de l'armistice des fleurs de bleuet confectionnées par les anciens combattants. L'Etat français officialisa cette vente dès 1935, chaque 11 novembre afin de témoigner de la reconnaissance de la nation. Depuis 1957, le 8 mai est le deuxième jour de vente autorisée.

 

Cette organisation avait fortement décliné. Un groupe d'officiers de l'École de guerre et du Cours supérieur d'état-major (CSEM) a décidé de relancer la vente de bleuets. De nos jours, l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ONACVG) a pris en charge la gestion de « l'Oeuvre Nationale du Bleuet de France ». 

 

En 1957, un second jour de collecte est créé, le 8 mai, date anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie. Depuis, chaque année lors des commémorations du 8 mai et du 11 novembre, le Bleuet de France est vendu sur la voie publique par des bénévoles de L’Œuvre Nationale du Bleuet de France.

 

A la différence de la FRANCE, au ROYAUME-UNI, la vente de coquelicots en papier commence près de deux semaines avant le 11 novembre et l'adhésion publique y est sans commune mesure. A tel point que le coquelicot a même franchi les océans et est arboré chez nous.

 

Cette vente recueille beaucoup moins d'écho. 90 % des ressources de l'oeuvre proviennent essentiellement des collectes sur la voie publique le jour du 11 Novembre (environ 1,2 million d'euros pour les meilleures années). C'est très loin derrière les résultats de la Royal British Legion, qui récolte chaque année plus de 50 millions d'euros avec son Poppy.

 

A l’occasion du centenaire de la Guerre de 14-18, la Monnaie de PARIS a édité une nouvelle série dont le symbole est un Bleuet.Avec cette nouvelle série, La Monnaie de Paris soutient le « Bleuet de France » en lui reversant 1 € sur chaque vente de cette série.

écrin bleuet.jpg

L’Œuvre soutient aussi les militaires actuellement engagés sur des théâtres d’opération: par exemple le « Colis de Noël pour les soldats en OPEX ». Elle participe aussi à des actions auprès des écoles, des collèges et des lycées en participant financièrement à des déplacements permettant la découverte de lieux de mémoire.

220px-Bleuet_de_France_version_2012.JPG

En 2011, près de 32 000 bénévoles ont réuni 1 102 449 € qui ont permis de venir en aide à 18 141 personnes et d’organiser plus de cinq cents initiatives de mémoire pour les jeunes génération partout en FRANCE.

Hollande.jpg

 

 

 

 Le Président François HOLLANDE porte le bleuet à la boutonnière.

 

15/12/2014

Témoignage du phénomène religieux dans les tranchées.

Un petit ajout sur le phénomène religieux dans les tranchées.

Nous venons de parler du phénomène spirite. A cette occasion, nous avons dit que cet engouement semble être resté cantonné dans les familles, éloignées du front et sans contact avec leurs proches au front, dans les tranchées.

Nous avons aussi dit qu'il y avait eu un fort encadrement par l'aumônerie au front. Il faut aussi ajouter que, en 1914, l’armée, curieusement, ne disposait d'aucun brancardier de carrière. On dut donc s'appuyer sur les D.T.S.P. les « Dispensés du service en temps de paix ». Ceux-ci étaient constitués essentiellement de religieux et de séminaristes et aussi d'instituteurs. Ces curés, pasteurs ou séminaristes, parfois uniquement vêtus de leurs soutanes, suivirent l’armée en campagne  dans sa jusqu'à l'Yser. 

Cela, c'est pour la BELGIQUE. Pour l'armée française, on  estime qu’il y eut, durant toute la guerre, entre 800 et 1 000 aumôniers catholiques et environ 30 000 combattants qui étaient prêtres (19 000), séminaristes (4 000), religieux ou novices (7 000).  Quant aux pasteurs et rabbins, ils auraient été respectivement 68 et 23 aumôniers. 

Pris par l'angoisse et profondément choqués par la mort brutale et aveugle, par la mort de masse, les soldats ont souvent manifesté un appel vers le religieux.

Parfois de façon curieuse. En témoigne ce crucifix, témoin de l'artisanat des tranchées, fabriqué au départ de cartouches. 

Une certaine façon de détourner vers l'espérance des objets fabriqués pour la mort !

DSC00614.JPG

18:56 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/12/2014

TILLEUR: Qu'est devenu l'ancien Monument aux Morts.

TILLEUR:

( Commune de SAINT-NICOLAS )

Beaucoup de personnes se sont déjà posé la question de savoir où était passé, ce qu'était devenu l'ancien Monument aux Morts.

( Voir photo ci-dessous )

Certains ont même prétendu qu'il avait été détruit.

 

tilleur5.jpg

En fait, qu'on se rassure ! 

Il existe toujours. On peut le voir à SPRIMONT, au Musée de la Pierre.

Certain s'offusqueront peut-être qu'il ait reçu cette destination.

Mais, en revanche, il peut continuer à être vu...et on peut garantir qu'il;sera bien entretenu.

mom_tilleur_au_musee_de_sprimont.JPG

19:13 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/12/2014

La Guerre de 14-18 et le spiritisme.

La guerre 14-18 et le spiritisme.

 

spiritisme.jpg

Beaucoup de gens n'avaient jamais entendu parler du spiritisme avant cette période. Malgré l'existence de groupes, le sujet n'était guère compris. On ne lui reconnaissait guère d'existence.

 

La guerre a tout changé. Il faut distinguer les diverses périodes ( pendant la guerre et après la guerre ) et les endroits ( au front et dans les familles ). Il y a aussi une différence entre la FRANCE et la BELGIQUE. Et en BELGIQUE, la situation est autre en Wallonie qu'en Flandre. Et encore, en Wallonie, il y a des différences selon les régions. Le spiritisme en Belgique était presque exclusivement une spécialité wallonne. Il y avait des sections à Liège, Charleroi, Mons, Namur et Bruxelles. Il faut aussi parler de la mouvance Antoiniste, l'antoinisme n'étant rien d'autre qu'une dissidence du spiritisme.

 

Pourquoi cet intérêt soudain pour le spiritisme ( ou activités apparentées ) ? La mort qui frappait presque toutes les familles du pays, ou qui menaçait de frapper, a suscité un intérêt puissant pour la vie après la mort.

 

Nous assistons ici à deux phénomènes différents, deux croyances différentes.

 

Tout d'abord, les gens ont souhaité savoir si une communication était possible avec leurs chers disparus et, à l'aide de médiums, rechercher le contact. Des milliers de gens se sont aussi mis à chercher pour eux-mêmes. Dans cette optique, c'est la croyance en la possibilité d'entrer en relation avec les âmes des défunts.

 

D'autres ont poussé plus loin. Ils se sont posé la question : « Si un homme meurt, vivra-t-il à nouveau ? » Dans ce cas, c'est la croyance en la réincarnation. Ils étaient tellement frappés par l'injustice de ces morts qu'ils ne pouvaient pas se résoudre à la disparition définitive des victimes.

 

Il faut encore ajouter une forme souvent confondue avec le spiritisme mais qui s'apparente davantage avec la radiesthésie, la curiosité, le besoin de savoir où et dans quel état se trouvaient les soldats au front. C'est surtout le cas en BELGIQUE où le contact entre l'armée et les familles était pratiquement inexistants. Ici, nous rencontrons trop souvent les charlatans et les adeptes de superstitions. C’est l’avis d’un journaliste du Messager de Bruxelles qui écrit ceci en avril 1916 « ...jamais les diseuses de bonne aventure n’ont fait autant d’affaires que depuis le début de la guerre. J’ai eu l’occasion d’en interviewer une ces jours derniers et elle m’a confirmé que sa clientèle, féminine particulièrement, avait augmenté dans des proportions incroyables ".

 

Au front : la mort est devenue un élément du quotidien. Une culture de la mort s’est installée, souvent violente. Cependant, il semble que les soldats du front aient été écartés ( certains diront « protégés » des avancées spirites. Il y avait un fort encadrement religieux par les aumôniers.

 

Alors que le marché des livres relatifs aux prophéties, au spiritisme ou à d’autres croyances ésotériques et irrationnelles se porte bien en FRANCE ou en GRANDE-BRETAGNE pendant la guerre, en BELGIQUE occupée il est tout simplement impossible de publier de tels ouvrages.

 

En ce qui concerne la FRANCE, pour ne pas être exhaustifs, on peut citer le cas de LYON. Jusqu’à la guerre de 14-18, la Société d’Etudes Psychiques et Spirites de Lyon, présidée par M.BOUVIER, est en plein essor. Environ 7 à 800 personnes participent à des manifestations diverses: conférences, spectacles , un banquet et bal familial...Mais la tourmente de la guerre mondiale met la Société en veilleuse. Ce qui n’empêche pas le Président BOUVIER d’envoyer du coton magnétisé aux soldats du front. L’Ordre des Médecins lui intenta un procès pour exercice illégal de la médecine, mais son action tourna court vu la popularité de BOUVIER. En outre, ce n'était pas le moment de s’attacher à la froideur de la Loi alors qu’il y a tant de souffrances. Tout était bon pour soutenir le moral des troupes et de la population. Il aurait donc été malvenu de s'en prendre à cet homme.

 

Après l'Armistice, une culture et des rites funéraires se mettent en place. on érige des monuments aux morts, on fait des pèlerinages en famille sur les lieux même des combats, on magnifie les cimetières militaires. Ce sera aussi les «  Soldats Inconnus  »

 

On assiste alors à un regain du spiritisme, pour tenter de communiquer avec l'êtrecher trop tôt disparu. On peut citer le cas le plus célèbre. C'est en GRANDE-BRETAGNE: Arthur Conan DOYLE qui perdit son fils, son jeune frère et deux neveux durant la guerre... Conan Doyle sombra dans la dépression. Il trouva le réconfort en défendant le spiritisme. Il écrivit divers ouvrages dans lesquels il prétend prouver l'existence de la vie après la mort et la possibilité de communiquer avec l'au-delà.

 

En BELGIQUE, il faut s'attarder au cas de l'Antoinisme. Voici un extrait de l'ouvrage consacré à l'antoinisme par un Professeur de l'Université de LIEGE, Pierre DEBOUXHTAY.

 

« Survint la guerre. L'antoinisme profita du réveil des sentiments religieux qui marqua cette période, pour enfoncer ses racines dans la terre wallonne. »

 

DEBOUXHTAY cite ensuite un texte émanant du Culte Antoiniste :

 

« Pendant que la guerre accumulait les ruines et semait l'épreuve, le Culte Antoiniste se développait au milieu des obstacles, attirant la foule des coeurs meurtris que la révélation appropriée aux temps nouveaux éclairait et réconfortait. A la lecture du soir, dans la communion fraternelle si profonde que réalise l'Enseignement du Père, les adeptes anciens et nouveaux puisaient les forces morales nécessaires pour supporter les rigueurs de l'existence matérielle et les souffrances en tous genres : maladies, silencieuses et cruelles séparations ou morts d'êtres aimés. La guerre n'arrêta pas la construction des temples. En 1915, alors que la vie sociale était comme paralysée et que le doute angoissait les âmes, il s'élevait à MOMALLE et à SERAING des sanctuaires antoinistes, symboles de foi et d'espoir. L'année suivante, Mère ANTOINE allait consacrer d'autres à VISE et à BRUXELLES au milieu d'une population recueillie. Puis la sainte cérémonie se renouvelait en 1917 à HERSTAL et à LIEGER, en 1918 à JUPILLE et en avril dernier à JUMET »  ( extrait de «  Le Père Antoine et son oeuvre ,1919 » )

 

 

Seraing.jpg

10/12/2014

Pourquoi le coquelicot ?

D'où vient la popularité du coquelicot ?

 

coquelicots.jpg

 

Pourquoi le coquelicot est-il généralement associé dans les pays du Commonwealth au souvenir des combattants morts au front et plus précisément à ceux tombés lors de la Guerre de 14-18 ? Le coquelicot est devenu le symbole du "Remembrance Day", jour de souvenir en hommage aux soldats morts lors des deux guerres mondiales. Mais pourquoi ?

 

Le coquelicot pousse pratiquement partout, y compris dans les zones les plus affectées par les combats, et notamment en Flandre. Les tranchées britanniques dans les champs au printemps 1915 étaient remplies de coquelicots. Des champs qui étaient devenus stériles regorgeaient de fleurs rouge sang une fois le combat terminé. Avant la Première Guerre mondiale, peu de coquelicots poussaient en Flandre, mais à cause des bombardements massifs, les sols calcaires se sont enrichis de chaux provenant des gravats. Ce phénomène a permis aux coquelicots de proliférer.

 

Il y a une seconde raison: la couleur traditionnelle des tenues soldats britanniques étaient de la couleur du coquelicot.

 

Enfin, le coquelicot est devenu mythique grâce au poème "In Flanders field" ("Au champs d'honneur") écrit par John McCrae, un lieutenant-colonel canadien. le coquelicot écarlate est rapidement devenu le symbole des soldats morts au combat. Parce qu'ils fleurissaient dans les champs de Somme et des Flandres sur les combattants tombés lors de la première guerre mondiale et leur couleur rouge était un symbole approprié pour le bain de sang de la guerre des tranchées.

 

Son oeuvre, qui débute par le vers "In Flanders fields the poppies blow", rend hommage à tous les soldats tués lors de ce conflit.

 

Trois années plus tard, Moina Michael, une Américaine qui travaillait dans la cafétéria d’un YMCA de la ville de New York, s’est mise à porter le coquelicot en souvenir des millions de soldats morts sur les champs de bataille. Lors d’une visite aux États-Unis en 1920, une dame française, madame Guérin, a été informée de cette coutume et, à son retour en France, a décidé d’utiliser des coquelicots fabriqués à la main pour recueillir des fonds afin de venir en aide aux enfants miséreux des régions dévastées par la guerre dans son pays.

 

L'usage du coquelicot comme symbole du Souvenir remonte à 1921.

 

C’est en novembre 1921 que les premiers coquelicots ont été distribués au Canada. Des millions de Canadiennes et de Canadiens arborent le coquelicot tous les mois de novembre à l’occasion du jour du Souvenir. Au Canada, du 5 au 11 novembre de chaque année, les gens célèbrent la Semaine des anciens combattants.

 

A noter que la France fait la même chose mais avec le bleuet.


Le coquelicot a garni les boutonnières ou les revers des manteaux cette année. Le coquelicot est devenu le symbole du "Remembrance Day", jour de souvenir en hommage aux soldats morts lors des deux guerres mondiales. Le «  Jour du Souvenir » est une journée pour rendre hommage aux anciens combattants. C'est un moment pour commémorer les services rendus et les sacrifices de plusieurs personnes à travers les générations. Qu'on soit pour ou contre la guerre, il s'agit tout de même de victimes qui se doivent d'être honorées.

 

Voici la traduction française du poème de John Mc Crae :

 

Au champ d'honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l'espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.
Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor' 
À nos parents, à nos amis, 
C'est nous qui reposons ici,
Au champ d'honneur.
À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l'oriflamme
Et de garder au fond de l'âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d'honneur.

 

 

 

 

 


09/12/2014

De PAUL VALERY: " Nous autres civilisations savons que nous sommes mortelles..."

Paul VALERY

Après la guerre de 14-18, Paul VALERY a émis quelques réflexions désabusées. Le texte a été écrit en 1919, la civilisation dont il s'agit est celle de l'Europe. Nous, ce sont les modernes, et maintenant, c'est ce qui vient après la guerre de 14.

Sa première phrase est restée célèbre:

Voici des extraits significatifs de son texte:

" Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.

Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs sciences pures et appliquées, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions à travers l’épaisseur de l’histoire, les fantômes d’immenses navires qui furent chargés de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, après tout, n’étaient pas notre affaire.

Élam, Ninive, Babylone étaient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence même. Mais France, Angleterre, Russie... ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie. Les circonstances qui enverraient les oeuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les oeuvres de Ménandre ne sont plus du tout inconcevables: elles sont dans les journaux.

 

Ce n’est pas tout. La brûlante leçon est plus complète encore. Il n’a pas suffi à notre génération d’apprendre par sa propre expérience comment les plus belles choses et les plus antiques, et les plus formidables et les mieux ordonnées sont périssables par accident ; elle a vu, dans l’ordre de la pensée, du sens commun, et du sentiment, se produire des phénomènes extraordinaires, des réalisations brusques de paradoxes, des déceptions brutales de l’évidence.

Je n’en citerai qu’un exemple : les grandes vertus des peuples allemands ont engendré plus de maux que l’oisiveté jamais n’a créé de vices. Nous avons vu, de nos yeux vu, le travail consciencieux, l’instruction la plus solide, la discipline et l’application les plus sérieuses, adaptés à d’épouvantables desseins.

Tant d’horreurs n’auraient pas été possibles sans tant de vertus. Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, anéantir tant de villes en si peu de temps ; mais il a fallu non moins de qualités morales. Savoir et Devoir, vous êtes donc suspects ?

 

Ainsi la Persépolis spirituelle n’est pas moins ravagée que la Suse matérielle. Tout ne s’est pas perdu, mais tout s’est senti périr.

Un frisson extraordinaire a couru la moelle de l’Europe. Elle a senti, par tous ses noyaux pensants, qu’elle ne se reconnaissait plus, qu’elle cessait de se ressembler, qu’elle allait perdre conscience — une conscience acquise par des siècles de malheurs supportables, par des milliers d’hommes du premier ordre, par des chances géographiques, ethniques, historiques innombrables.

Alors, — comme pour une défense désespérée de son être et de son avoir physiologiques, toute sa mémoire lui est revenue confusément. Ses grands hommes et ses grands livres lui sont remontés pêle-mêle. Jamais on n’a tant lu, ni si passionnément que pendant la guerre: demandez aux libraires. Jamais on n’a tant prié, ni si profondément : demandez aux prêtres. On a évoque tous les sauveurs, les fondateurs, les protecteurs, les martyrs, les héros, les pères des patries, les saintes héroïnes, les poètes nationaux...

Et dans le même désordre mental, à l’appel de la même angoisse, l’Europe cultivée a subi la reviviscence rapide de ses innombrables pensées : dogmes, philosophies, idéaux hétérogènes ; les trois cents manières d’expliquer le Monde, les mille et une nuances du christianisme, les deux douzaines de positivismes : tout le spectre de la lumière intellectuelle a étalé ses couleurs incompatibles, éclairant d’une étrange lueur contradictoire l’agonie de l’âme européenne. Tandis que les inventeurs cherchaient fiévreusement dans leurs images, dans les annales des guerres d’autrefois, les moyens de se défaire des fils de fer barbelés, de déjouer les sous-marins ou de paralyser les vols d’avions, l’âme invoquait à la fois toutes les incantations qu’elle savait, considérait sérieusement les plus bizarres prophéties ; elle se cherchait des refuges, des indices, des consolations dans le registre entier des souvenirs, des actes antérieurs, des attitudes ancestrales. Et ce sont là les produits connus de l’anxiété, les entreprises désordonnées du cerveau qui court du réel au cauchemar et retourne du cauchemar au réel, affolé comme le rat tombé dans la trappe...

La crise militaire est peut-être finie. La crise économique est visible dans toute sa force ; mais la crise intellectuelle, plus subtile, et qui, par sa nature même, prend les apparences les plus trompeuses (puisqu’elle se passe dans le royaume même de la dissimulation), cette crise laisse difficilement saisir son véritable point, sa phase.

Personne ne peut dire ce qui demain sera mort ou vivant en littérature, en philosophie, en esthétique. Nul ne sait encore quelles idées et quels modes d’expression seront inscrits sur la liste des pertes, quelles nouveautés seront proclamées.

L’espoir, certes, demeure et chante à demi-voix :

Et cum vorandi vicerit libidinem

Late triumphet imperator spiritus

Mais l’espoir n’est que la méfiance de l’être à l’égard des prévisions précises de son esprit. Il suggère que toute conclusion défavorable à l’être doit être une erreur de son esprit. Les faits, pourtant, sont clairs et impitoyables. Il y a des milliers de jeunes écrivains et de jeunes artistes qui sont morts. Il y a l’illusion perdue d’une culture européenne et la démonstration de l’impuissance de la connaissance à sauver quoi que ce soit ; il y a la science, atteinte mortellement dans ses ambitions morales, et comme déshonorée par la cruauté de ses applications ; il y a l’idéalisme, difficilement vainqueur, profondément meurtri, responsable de ses rêves ; le réalisme déçu, battu, accablé de crimes et de fautes ; la convoitise et le renoncement également bafoués ; les croyances confondues dans les camps, croix contre croix, croissant contre croissant ; il y a les sceptiques eux-mêmes désarçonnés par des événements si soudains, si violents, si émouvants, et qui jouent avec nos pensées comme le chat avec la souris, — les sceptiques perdent leurs doutes, les retrouvent, les reperdent, et ne savent plus se servir des mouvements de leur esprit.

L’oscillation du navire a été si forte que les lampes les mieux suspendues se sont à la fin renversées.

Ce qui donne à la crise de l’esprit sa profondeur et sa gravité, c’est l’état dans lequel elle a trouvé le patient.

Je n’ai ni le temps ni la puissance de définir l’état intellectuel de l’Europe en 1914. Et qui oserait tracer un tableau de cet état ? Le sujet est immense ; il demande des connaissances de tous les ordres, une information infinie. Lorsqu’il s’agit, d’ailleurs, d’un ensemble aussi complexe, la difficulté de reconstituer le passé, même le plus récent, est toute comparable à la difficulté de construire l’avenir, même le plus proche ; ou plutôt, c’est la même difficulté. Le prophète est dans le même sac que l’historien. Laissons-les-y.

Mais je n’ai besoin maintenant que du souvenir vague et général de ce qui se pensait à la veille de la guerre, des recherches qui se poursuivaient, des œuvres qui se publiaient.

Si donc je fais abstraction de tout détail et si je me borne à l’impression rapide, et à ce total naturel que donne une perception instantanée, je ne vois — rien ! — Rien, quoique ce fût un rien infiniment riche.

Les physiciens nous enseignent que dans un four porté à l’incandescence, si notre œil pouvait subsister, il ne verrait — rien. Aucune inégalité lumineuse ne demeure et ne distingue les points de l’espace. Cette formidable énergie enfermée aboutit à l’invisibilité, à l’égalité insensible. Or, une égalité de cette espèce n’est autre chose que le désordre à l’état parfait.

Et de quoi était fait ce désordre de notre Europe mentale ? — De la libre coexistence dans tous les esprits cultivés des idées les plus dissemblables, des principes de vie et de connaissance les plus opposés. C’est là ce qui caractérise une époque moderne.

Je ne déteste pas de généraliser la notion de moderne et de donner ce nom à certain mode d’existence, au lieu d’en faire un pur synonyme de contemporain. Il y a dans l’histoire des moments et des lieux où nous pourrions nous introduire, nous modernes, sans troubler excessivement l’harmonie de ces temps-là, et sans y paraître des objets infiniment curieux, infiniment visibles, des êtres choquants, dissonants, inassimilables. Où notre entrée ferait le moins de sensation, là nous sommes presque chez nous. Il est clair que la Rome de Trajan, et que l’Alexandrie des Ptolémées nous absorberaient plus facilement que bien des localités moins reculées dans le temps, mais plus spécialisées dans un seul type de mœurs et entièrement consacrées à une seule race, à une seule culture et à un seul système de vie.

Eh bien! l’Europe de 1914 était peut-être arrivée à la limite de ce modernisme. Chaque cerveau d’un certain rang était un carrefour pour toutes les races de l’opinion ; tout penseur, une exposition universelle de pensées. Il y avait des œuvres de l’esprit dont la richesse en contrastes et en impulsions contradictoires faisait penser aux effets d’éclairage insensé des capitales de ce temps-là : les yeux brûlent et s’ennuient... Combien de matériaux, combien de travaux, de calculs, de siècles spoliés, combien de vies hétérogènes additionnées a-t-il fallu pour que ce carnaval fût possible et fût intronisé comme forme de la suprême sagesse et triomphe de l’humanité ?

 

Dans tel livre de cette époque — et non des plus médiocres — on trouve, sans aucun effort : — une influence des ballets russes, — un peu du style sombre de Pascal, — beaucoup d’impressions du type Goncourt, quelque chose de Nietzsche, — quelque chose de Rimbaud, — certains effets dus à la fréquentation des peintres, et parfois le ton des publications scientifiques, — le tout parfumé d’un je ne sais quoi de britannique difficile à doser !... Observons, en passant, que dans chacun des composants de cette mixture, on trouverait bien d’autres corps. Inutile de les rechercher : ce serait répéter ce que je viens de dire sur le modernisme, et faire toute l’histoire mentale de l’Europe.

 

Maintenant, sur une immense terrasse d’Elsinore, qui va de Bâle à Cologne, qui touche aux sables de Nieuport, aux marais de la Somme, aux craies de Champagne, aux granits d’Alsace, — l’Hamlet européen regarde des millions de spectres.

Mais il est un Hamlet intellectuel. Il médite sur la vie et la mort des vérités. Il a pour fantômes tous les objets de nos controverses ; il a pour remords tous les titres de notre gloire ; il est accablé sous le poids des découvertes, des connaissances, incapable de se reprendre à cette activité illimitée. Il songe à l’ennui de recommencer le passé, à la folie de vouloir innover toujours. Il chancelle entre les deux abîmes, car deux dangers ne cessent de menacer le monde : l’ordre et le désordre.

S’il saisit un crâne, c’est un crâne illustre. — Whose was it ? — Celui-ci fut Lionardo. Il inventa l’homme volant, mais l’homme volant n’a pas précisément servi les intentions de l’inventeur : nous savons que l’homme volant monté sur son grand cygne (il grande uccello sopra del dosso del suo magnio cecero) a, de nos jours, d’autres emplois que d’aller prendre de la neige à la cime des monts pour la jeter, pendant les jours de chaleur, sur le pavé des villes... Et cet autre crâne est celui de Leibniz qui rêva de la paix universelle. Et celui-ci fut Kant, Kant qui genuit Hegel qui genuit Marx qui genuit...

Hamlet ne sait trop que faire de tous ces crânes. Mais s’il les abandonne!... Va-t-il cesser d’être lui-même ? Son esprit affreusement clairvoyant contemple le passage de la guerre à la paix. Ce passage est plus obscur, plus dangereux que le passage de la paix à la guerre ; tous les peuples en sont troublés.

« Et moi, se dit-il, moi, l’intellect européen, que vais-je devenir ?... Et qu’est-ce que la paix ? La paix est peut-être, l’état de choses dans lequel l’hostilité naturelle des hommes entre eux se manifeste par des créations, au lieu de se traduire par des destructions comme fait la guerre. C’est le temps d’une concurrence créatrice, et de la lutte des productions. Mais Moi, ne suis-je pas fatigué de produire ? N’ai-je pas épuisé le désir des tentatives extrêmes et n’ai-je pas abusé des savants mélanges ? Faut-il laisser de côté mes devoirs difficiles et mes ambitions transcendantes ? Dois-je suivre le mouvement et faire comme Polonius, qui dirige maintenant un grand journal ? comme Laertes, qui est quelque part dans l’aviation ? comme Rosencrantz, qui fait je ne sais quoi sous un nom russe ?

Adieu, fantômes ! Le monde n’a plus besoin de vous. Ni de moi. Le monde, qui baptise du nom de progrès sa tendance à une précision fatale, cherche à unir aux bienfaits de la vie les avantages de la mort. Une certaine confusion règne encore, mais encore un peu de temps et tout s’éclaircira ; nous verrons enfin apparaître le miracle d’une société animale, une parfaite et définitive fourmilière. »

 

220px-Paul_Valéry.jpg

 Sous l'Occupation, Paul Valéry, refusant de collaborer, prononce en sa qualité de secrétaire de l'Académie française l'éloge funèbre du « juif Henri Bergson ». Cette prise de position lui vaut de perdre ce poste, comme celui d’administrateur du Centre universitaire de Nice

19:20 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/12/2014

Un roman maudit: " Le Diable au corps" de Raymond RADIGUET.

Un roman maudit:

 

«  Le diable au corps »

 

et

 

un romancier maudit:

 

Raymond RADIGUET.

 

radiguet.png

 

 

Raymond RADIGUET, est un écrivain français (1903-1923) connu pour deux romans d’écriture classique mais de contenu sulfureux, et une vie fulgurante marquée par les rencontres, les succès et les amours.

 

Le « Diable au corps » est un roman de 1923 publié, l’année même de sa mort. Ce roman provoqua un grand scandale lors de sa publication.

 

Bernard GRASSET, l’éditeur, avait savamment orchestré le lancement du « Diable au corps », en insistant sur la jeunesse de son auteur, en envoyant des photographies de RADIGUET aux journaux, en utilisant les actualités au cinéma pour le montrer occupé à signer son contrat avec la maison d’éditions. Une telle publicité, banale de nos jours, fut jugée de mauvais goût. La critique fut surprise, voire moqueuse et hostile. Beaucoup montrèrent m^me leur dégoût.

 

Le succès fut immédiat, mais un succès fortement teinté de scandale: l’âge de l’auteur, la jeunesse du personnage et sa liaison avec la jeune épouse d'un soldat combattant au front; cela cinq années à peine après la fin de la guerre irrita le public.

 

 

 

 

Lors de sa sortie à BORDEAUX, la presse locale écrivit :

« Cette production ajoute le cynisme le plus révoltant à l’exaltation de l’adultère, en ridiculisant la famille, la Croix-Rouge et même l’Armée. Devant le flot de boue qui monte, au nom du public, nous demandons que ce film ignoble soit retiré des écrans. »

 

A Paris, de nombreux critiques jugèrent le sujet « répugnant ».

 

Mais, après la publication, RADIGUET reçut les félicitations de la part de grands écrivains: Max JACOB, René BENJAMIN, et Paul VALERY, notamment.

 

Le scandale s’est apaisé depuis, et « Le Diable au corps » est devenu un classique de la littérature du début du vingtième siècle. Ce fut aussi un succès au cinéma.

 

La jeunesse des deux personnages qu'anime un amour passionné est sans doute ce qui rend poignant ce roman très court. Elle justifie dans une certaine mesure la cruauté de l'épouse, l'amoralisme du jeune amant. La complaisance et la lucidité avec lesquelles le narrateur dissèque sa propre veulerie trahissent cependant un tempérament précoce et complexe. Mais la révélation finale qu'il a de son amour pour Marthe vient transfigurer brutalement ses faiblesses de caractère.

 

On retrouve en arrière- plan de ce roman une critique sociale du milieu bourgeois (petit-bourgeois en l' occurrence). Le conformisme, la bassesse des habitants de la petite commune des bords de Marne qui a tout d' une petite ville de province sont brossés avec la cruauté d' un adolescent de dix-sept ans. C'est peut-être aussi cela qui ajouta au scandale. C'était quasi de la provocation !

 

Le « Diable au Corps », c’est une expression utilisée en généralement pour des enfants agités et prodigues de bêtises. Le sens diffère dans le roman de RADIGUET. Cette expression " avoir le diable au corps ", a pris une connotation nettement érotique attestée.

 

En 1917, RADIGUET rencontre Alice, une voisine dont le mari est au front, âgée de 19 ans (il en a 14), dans le train Paris - Saint-Maur. Il aura une liaison avec elle durant un an. Cette aventure sera à l’origine du « Diable au corps ». L’histoire du « Diable au corps » est l’histoire d’une initiation, celle d’un garçon de seize ans qui, en 1918 va connaître l’amour avec une femme plus âgée que lui, mariée de surcroît à un soldat qui risque tous les jours sa vie au front.

 

Dès le début du roman, le narrateur qui n’a pas de nom, écrit rétrospectivement :

 

« C'est en enfant que je devais me conduire dans une aventure où déjà un homme eût éprouvé de l’embarras »

 

« Nous étions des enfants debout sur une chaise, fiers de dépasser d'une tête les grandes personnes. Les  circonstances nous hissaient, mais nous restions incapables". 

 

Mais ce roman est davantage qu’une transposition de cette aventure personnelle. D'ailleurs, RADIGUET, dans un article paru le jour de la sortie du roman, tient à le souligner:

" Ce petit roman d’amour n’est pas une confession, et surtout au moment où il semble davantage en être une. C’est un travers trop humain de ne croire qu’à la sincérité de celui qui s’accuse ; or, le roman exigeant un relief qui se trouve rarement dans la vie, il est naturel que ce soit justement une fausse autobiographie qui semble la plus vraie ".

 

Il s'agit donc d'une fausse biographie, une autofiction basée sur une aventure réelle mais romancée.

 

Ce roman survole les années de guerre 14-18 sans jamais parler des horreurs de la guerre ! Tout au plus on sait que Marthe reçoit quelques lettres de son mari.

 

Cette liaison est pourtant née des circonstances de la guerre. Elle a été favorisée aussi par la famille de Marthe. Marthe, aveuglée par ses sentiments, sa passion, se heurte, inconsciemment, à la réalité familiale ( la peur de la trahison à l'égard de son mari, Jacques ) et sociale ( la peur du scandale, en étant la maîtresse d'un jeune garçon ). Quant au jeune garçon, il lui est impossible d'assumer la paternité. Trop épris de liberté, il s'éclipse lorsque survient l'annonce d'un enfant.


C
es amours connaîtront une issue tragique: Marthe meurt en laissant derrière elle un enfant illégitime qui sera, par ailleurs « la seule raison de vivre » de Jacques, une fois la guerre terminée. Celui-ci ne saura jamais l'infidélité de son épouse.

 

Ce livre a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1947 signée Claude AUTANT-LARA avec Gérard PHILIPPE et Micheline PRESLE dans les rôles principaux. A sa sortie, ce film fut vivement critiqué car il banalisait l'adultère auprès de la jeunesse de l'après-guerre. A l'époque, le cinéma exalte la Résistance, l'esprit patriotique et la victoire. Ce film fit donc autant scandale que le roman quarante ans plus tôt. Il rappelait aussi des drames familiaux vécus pendant la guerre 40-45. C'était donc cruel pour certains.

 

diable au corps.jpg

 

 

En 1986, Marco BELLOCCHIO réalisa une adaptation moderne avec, dans les deux rôles, Maruschka DETMERS et Frederico PITZALIS. Mais l'environnement sociologique et politique n'étaient plus les mêmes qu'en 1923 et en 1946. Le film ne pouvait pas susciter les mêmes pensées. On peut penser qu'une adaptation réalisée vingt ans plus tôt, après la fin de la guerre d'ALGERIE, aurait eu le même effet qu'à ces deux époques. Ce film fit aussi scandale, mais pour une autre raison: une scène particulièrement osée.

 

Le-Diable-Au-Corps_portrait_w193h257.jpg

 

19:10 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |