30/10/2014

Derrière l'YSER, dans les boues de l'YSER.

La résistance derrière l'YSER, symbole de l'héroïsme des soldats belges.

 

La bataille de l'YSER est l'un des symboles de la résistance héroïque de l'armée belge contre l'envahisseur allemand durant la Première guerre mondiale. Sous le nom de « Bataille de l'YSER », on regroupe l'ensemble des combats qui du 17 au 31 octobre 1914 ont opposé les troupes allemandes aux troupes belges et françaises qui tentaient de les arrêter.

Début octobre, l'armée belge doit quitter in extremis la place fortifiée d'ANVERS. Elle se retire derrière l'YSER, aidée par les Marines britanniques et l'armée française. Après la retraite à travers les Flandres, les Belges, réduits à 70.000 hommes, vinrent s'aligner sur une position qui longeait en pratique l'YSER, avec une tête de pont à DIXMUDE et une à NIEUPORT. Pour les Belges, il n'est pas question de participer aux offensives. L'idée est de tenir le plus longtemps possible sur ce front de l'Yser. L'armée s'étirait jusqu'à BOESINGHE où elle se rattachait aux Français.

Suite l'occupation de l'entièreté de la Belgique par les Allemands se posait une question constitutionnelle. Certains dont le Roi ALBERT estimaient que pour conserver une légitimité, il fallait à tout prix qu'au moins une partie du territoire ne soit pas occupé. Même s'il ne s'agissait que d'une toute petite partie. Au moins une partie de la BELGIQUE restait libre !

Malgré des combats d’une extrême violence, les Allemands ne parviennent pas à percer. Le 31, les Belges ont le dessus, et, c'est l'échec pour leur adversaire. Ailleurs, d’ âpres combats opposeront les Allemands aux Anglais et aux Français. La situation est très claire: l’armée belge a perdu la quasi totalité de ses forces à LIEGE et à ANVERS. Elle s’est échappée d’ANVERS par miracle. Quand elle arrive à NIEUPORT, il ne reste que l’option du retranchement. Mais il est impossible de se retrancher sans inonder les terres.

 

Le complexe d’écluses de NIEUPORT est mieux connu sous le nom de « De Ganzepoot » ( « La Patte d’oie), qui fait référence à sa forme globale.Ce site a joué un rôle crucial lors de la Première Guerre mondiale. La nuit du 29 au 30 octobre 1914, les Belges ont ouvert les écluses de NIEUPORT. L’inondation à elle seule est fort dérangeante, mais elle n’est pas infranchissable. Ce n’est donc pas un gage de tranquillité; elle n’est pas très large (3 km environ) et pas très profonde ( +/-1 m, pas plus ) .

 

Pour inonder la zone, les Belges ont utilisé les écluses en inversant leur fonctionnement normal. Karel COGGE fut un des acteurs principaux de l'inondation de la plaine de l'YSER. En faisant pénétrer une énorme quantité d'eau dans l'arrière-pays, sa tactique obligea les Allemands à se retirer sur la rive droite de l'YSER. Avec le batelier H. GEERAERTS, COGGE opposa à l'envahisseur le barrage d'eau des inondations et contribua à sauver le dernier lambeau du territoire national et aussi à barrer la route de CALAIS. Grâce aux indications de l’un et la connaissance du système hydraulique de l’autre, les écluses et vannes sont ouvertes à la marée montantes pour laisser l’eau envahir les polders et fermées à la marée descendante pour empêcher son évacuation.

 

L’ouverture de ces écluses eut pour résultat, par ailleurs recherché, l'inondation de la plaine de l'YSER et la stabilisation du front fin octobre-début novembre 1914. Fin octobre 14, un mur d’eau stoppait la troupe allemande sur les terres de FLANDRE. Grâce à l’appui des écluses de DUNKERKE, la plaine de l’YSER est restée sous eau pendant toute la guerre.

Les Belges et le Roi Albert  peuvent ainsi s'honorer d'avoir remporté la bataille de l'YSER et conservé hors de portée de l'ennemi un bout de leur pays, une quarantaine de villages sur cinquante kilomètres carrés de dunes et de prairies.

cenenaire 14-18; awans; combattants; fnc

Le 1er novembre, les Allemands prendront la décision de se retirer face à l’étendue des dégâts engendrés par les inondations volontaires, qui couvraient alors plus de 6 kilomètres carrés. Après l’inondation de la plaine de l’Yser et la stabilisation du front, les Allemands gardent une implantation sur la rive gauche de l’Yser en occupant les citernes à pétrole situées en aval.

 

La victoire belge aura un coût sévère. Plusieurs milliers d’hommes. Ses effectifs seront ainsi réduits à seulement quelques 50.000 hommes…

 

La première ligne de défense de l'armée belge s'installe dans le talus de l'ancienne ligne de chemin de fer reliant DIXMUDE à NIEUPORT. Cette ligne est maintenant désaffectée. Le long de celle-ci on peut encore découvrir de nombreux vestiges (abris, bunkers, postes de mitrailleuses). Cette ligne de chemin de fer a joué un rôle important: son remblai limitait, au Sud, l’inondation de la plaine de l’Yser. C’est autour de cette zone stratégique que l’armée belge à établi sa défense face aux attaques ennemie. Les Belges, en position derrière les tranchées reliant la ligne de chemin de fer, tentent de réoccuper les tanks à pétrole pour sécuriser leurs positions. Ils creusent à partir de mai 1915 une tranchée dans la digue de la rive gauche de l’Yser, les Allemands ne tardant pas à faire de même dans l’autre direction. Les travaux  de construction et de réparation des dégâts causés par les combats s’effectuent de nuit. 

 

Des combats meurtriers opposent les postes avancés des deux camps, seulement distants d’une cinquantaine de mètres l’un de l'autre. Les soldats belges des différentes unités qui se sont succédées dans ce lieu le plus dangereux du front baptiseront cette position « Boyau de la Mort ». C'est un lieu hautement symbolique. Cette position était particulièrement exposée: elle faisait face à la tête de pont allemande sur la rive gauche de l’Yser.

cenenaire 14-18; awans; combattants; fnc

Au bout du « Boyau de la mort », on trouve aujourd’hui une « borne VAUTHIER ». Ces bornes de démarcation ( 22 en BELGIQUE ) ont été érigées suite à une souscription publique initiée par le Touring Club de Belgique, en 1921. Elles font partie d’un ensemble plus large de 118 bornes réparties en France et en Belgique pour matérialiser la ligne de front telle qu’elle se trouvait le 18 juillet 1918 (date de la première offensive qui a marqué le début du retrait des troupes allemandes). Ce projet a été conçu par Paul MOREAU-VAUTHIER, un ancien combattant de 14-18, qui était aussi un sculpteur.

cenenaire 14-18; awans; combattants; fnc

Pour les soldats belge, le premier hiver aux tranchées fut l’une des phases les plus pénibles du conflit. Croyant que la guerre ne durerait que quelques mois, rien n’était prévu pour lutter contre le froid et les conditions de vie misérables dans cet endroit particulièrement insalubre. Une vaccination générale prévint de justesse une épidémie de typhus. Les Allemands, confrontés aux mêmes difficultés, interrompirent momentanément leurs offensives. L'armée belge profita du sursis accordé pour se réorganiser et se reposer.

 

Les premiers mois de l’année 1915 furent propices à cette réorganisation. L’armée se renforce de 34.000 nouvelles recrues, formées dans les camps de Normandie. C'étaient essentiellement des volontaires provenant du territoire non-occupé ou de l’étranger. Au total, plus de 60.000 hommes seront appelés sous les drapeaux durant toute la durée du conflit. A ceux-ci s’ajoutent les volontaires de guerre qui ne cessent d’affluer de Belgique occupée ou de l’étranger pour rejoindre la troupe.

 

Autre effet de cette réorganisation, l’uniforme bleu, trop voyant, est remplacé par un uniforme kaki, beaucoup plus adapté à l’univers des tranchées.

 

En 1916, les soldats reçurent en plus un casque et abandonnent le képi qui n’apportait aucune protection aux fantassins terrés dans les tranchées. Il s'agissait du casque français légérement adapté. Par ailleurs, on installa quatre hôpitaux de campagne à 10 ou 15 km du front.

 

Le plus connu est l’hôpital de la Croix-Rouge organisé par le docteur DEPAGE à l’hôtel “ OCEAN ” de LA PANNE. C’est en fréquentant périodiquement cet hôpital que la reine ELISABETH gagnera son surnom de « Reine-Infirmière ». La propagande a longtemps prétendu qu'elle le fréquentait quotidiennement. Grande mélomane, la Reine appuya également la création de l’Orchestre symphonique de l’Armée de campagne en 1917.

 

Enfin, le bien-être spirituel des soldats finit par préoccuper l’état-major. Quasi inopérante en 1914, l’aumônerie militaire belge s’organisa véritablement durant le conflit et participa à l’encadrement des troupes au combat.

 

 

En ce qui concerne les Anciens combattants d'AWANS, on peut dire que toutes les victimes à partir de mi octobre 1914 sont des victimes, directes ou indirectes, de l'YSER. Ainsi GILLES Joseph décédé à RENINGHE le 01/07/1916, MASSET Achille décédé à CALAIS le 08/06/1918, SCHEUFELE Armand décédé à DIXMUDE le 26/10/1914, DETHIER Joseph décédé à DIXMUDE le 28/10/1914 et, sans doute aussi, LEJEUNE Renier décédé à CHAMPAGNE ( prononcer Champagné ) le 26/10/1918.

Après la fin de la guerre, on ne compte plus le nombre de communes qui ont donné à une de leurs rues le nom de " Rue de l'YSER ".

27/10/2014

Comment on rendait hommage aux combattants dans l'entre-deux guerre.

Comment on célébrait l'Armistice et les Anciens Combattants

dans l'entre-deux guerres.

 

Témoignage de Gilbert MOTTARD

Ceci constitue le préambule du livre écrit par Gilbert MOTTARD pour son livre " DES ADMINISTRATIONS ET DES HOMMES DANS LA TOURMENTE LIEGE 1940=1945 "

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" L'armistice du 11 novembre 1918 donne u très court répit aux hommes politiques, aux chefs militaires, aux responsables de l'Administration mais aussi à tous les Belges.

 

Toute notre jeunesse a été imprégnée de 14-18; nous ne avons été nourris, sevrés.

 

Des dizaines de fois, j'ai entendu mon père décrire les premiers allemands qu'il avait vus, rencontrés dans les premiers jours de la guerre «  à l'creuh » : des uhlans de la mort, le shako frappé d'une tête de mort avec tibias entrecroisés, sinistre préfiguration déjà ! Tous les récits regorgeaient de soldats vert-de-gris, coiffés de casques à pointe.

 

Lorsque, accompagnant mon père, je pénétrais – en visiteur exceptionnel – et privilégiés dans la Salle du Conseil Communal de HOLLOGNE-AUX-PIERRES en même temps salle des mariages, à des moments non prévus pour séance et cérémonies, j'étais vivement impressionné par la vérité de l'énorme peinture prenant tout un pan de mur, représentant deux de nos concitoyens dans une mare de sang, fusillés par les Allemands en août 1914, un troisième, l'auteur du tableau, menacé de subir le même sort; la scène tragique s'était déroulée « à l'vî cinse », au lieu-dit Aulichamps.

 

Lorsque d'aventure je me plaignais de la qualité ou de la quantité du repas qui m'avait été préparé, un mot redoutable revenait systématiquement sur les lèvres de ma grand-mère: rutabagas, je n'en ai jamais mangé, j'ai failli écrire goûté, mais le plat de rutabagas m'était devenu familier et comme synonyme de la pire des souffrances et des déchéances.

 

Mon grand-père rappelait volontiers les termes de l'ordonnance allemande faisant obligation à tous de laisser la porte à rue ouverte avec un éclairage dans la première pièce pour permettre aux soldats allemands d'y pénétrer et de s'y réfugier.

 

Entouré de fils de fer barbelés, le Fort de HOLLOGNE était là pour nous rappeler, malgré sa désaffectation, la résistance des Forts de LIEGE. Les vestiges du Fort de LONCIN étaient un but de promenade; nous nous y rendions en bande; nous avions entendu parler de cette Légion d'Honneur dont nous ne comprenions pas très bien les raisons pour lesquelles elle avait été décernée à la ville de LIEGE et non à FLEMALLE et HOLLOGNE-PIERRES où se trouvaient les deux derniers forts ayant résisté à l'ennemi.

 

Le Monument aux Morts et les deux plaques commémoratives au fronton de l'Hôtel communal énuméraient les mêmes noms, tous inconnus aux puînés que nous étions.

 

Les anciens combattants étaient entourés de légende; le décès de l'un d'eux était annoncé par voie d'affiches à l'Administration communale et à travers toute la commune; l'enterrement était l'occasion de vibrants discours aux accents patriotiques; le Conseil communal en entier y assistait en corps; le trajet funèbre était signalé par la pose de voiles de crêpes sur chacune des lampes d'éclairage public allumées de jour pour la circonstance. Nous étions en quelque sorte les héritiers de 14-18 mais aussi, pensaient nos parents, protégés de tout retour de celle-ci; les petits belges n'avaient-ils pas surmonté tout cela, survécu à tout cela, vaincu tout cela ?

 

Notre génération était porteuse de toutes ces souffrances, de tous ces deuils, mais aussi auréolée de toutes ces victoires.

 

Tout cela s'était terminé par l'Armistice, terme ambigu que tout et tous ne cessaient de nous rappeler et dont va signification précise aurait dû cependant nous alerter: Convention par laquelle les belligérants suspendent les hostilités sans mettre fin à l'état de guerre.

 

Tout au plus envisageait-on de temps à autre dans l'éventualité peu probable où les Allemands prendraient le risque, un repli d'ordre purement stratégique sur la Meuse, obstacle naturel considéré comme infranchissable.

 

Nous étions parfaitement en sécurité, croyions-nous, derrière le bouclier que constituaient nos 10 forts rénovés appuyés sur les deux super-forts dont les noms répétés sans cesse étaient bien faits pour nous rassurer: BATTICE, EBEN-EMAEL.

 

C'est la même certitude qui forgeait la conviction des responsables civils qui, à défaut de préparer la Seconde Guerre mondiale, se préparaient plus ou moins à celle-ci.

 

Le belges se préparaient à une guerre comme en 14-18 pendant le même temps que les Allemands préparaient eux la Blitzkrtieg et l'occupation de la Belgique."

 

 

 

25/10/2014

Depuis 6000 ans la guerre ( Victor HUGO )

Depuis six mille ans la guerre

(Victor Hugo)

Extraits

 

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Les carnages, les victoires,

Voilà notre grand amour ;

Et les multitudes noires

Ont pour grelot le tambour.

*****

Notre bonheur est farouche ;

C’est de dire : Allons ! mourons !

Et c’est d’avoir à la bouche

La salive des clairons.

*****

L’acier luit, les bivouacs fument ;

Pâles, nous nous déchaînons ;

Les sombres âmes s’allument

Aux lumières des canons.

*****

Et cela pour des altesses

Qui, vous à peine enterrés,

Se feront des politesses

Pendant que vous pourrirez...

*****

Aucun peuple ne tolère

Qu’un autre vive à côté ;

Et l’on souffle la colère

Dans notre imbécillité.

*****

C’est un Russe ! Egorge, assomme.

Un Croate ! Feu roulant.

C’est juste. Pourquoi cet homme

Avait-il un habit blanc ?

*****

Celui-ci, je le supprime

Et m’en vais, le coeur serein,

Puisqu’il a commis le crime

De naître à droite du Rhin...

*****

On pourrait boire aux fontaines,

Prier dans l’ombre à genoux,

Aimer, songer sous les chênes ;

Tuer son frère est plus doux...

*****

Et l’aube est là sur la plaine !

Oh ! j’admire, en vérité,

Qu’on puisse avoir de la haine

Quand l’alouette a chanté.

16:20 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/10/2014

Le barbelé. Son usage est une innovation de la guerre 14-18.

Les barbelés: encore une innovation de 14-18 ?

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Les soldats français d'origine paysanne utilisaient leur mot: " fil de fer ronce ". Voici ce qu'un soldat français écrit dans une lettre en 1915:

 «La nuit en allant prendre la garde, on se fiche dans les fils de fer ronce  car on n’y voit pas à un mètre. Il faut bien être forcé pour faire cela." 

 

Toujours septembre 1915, un autre dans une lettre écrit: 

"Nous allions avancer, ... on avance dans la forêt de 50 mètres et il faut mettre des fils de fer ronce et on s’estropie bien les mains. Les Boches nous ont laissé faire, ils n’ont pas tiré sur nous. Ça vaut bien le coup pour 50 mètres ; on sera bien long-temps pour arriver à Berlin.

 

Le fil de fer barbelé était aussi appelé, à l'époque, « ronce artificielle » ou, plus simplement « barbelé ». ce n'est pas vraiment n'est pas une invention de la guerre 14-18.

 

C'est une invention américaine utilisée dans le Far West où il était employé pour empêcher la fuite du bétail. Il est utilisé dans les clôtures pour le bétail en raison de son faible coût.

 

Sur le champ de bataille, il sert à empêcher le passage de combattants adverses. Déroulé et déposé simplement sur le terrain, il freine la progression des soldats, qui peuvent même s'y emmêler. Dans ce cas, le fil est composé de lames coupantes. C'est un fil de fer fabriqué de sorte à être piquant, voire coupant, avec des pointes ou des angles disposés à intervalles réguliers. Une personne ou un animal essayant de franchir ou de passer à travers du fil de fer barbelé aura de forts risques de se blesser.

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Durant la guerre de 14-18, durant la guerre des tranchées, chaque ligne de tranchée dispose de ses propres barbelés. Passer de l'autre côté des barbelés de son camp, c’est se retrouver dans une zone entre deux barbelés ( un no man's land ). C'est s'exposer à tous les fléaux être pris sous le feu de ses amis et sous le feux de ses ennemis, c'est risquer d'être fait prisonnier, c'est aussi risquer d'être accusé de désertion

Existaient aussi ce que l'on appelait des «  hérissons ». Ces " hérissons " étaient des fils de fer garnis d'épines, enroulés autour de quatre baguettes de fer reliées au milieu." Hérissons » que le soir il fallait aller jeter en avant des petits-postes.

 

Supports matériels de la guerre entre nations, les fils barbelés perdent paradoxalement au bout d’un certain temps leur appartenance nationale, pour se mêler au gré des bombardements et des ondulations de la ligne de front. Les préparations d’artillerie avant une offensive ont pour but de détruire au moins partiellement les barbelés adverses.

Cela différencie d’emblée l’usage du barbelé dans les tranchées de son rôle au Far-West, dans nos fermes ou dans les camps de concentration. Dans ces cas, il est employé pour empêcher la fuite de qui est parqué dans ce qu'il enclôt. Sa fonction sur le champ de bataille est d’empêcher le passage des soldats adverses.

Le fil barbelé, c'est aussi une façon de mourir. Voiciquelques notes prises dans des récits.

Ainsi, de Maurice PEUREY (« Et pourquoi une fourragère à l'épaule »):« C’est pendant un court moment de calme que nous pouvons apercevoir devant nous, une rangée de barbelés intacts dans lesquels nos soldats sont venus se briser. »

Et, de Daniel MORNET ( « Tranchées de VERDUN »): « Durand se débat comme un blaireau pris au collet dans les griffes d’une pelote de barbelés » .

Le barbelé n'est donc pas une invention de la guerre 14-18 mais son usage en est une innovation. Il ne sert plus à parquer les animaux mais à parquer des hommes.

20/10/2014

L'occupation en 14-18 et son impact sur les femmes belges.

Les femmes et la guerre de 14-18.

 

On a l'habitude de célébrer les hautes figures féminines: Edith CAVELL, Gabrielle PETIT, la Reine Elisabeth. Et on a bien raison ! Mais on a tendance à oublier le rôle de femmes ordinaires durant cette guerre.

En BELGIQUE, dès les premiers jours de la guerre, les femmes n'ont pas été épargnées par la barbarie allemande. La mobilisation des hommes avait désorganisé toute l'activité économique. De nombreux commerces et entreprises avaient fermé leurs portes. Une grande partie des emplois d'avant guerre étaient disparus. Nombre de femmes furent ainsi privées du salaire de leur mari. La misère devait fatalement suivre.

 

L'entrée en BELGIQUE des troupes allemandes et, surtout, leur piétinement alors qu'ils pensaient qu'une voie royale leur était ouverte a provoqué, nous en avons déjà parlé, leur fureur. Maisons brûlées, civils brutalisés, malheureux fusillés sans raison, déportés, sont des événements tragiques dont le souvenir reste vivace jusqu'à nos jours et qui ont trop souvent accompagné leur marche.

 

Voici le récit fait par un soldat allemand, à DINANT, le 23 août 1914:

 

"Le soir à dix heures, le 1er bataillon du 178° descendit dans le village incendié au nord de Dinant... À l'entrée du village gisaient environ cinquante habitants fusillés pour avoir, par guet-apens, tiré sur nos troupes. Au cours de la nuit, beaucoup d'autres furent pareillement fusillés, si bien que nous en pûmes compter plus de deux cents. Des femmes et des enfants, la lampe à la main, durent assister à l'horrible spectacle... ".

 

Le texte ci-dessous est un passage du témoignage de Léonie CAPON ( citoyenne d'ETHE dans la province de Luxembourg ). Léonie CAPON a vu son mari se faire fusiller et leur maison incendiée par les envahisseurs.

 

 

Ce massacre a eu lieu le 23 août 1914. Son mari a été fusillé avec 15 autres villageois, lors d'une des fusillades collectives qui ont fait 282 victimes dans la population de ETHE. 256 maisons du village ont été incendiées pendant ces événements.

 

 

Voici son récit:

 

"Ma plus grande souffrance, en tournant la tête du côté de ma maison en feu, je pensais à mes six enfants restés dans la cave qui n'était pas voûtée. Je me suis mise à genoux devant les officiers allemands pour qu'ils me laissent aller chercher mes enfants. Ils m'ont chassée et j'ai recommencé quatre fois. Toujours ils m'ont chassée !

J'ai fini par retrouver madame MARCHAL qui parlait allemand; je lui ai dit qu'elle explique ma situation et que mes enfants étaient dans la cave et qu'ils allaient brûler. Alors deux soldats, revolver au poing, m'ont conduit dans la grand-rue où j'habitais pour aller chercher mes enfants. Le feu était plein les greniers, mais comme le bas ne brûlait pas encore, j'ai traversé les écuries et j'ai cherché partout pour trouver mes enfants. Le plus vieux, qui avait onze ans, avait vu mettre le feu et il avait remonté les plus jeunes de la cave, il les avait conduits au jardin, dessous un prunier. La grand-mère qui était encore dans la maison a dû sortir à coups de crosse de fusil, ne comprenant pas ce que voulaient ces deux sauvages. Je lui dis : "Grand-mère vous êtes prisonnière avec moi". J'ai dû la prendre par le bras pour sortir par le jardin, car dans la rue on ne pouvait plus passer.

J'ai retrouvé tous mes enfants sous le prunier, couchés par terre, car les Allemands tiraient sur ces innocents. J'ai pris tous mes enfants et je suis descendue au jardin jusqu'à la rivière. J'ai suivi la rivière et je suis arrivée près des autres prisonnières qui attendaient mon retour avec angoisse. Par bonheur, mon fils aîné avait eu soin de prendre une cruche de lait. Les pauvres femmes sont venues près de moi pour en donner à leurs petits. Des soldats qui passaient devant le jardin nous ont mises en joue pour nous fusiller.

Je vois encore toutes ces femmes se jeter par terre, moi, avec mes enfants, je suis restée toute droite en disant :

"Vous êtes des lâches, achevez votre oeuvre jusqu'au bout". Un autre officier est arrivé près de nous et il nous a dit en français : " Nous avons brûlé vos maisons, nous avons fusillé vos mari, vous n'avez plus rien sur terre, nous allons vous fusiller ".

Nous étions toutes remplies d'angoisse et d'horreur. La dame qui parlait bien allemand a demandé de nous laisser la vie, que nous trouverions bien de quoi nous nourrir[…]. Ils ont ainsi prolongé notre agonie pendant trois ou quatre heures. Ne pensant plus nous fusiller, ils ont dit qu'ils allaient nous conduire à Berlin. Nous avons été martyrisées tout l'après-midi, et à 8 heures du soir, ils nous ont chassées vers Saint-Léger et Arlon comme des prisonniers. Alors commence pour moi un long calvaire....Me voilà donc toute seule au monde, avec mes six pauvres petits enfants.

J'avais tout perdu : mon pauvre mari, mon père, mes deux beaux-frères, ma maison, mes bêtes, mon ménage, tout cela s'est envolé à la fois ! Et je reste avec la misère, la misère noire".

 

Cette dernière phrase est poignante: « ...Et je reste avec la misère, la misère noire. ».

 

D'où venait cette misère ? Dès la fin de l'été 1914, presque toute la BELGIQUE ainsi qu'une dizaine de départements français entrent dans une longue période noire qui va durer quatre ans. C'est une occupation qui s'installe, arbitraire. C’est un régime dur: contrôles multiples, réglementations diverses, arrestations, déportations, etc. Les difficultés de circulation sont telles, que l’existence des Belges se replie au niveau local. Les civils, se retrouvent dans une situation qui rappelle l'esclavage à l'ancienne. Durant cette période ( 51 mois ! ), les femmes ont eu la préoccupation majeure de subvenir aux besoins élémentaires de leur ménage.Les populations occupées souffrent du froid et de la faim, les territoires occupés étant directement concernés par le blocus économique allié. Or, la Belgique de 1914 importait environ 80% de son stock alimentaire. Ce blocus a pour conséquence que des dizaines de milliers d’Allemands, surtout des enfants et des vieillards vont mourir de faim. Et comme la Belgique est occupée entièrement à part la bande côtière, la population, donc surtout les femmes, connaîtra les conséquences de ce blocus.

 

Dans les récits de témoins, deux thèmes vont avoir un impact particulier sur l’opinion publique et seront à la base de l'idée de la violence allemande: les viols et les mutilations. Les Allemands tentaient de justifier leurs exactions contre les civils à l'aide de deux légendes. La première fut la légende des « francs-tireurs ». La seconde concerne les femmes, accusées d’arracher les yeux des blessés et d’empoisonner les soldats. Elles méritent donc d’être punies et humiliées. Aux yeux de l’opinion publique, le viol fait partie intégrante des « atrocités allemandes » et témoigne de l’importance du traumatisme des hommes incapables de défendre leur femme et leur famille. Mais l’ampleur du phénomène reste difficile à établir. Ceci, d'autant plus, que par pudeur, on semble l'avoir occulté dans la mémoire collective d'après-guerre.

 

La situation de la femme belge fut d'ailleurs un moyen utilisé à l'étranger pour attirer l'attention des populations et des gouvernements. En témoigne cette carte postale imprimée en SUISSE.

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Devant des ruines fumantes symbolisant l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes, une femme agenouillée revêtue de haillons, serre son enfant à demi nu contre sa poitrine. En arrière plan, le drapeau suisse se fond dans un ciel rougeoyant. Cette carte postale intitulé « Pour la Belgique » a été réalisée en automne 1914 par l’artiste neuchâtelois Charles Edouard Gogler, alors président du Comité de secours aux réfugiés belges de Saint-Imier. Elle fut réalisée sur sa propre initiative et vendue en Suisse au profit de l’œuvre pour les réfugiés belges. Rien que dans le vallon de Saint-Imier, la vente de cette carte postale rapporta plus de 600 francs au comité pro-belge.

19/10/2014

L'Eté 14, "La victoire en chantant" ( Jules ROMAINS )

Jules Romains:

 

l’été 14, «La victoire en chantant»

 

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« Jamais tant d’hommes à la fois n’avaient dit adieu à leur famille et à leur maison pour commencer une guerre les uns contre les autres. Jamais non plus des soldats n’étaient partis pour les champs de bataille mieux persuadés que l’affaire les concernait  personnellement.

Tous ne jubilaient pas. Tous ne fleurissaient pas les wagons, ou ne les couvraient pas d’inscriptions gaillardes. Beaucoup ne regardaient pas sans arrière-pensée les paysans qui, venus le long des voies, répondaient mal aux cris de bravade et saluaient un peu trop gravement ces trains remplis d’hommes jeunes. Mais ils avaient en général bonne conscience. Puisqu’il n’était plus question d’hésiter ni de choisir, l’on remerciait presque le sort de vous avoir forcé la main. Peut-être allait-on bientôt s’apercevoir qu’avec ses rudes façons il vous avait rendu service, comme le maître-nageur au débutant qu’il  pousse à l’eau.

L’affaire, on n’en doutait pas, était de taille à remuer le monde entier. Et déjà elle en soulevait un large morceau. Mais par un effet de la tradition, et comme par droit de priorité,  avant  de devenir  mondiale, elle était d’abord franco-allemande.

Chacun des deux peuples s’était élancé à la rencontre de l’autre, en tâchant de bien maintenir dans sa tête une idée de la guerre aussi excitante que possible. Les Allemands s’efforçaient de croire qu’ils reprenaient une vieille épopée; qu’ils avaient derrière eux des chevaliers et des empereurs du Moyen Age tendant leur épée toute droite et leur montrant le chemin. Derrière les chevaliers du Saint-Empire, il y avait même les guerriers d’Hermann, et tant d’autres encore que les légions du Sud étaient venues massacrer dans les forêts, et dont  il n’était pas trop tard pour venger la juste cause. Le but prochain, c’était d’augmenter l’honneur de la patrie germanique, et la crainte qu’on avait d’elle. C’était de décourager définitivement les entreprises des envieux, à qui sa récente prospérité portait ombrage, et qui, d’un bout à l’autre de l’Europe, se conjuraient pour l’encercler et l’abattre.

Les Français préféraient s’imaginer que, ce qu’ils avaient derrière eux, c’était l’humanité ; qu’une fois de plus, voyant qu’elle ne pouvait sauver son destin qu’au prix d’une contestation sanglante, elle avait décidé de les choisir, eux, pour champions. II leur fallait, bien entendu, sauver aussi le sol natal, et même profiter de la circonstance pour reprendre deux provinces naguère perdues. Mais le plus important était de prouver au monde qu’on restait les soldats de la Révolution, le peuple qui depuis les Croisades n’avait jamais fait la guerre sans y mettre quelque intention de bienveillance universelle, et qui avait constamment voulu que ses voisins eussent leur part, au besoin malgré eux, des formes de vie excellentes dont lui-même avait eu l’initiative.»

 

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Jules Romains

Les hommes de bonne volonté, Tome 3 : Prélude à Verdun (1938), page 3 – Bouquins 

17/10/2014

L'enfer de la boue des tranchées ( Henri BARBUSSE )

 

Dans la boue des tranchées.

 

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Comme d’autres écrivains mobilisés sur les lignes du front, Henri BARBUSSE dans « Le feu » décrit ce tableau apocalyptique du champ de bataille où les fantassins se confondent avec la boue des tranchées :

 

« On ne peut déterminer l’identité de ces créatures : ni à leur vêtement couvert d’une épaisseur de fange, ni à la coiffure : ils sont nu-tête ou emmaillotés de laine sous leur cagoule fluide et fétide ; ni aux armes : ils n’ont pas leur fusil, ou bien leurs mains glissent sur une chose qu’ils ont traînée, masse informe et gluante, semblable à une espèce de poisson.

Tous ces hommes à la face cadavérique, qui sont devant nous et derrière nous, au bout de leurs forces, vides de paroles comme de volonté, tous ces hommes chargés de terre, et qui portent leur ensevelissement se ressemblent comme s’ils étaient nus.

De cette nuit épouvantable, il sort d’un côté ou d’un autre quelques revenants revêtus exactement du même uniforme de misère et d’ordure.

A une époque, je croyais que le pire enfer de la guerre ce sont les flammes des obus, puis j’ai pensé longtemps que c’était l’étouffement des souterrains qui se rétrécissent éternellement sur nous. Mais, non, l’enfer, c’est l’eau ».